S HISTORIQUES
sure. Ici il y eut des traités, des contrats, des chartes, qui énonçaient les droits de la cité future, et stipulaient le prix de la terre pour quiconque y ferait sa demeure (1). La charte liait, à perpétuité ou jusqu’à un nouvel accord, les bourgeois et leurs fils, ainsi que les fils de celui qui avait fondé la commune : les villes avaient autour d’elles de grands espaces, de grandes étendues de terre, soumis à leur juridiction municipale; leur Justice s’étendait sur les châteaux, qui la recevaient au lieu de la donner.
Il n’y avait point, pour les laboureurs, de condition ni de travaux serviles. 11 semblait que tous ceux qui avaient reconquis la patrie fussent sacrés les uns pour les autres : un respect mutuel, un mutuel orgueil les protégeait ; et les traces de ce noble caractère se retrouvent encore aujourd’hui dans la fierté du paysan de la Caslille.
Les territoires renfermant plusieurs villes, lesquels, suivant l’usage du temps, prenaient le nom de royaumes, avaient pour organisation générale l’organisation même des cités municipales, des chefs électifs (2), et une grande assemblée commune. La dignité de chef suprême devint, avec le temps, héréditaire, par l'influence des mœurs féodales, qui furent une mode pour toute l’Europe.
Quant aux assemblées générales , il Ry a pas lieu de se demander à quelle époque vinrent y siéger les représentants des villes. Les villes valaient les châteaux ; la même race d’hommes les habitait , une race égale en tout à l’autre, par son origine, ses mœurs, ses armes. Aussitôt qu’il y eut à prendre conseil , les villes donnèrent leur avis (5). Si , dans la suite des temps, un grand nombre de cités furent privées de leur droit naturel d’envoyer des mandataires (4) aux assemblées communes (fi), c’est qu'elles- mêmes l'avaient laissé tomber en désuétude, satisfaites qu’elles él aient de la seule indépendance de leur gouvernement intérieur (G). Le pouvoir despotique s’autorisa de cette négligence pour les frapper, au nom de la prescription, Rime incapacité perpétuelle.
Le flux et le reflux des successions féodales amena en Espagne des rois de race étrangère (7) ; ils achevèrent sans scrupule l’œuvre de tyrannie que le mauvais génie des nations avait inspirée déjà aux 3 premiers chefs qui réunirent tout le pays sous une j autorité unique. Les assemblées ne furent plus j qu’une ombre devant la réalité du pouvoir. Cepen-
(5) De consejo « non .otorgamwnto de las ribdades e vite la a, e de sua procura de res en su nombre.
(4j Procura dores.
(5) La» eortes.
(S j Une commune espagnole s’appelait consejof conseil.
(7} Charte s- Quint et ses successeurs.
BIX ANS D’ÉTUDES HISTORIQUES. Gî9
dant, jusqu’au milieu du dix-septième siècle, les portés de E;i Caslillu ne cessèrent tle porter leurs doléances d’un ion quelquefois énergique , et «le traiter d’il légitimes les actes arbitraires des rois : mais ces voix courageuses se perdirent dans le silence de toute l'Europe; il n’y avait plus d’écho, nulle part , pour les accents de l’indépendance.
Telle fui la destinée de la terre reconquise par les fils des compagnons de ce roi bandit par patriotisme , à qui la tradition donne le nom peu authentique de Pelage, Dans les provinces du nord-est, qui formèrent les territoires de Catalogne et d’Aragon, pays arraché par les armes des Franks aux armes des Sarrasins, il subsista toujours quelques traces de celte délivrance étrangère ; la main du vainqueur y demeura longtemps empreinte ; les formules politiques de ces contrées admirent les noms de serf et de maître , de tributaire et de supérieur. Toutefois , à cAlë de la dépendance héréditaire qu'elles imposaient à une partie des hommes, les lots de T Aragon établissaient, pour les puissants du pays (1), une indépendance complète, Fitidépendance des vieux Franks, compagnons des Karîe ou des Chlodûwig. La formule d’élection des rois, tant citée par les historiens, a quelque chose de ce langage fier el dur qui se parlait , à l'invasion de la Gaule , sous les Lentes de Boissons ou de Remis (â).
L’Espagne a renoué d'une main hardie le fil brisé de ses anciens jours de gloire et de liberté : puisse aucun revers ne démentir son noble et périlleux effort (3) . Esta perpétua ! c'est le souhait dTun étranger, qui pense que, partout oii sont des hommes libres . là sont des amis pour les hommes* Heureuse mère d’un peuple uni depuis tant de siècles par la communauté tle biens et de maux, d’un peuple qui n’a point derrière lui de souvenirs d’hostilités intestines , die ne verra pas sans doute son sol déshonoré par ces proscriptions politiques qui reproduisent les guerres de peuple à peuple, longtemps après que les noms ennemis ne sont plus, et que tout semble réuni à jamais par la même langue et les mêmes mœurs* Si des discussions trop vives, fruits inévitables de la faiblesse de nos intelligences passionnées, troublent pour un moment sou repos, du moins, le sentiment d une antique égalité, la conscience qu’il n'y a sur la tète d’aucun citoyen
(1) Bkos ft ombres* Le mot rïeos garde ici sa première signification tud t:â([üÉ.
(2) ié Noq a qui «ouïmes autant que vous et qui valons plus que voua , mm vous choisissons pour seigneur, a condition que vous respecterez nos luis; sinon, non.i*
(3) Quoique les événement* postérieur» nient, à plusieurs reprises , démenti celle prédiction, H y a un Fait digne de remarque , c'esL que ^insurrection armée contre la réforme des ioclituliODS et le progrès social, a eu constamment pour
ni injures, ni torts héréditaires, que F Espagnol aima toujours, respecta tou jours FEspagnol, et que les malheurs du despotisme furcnL l’œuvre de mains étrangères , ces idées consolantes et calmes adouciront , n’eu doutons point , Fâprèté des vaines disputes et le choc des prétentions opposées. Le sang ne coulera jamais au milieu de ces débats de famille ; l’Espagnol sera , dans tous les temps , le frère chéri de F Espagnol (4).
XYÎ,
ÉPISODE DE L'HISTOIRE UE BRETAGNE (s).
A 'chaque nouvelle apparition d’un roman historique de Walter Scott , j’entends regretter que les mœurs de la vieille Fronce ne soient présentées par personne sous un jour aussi pittoresque; j’entends même blâmer de ce défaut noire histoire, trop terne, à ce qu’on imagine, et dont l’uniformité monotone n’ offre point assez de situations diverses et de caractères originaux. Celte accusation est injuste. L’histoire de France ne manque point au talent des poètes cl des romanciers; mais il lut manque un homme de génie comme Walter Scott , qui la comprenne et qui sache la rendre. Parmi les romans de cet homme célèbre , il y en a fort peu dont la scène n’eût pu être placée en France. Cette distinction profonde de populations ennemies sur le même sol , la haine du Saxon et du Normand en Angleterre, du Montagnard et du Saxon en Ecosse , se retrouvent aussi dans notre histoire. Ce n’est pas sans de longues convulsions que les dix peuples dont nous sommes fils ont pu être réduits à un seul; et il a fallu qu’il se passât bien des siècles avant que les noms nationaux , le souvenir des races , la diversité même du langage , aient disparu , avant que le Gaulois se soit laissé donner le nom de Frank , el que le Frank ait parlé sans mépris l’idiome roman de la Gaule,
Les guerres intestines du moyen âge sont le signe de la coexistence de plusieurs races d’homincs mal conciliées : il y a des nations, sous les querelles des rois et des seigneurs; car ni les uns ni les autres
fnyerou les province* basque»* étrangères â l'Espagne proprement di le , par les mmurs et même par ta tangue , ou la Navarre, dont la population, comme son nom l'indique, est basque d'origine.
(4) Ce morceau , inséré en décembre !82G dans le Courrier français , a fait partie de la première édition de mes Lettres sur V Histoire de France j je Fai supprimé dans les éditions suivantes , comme Payant pas assez de géné* rallié.
THIERRY
(m DIX ANS D’ÉTUDES HISTORIQUES.
n'ëfaietit seuls quanti ifs se livraient bataille, et leur puissance n'aîlait pas jusqu’à inspirer aux hommes îc méprîtfle leur propre vie pour Fmtérèl ou les pas* siens d’autrui*
L’essence de ces guerres ëlail nationale; mais les historiens modernes , faute de les bien comprendre, les déguisent toujours sons une couleur de Féodalité. Quand ils rencontrent le moL latin Du.e , qni signifie souvent chef de nation, ifs le rendent par le mot de duc T qui , dans la langue actuelle, implique nécessairement l’idée de la subordination volontaire. Les eh e fs libres du peuple basque deviennent des ducs de Gascogne , le chef des Bretons est Fait duc de Bretagne; ci peu s’en faut que le grand Witikind (t), auteur de dix révoltes nationales contre la puissance des Frank» , ne soit appelé duc de Saxe,
Le fuit est qu’au neuvième et au dixième siècle, dans les guerres des Bretons et des Franks, il ne s’agissait ni de rois ni de ducs, mais de ia race bretonne et de la race franke 5- voisines et ennemies implacables. .Vai sous les yeux le récit en ver* d’une expédition entreprise par Lodcxvig, ou Louis le Débonnaire (2) , contre Mormnn , chef des Bretons : c'est Fourrage d’un moine contemporain, qui dédie son poeme au roi tics Frank*. Je vais traduire près* que littéralement , et vous verrez que nos vieilles annales pourraient faire naUrc des inspirations semblables à celles qui ont produit la Dame du iac et le Lord des fies ,
Le poète commence par apprendre au lecteur que le nom de Lodewigou llluto-wigh est un beau nom, formé de deux mots qui, mis ensemble, signifient guerrier fameux comme le dieu Mars :
Pïempè sûnntïllulo praedarum, Wicb quoque Mars cal (S)*
11 raconte ensuite comment le vieux Karle, père de Lodewig, a obtenu de rassemblée des Fr a nks que son fils lui succédât; comment le pape est venu à Reims apporter à ce fils le diadème romain elle saluer du nom de César; comment Lodewijf, inauguré
(Il Ce nom signifie sage enfant.
(2) Lodcwig et Cblodawlg sont deux noms parfaitement Identiques-; seulement la seconde forme est plus ancienne que la première. Au neuvième siècle, on ne prononçait plus guère l'aspiration forlcdu commeueemenL En suivant l'orthographe que j'ai adoptée, le passage d'une forme à 1- attire permet do conserver la distinction Établie par nos hl s le rie ns modernes entre la sérié des rois Franks , auxquels ils donnent te nom de CtovU7 et la série do ceux auxquels ils donnent te nom de Louis;
(3) Ermoldi ftigdli carmeu de rébus gestîa Ltîdovici Pii ; apud script, rcr. francie., t. VI, p. 13.
Hans plusieurs dialectes germaniques , et surtout dans celui des Al amans , qui furent incorporés du bonne heure à
César (4), a donné au pape deux coupes d’or, des chevaux et de riches babils. Après ce récit détaillé, Fauteur continue eu ces termes :
il Les armes de César étaient beu mises , et le renom des Franks s’élendaiL jusqu’au delà des mers. Cependant, suivant l’ancien usage, César convoque auprès de lui les chefs et les gardiens des frontières; parmi eux se présente Lande-Bert, dont la mission était d’observer le pays habité par les Bretons. Ce peuple, ennemi du nôtre, fut autrefois chasse de sa demeure , et jelé sur les côtes de la Gaule par la mer et par les ven ts. Comme il avait reçu le baptême, la nation gauloise l’accueil lit chez elle. Dans leurs conquêtes, les Franks le négligèrent pour des ennemis plus redoutables. Il s'étendit peu à peu, recula ses frontières, et se fialta du fol espoir de nous vaincre (SS).
— K Eh bien î Frank, dit César à Lamle-Bert, if dis-moi, que fait la nation qui t’avoisine? honoreu t-ellc Dieu et la sainte Église? a4-dlc un chef et « des lois? laisse-t-elle nos frontières en repos? » Lande-Bert s’inclina cl répondit ; « C’est une race u orgueilleuse et perfide, pleine de malice et de u mensonge; elle est chrétienne, mais c'est s eu lek ment de nom , car elle n'a ni la foi ni les œuvres * tt elle habite les bois comme les hèles fauves, et vit u comme elles de rapines. Son chef s’appelle Mor- K man , si tant est qu’il mérite le nom de chef, lui u qui régit si mal son peuple. Souvent ils ont inetc nacé nos frontières ; mais ce ne fut jamais impu- « nëment (6).
— « Landebcrt t reprit César, les choses que tu u viens de dire soutient durement à mon oreille; « je vois que ces étrangers habitent ma terre et it qu'ils ne m'en payent pas le tribut. Je vois qu’ils « osent nous faire la guerre, il faut que la guerre u les en punisse. Cependant, avant de marcher tt contre eux , je dois leur envoyer un message ; u puisque leur chef a reçu le saint baptême, il couu vient que je l'avertisse. Wïther ira le trouver de « ma part. » Aussitôt on appelle Wither, abbé sage et prudent en affaires. o Wither (7), dît César, porte
la oaiïon Franke, le / remplace toujours le d, Voilà pourquoi le potîle écrit Miuto au lieu rte Htmla* Vo final , comme jo rai déjà dit. se prononçait (Tune manière sourde.
(4) Les Franks écrivaient et prononçaient Keisar* En alterna nd moderne, Keiscr signifie Empereur.
(5) Ermoîdi Nrgelli carmen; apud ecr.rer. franc., t.' VI ,p.36.
[d) In dnmîs habitant, lustrfsqn# euhilia eondunt,
El gandenl rapto vivçre more furse.
gex Mtn manus adcsL cogrtomiue diclus eortim ,
Pi ci si Itceal rex, quia milia régit.
Stopins ad nostros wnerunl Iramlto fines,
Sert lumen inlaesi non rediêre simsu
(Ernioidi Nigelïi carmen. Kfo. III, p. 50,)
(7) LLiüleur écrit Fitehar et f'Uçharius. Ve ouverl des
DIX ANS D'ÉTUDES HISTORIQUES
it mes ordres au roi des Bretons , dis-lui qu’il n'es- « saye plus de nous combattre el qu’il implore la « paix des Franks (1). n
u 1/abbé W îl lier monte à cheval et voyage sans s'arrêter ; il voyage par les chemins les plus courts, car il connaissait le pays* Près de la frontière des Bretons , U possédait un beau domaine qu’il tenait des bienfaits de César* Morman habitait dans un lieu écarté, entre un bois épais et une rivière; sa maison, défendue au dehors par des baies et des fosses, était remplie d'armes et de soldats* W itber se présente et demande à voir le roi. Quand le Breton reconnut le messager Frank, la crainte parut sut* son visage ; mais il se composa bientôt* « Je le salue, Morman, w dit Wither, eL je t’apporte le salut de César, le « preux, le pacifique, riuvinrible.* — « Je te salue,
« répondit Morman, et je souhaite longue vie à « César* » Tous deux s'assirent à Pécari, et AVilher exposa son message (2),
« jLodewîg César , la gloire du peuple Frank , la « gloire des enfants du Christ* le premier des n hommes dans la guerre et le premier dans la paix, h te déclare que lu habites sa terre et que lu lui en » dois le tribut* Voila ce qu’il dît , et j'ajouterai, de it ma part, quelque chose par Intérêt pour toi* Si tu veux laisser en paix les Franks et obéir a César , it U te fera don de la terre que ta nation cultive ;
« songe à toi et à la famille ; les Franks sont forts , u et Dieu combat pour eus* Hdtedoî donc de prendre u une sérieuse résolution (3). »
ii Le chef breton tenait ses yeux baissés et frappait la terre du pied; l'habile messager fléchissait son esprit, tantôt par des paroles douces, tantôt par do droites menaces, quand tout à coup entre 1 épouse du Breton, femme altière et insidieuse* Elle venait de quitter son lit, et, suivant l'usage , apportait le premier baiser â son mari* ï/ayanl embrassé, elle lui parla longtemps à voix basse ; puis jetant un regard de mépris sur l'envoyé , et s'a d ressaut tout haut a Morman : «. Roi des Bretons , dit-elle , bouts neur de notre nation, quel est cct étranger? I) où
langues germaniques est presque toujours remplacé par un 1 1 dans For L ho graphe la Une. fïlt-her s hï ni fie sage et éminent^ ou, ce qui revient au même* c/nmematenl sage ; car il parait que F un des deux adjectifs composa ois , soit le premier, soit le dernier, était pris dans un sens adverbial*
(!) Ei müldi Nigëtlf Carmen* llh. Iljp». 3Sh {tj n Salve, Witchar ait, Muman , libi dico salutem Cæsarjâ armigeri, pacifie iqoe, pii* w Sus ci pie ns prorsùs reddit cui t ah a Murman,
Oscula more dudit : «Tu quoque, W i Lehar, ave, Pacifico Auguste uptû salua ait vi laqua perpw,
El régal imperium sæcla per ampla swuui. h ilbuL, p. 40.)
m lhîd*ap* 4L
it vienl-il? Que nous apporte-t-il? Esbce la guerre? u cst-cc la paix? » — « C'est le messager des ■i Franks , répondit en souriant Morman* Qu il U apporte la paix on la guerre* ces choses regardent it les hommes; Femme, va en repos a tes affaires. » Quand le messager entendît ces paroles indécises, contraires à celles qu'il avait reçues, ü pressa le chef de répondre sans retard: u César m attend,
« lui dit-il* — Donne-moi, répondit Morman, le ie temps de la nuit pour réfléchir (4).*>
Au point du jour l’abbé Wither se présente à la porte du chef; ou lui ouvre, cl Morman parait, étourdi de sommeil el de vin* « Va, dit le Breton « d'une voix altérée, va dire à Ion César que Mork man n’habite point sa terre . et que Morman ne it veut point de ses lois* Je refuse le tribut el je « défie les Franks. — Écoute, Morman, répliqua te u sage Willier, nos aïeux ont toujours pensé que ta « race était légère et changeante ; je crois que c’est avec raison, car le babil d'une femme a bouleversé « ion esprit* Écoule ce que te prédit Withèr : Tu n entendras le cri de guerre des Franks, tu verras ii des mdliers de lances et de boucliers s'avancer u contre toi* Ni tes marais, ni les forêts épaisses , u ni les fossés qui entourent ta demeure , ne te « garantiront de nos coups* — Eli bien I moi aussi, ■ u répondit le chef , en se levant de sou siège , moi « aussi j'ai des chariots pleins de javelines , j'ai des « boucliers coloriés, si vous autres vous en aveæ u de blancs (b)* w
u Wither apporte en grande bile sa réponse au roi des Franks* Le roi ordonne aussitôt qu'on prépare des armes el des munitions de guerre; il convoque, près de la elLe de Vannes, l'assemblée des Franks et des nations qui leur obéissent. Les Franks , les Swabea, les Saxons, les Thorings, les Burgoudes, viennent en équipages de guerre. César s'y rend lui- même, visitant sur son passage les lieux saints, et recevant . partout des présents qui enrichissent son trésor (6),
u Cependant le roi des Bretons se prépare a com-
(4) Witehar et audivîl verbia contraria vet ba,
Protïnîis ore lulU hæc qnoqu® verba sua ;
u Mu mi nti* ail, régi quœ vis mandata remiite;
Jam nu ne I cm pua adest jussa re ferre ràüil* ■» lUe quittera tristes volveos 6ub pectoro curas, n Tsmpora îint placiti tuée miW noctisT ail*»
(Ermuldi Nigelli earraeo, lib. 111, p* A I *)
(5) Olli resfiondït furÎBio pectore Murman ,
Se soîio adtoltens gnUosuperba canit t
ü Mi ssii dm s railleua raanenl nitbi plausira para Us, Cum qutbiis Oécunatu conduis açerefc.
Scuta tnilii fucata* Lameu suut candida vobis,
Mulla m a lient ; bellï nua Umor nilus adcaL*!)
Ü) Ibid*, p* 44.
DIX ANS D’ÉTUDES HISTORIQUES
battre ; et César , pieux et clément , lut envoie un dernier message* «Qu'on lui rappelle., dit-il, la paix ic qu’il a jurée autrefois, la main iju'ila donnée aux « Fr a ntt s , et l'obéissance qu'il a gardée à Karle, h mon père* « l/envoyé part; il revient vite ; car Morman , excité par sa Femme, lui a rendu des paroles insultantes* Alors César Fait publier devant les Franks les dernières réponses du Breton* La trompette sonne le signal , et les soldats passent la frontière. Ils enlèvent les troupeaux , chassent les hommes a travers leurs bocages et leurs marais, brûlent les maisons, et n'épargnent que les églises, d'après Tordre de César* Aucune troupe ne les aborde de front et iTengagc le combat en plaine* On voit les Bretons, dispersés et sans ordre, se montrer au loin parmi les rochers et les buissons ils font une guerre perfide au passage des défilés, ou bien se retranchent derrière les clôtures et les murailles de leurs habitations fl)*
« Cependant, au fond de ces vallées couvertes de hautes bruyères, le chef breton s'arme, et fait armer scs amis, « Enfants , compagnons , dit-il aux siens,
« défendez ma maison ; je la confie à votre courage; iî et moi, avec un petit nombre de braves , je vais « dresser une embûche à l'ennemi ; je vous apporu lerai ses dépouilles* » 11 prend des javelots pour armer ses deux mains, s’élance sur son cheval , et , prêt à s'éloigner de la porte , il se fait donner, suivant Fusagc du pays, une énorme coupe qu’il vide (2)< Il embrasse, avec un air de joie , sa femme, ses enfants et tous ses serviteurs* « Femme, dit-il, écoule h ce que je t'annonce : lu Verras ces javelots route gis du sang des Franks ; le bras de celui que tu it aimes ne les a jamais lancés en vain. Morman s’enfonce dans la forêt , brûlant de rencontrer le roi Lodewig* « Si je le voyais, disait-il, si je le ren- « contrais, ce César, il aurait de moi ce qu’il me k demande; je lui payerais le tribut en Fer (3). w
« Morman et sa troupe ont bientôt joint un parti
{1} Per dttmosa prociil, silicum per densa repostl , Apparent rari, prœlla voce gcrunE...
lieïla per angustos aeîtabant improba cottes;
/Edibus faefim prtrlîa milia datant.
(Knnoldi Nrgelli carmeo, fih, lîl, p* 45.)
(2) Seandit equum velox, sLimubs præfigU acutls,
Frena tenons ; gyros dal quadrupla va ri os,
El aalilanlè fores; poius jirœeiandlâ rasa Ferre jubcl solîLo, auscipil aLque hibiu (Ibid,)
[o) Si forum a foret, posaim quô ce mer e regem,
N a roque silii ferrum missile forte darcm*
Promue tri butait haïe ferrea dona dedissem*
{Ibid-, p.40*)
(4) Uttuteur écrit en latin Co&lust afin de conserver Taccent tonique sur la première syllabe* Ce nom dont rien if indique Ja signification , est de la classe de ceux qui pa-
de Franks , qui conduisait le bagage ; il sc précipite sur eux, il les attaque de Front , sur le flanc , pnr derrière, s’éloigne, et revient a la charge suivant la tactique de sa nation * À la tête de la troupe était un nommé Eosel (4) , homme d’une naissance peu illustre cl qu’aucune action d’éclat n’avait encore signalé* Morman pousse son cheval contre lui ; ïe Frank l'attend sans trembler, se fiant à la bonté de son armure* « Frank , dîL le chef Breton, veux-tu « que je le fasse un présent? II y en a un que je le « garde ; le voilà , et souviens-toi de moi, » Eu disant ces mots, il lance un javeloL eontre le Frank; celui-ci pare le coup avec son bouclier , et, s’ad ressaut a Morman : « Breton, dit-il, j'ai reçu ton prête sent, reçois à ton tour celui du Frank (U)* ^ Il pique son cheval, et au lieu de lancer un dard léger, il porte à la tempe du chef breton un coup de cette lance pesante dont les Franks sont armés* La lance perce le chapeau de fer du chef, et d’un seul coup le renverse à terre. Alors le Frank saute à bas de son cheval et tranche la tète du vaincu ; mais un compagnon de Morman le Frappe lai-mème par derrière, et kosel péril au moment de sa victoire ((>)u Le bruit s’est bientôt répandu (lue le roi des Bretons est mort et que sa tète est dans le camp de César* Les Franks accourent en foule pour la voir : on l’apporte toute souillée de sang, et ils appellent Willier pour la reconnaître. M illier jette de l’eaa sur cette tète, puis, Payant lavée, \\ en peigne les cheveux, et déclare que c’est bien celle du chef bre- Lon* Les Bretons cédèrent à César, ils promirent d'écouter ses ordres; et César les laissa en paix (7). » Les Faits de ce récit sont de l’année BIS, et, en 82 i , les Bretons, ayant choisi un nouveau chef, recommencèrent la guerre contre les branles. En Bol, ils firent une grande invasion sur le territoire de leurs ennemis, conquirent LouL le pays voisin de l’embouchure de la Loire et s’avancèrent jusqu’à Poitiers. I /empereur Karle * surnommé le
raUsent avoir éi£ contractés par un usage familier. La terminaison el est un des signes du diminutif,
(S) T ro Un Lis hune Morman vérifia compdlat acerbis ;
« France, übï grîmu Ujec mea dona dalio* llæc servais Lîbi jamdudûm mimera constant,
<Jme lamen acçipiens, posL meroor esta met.»
a Brilto superbe, luæ snscepi mimera dexlrao,
ÎVuuc decct acclpia* quali a Francus babetji
(ErmoliU Ntgelli carmeu, ïïb* III, p. 4(î.)
(6) Ibid,, p* 47.
(7 j Mox capni afferlnr eollo tenus ense rcvulsum. Sanguine ftçdaltun abaque décoré suo*
W i tcha r a d esse j \ i ben l , prors ii s ora u tque re fer t i , Vcra ûü fa Isa caoam, etigat ipse roganl. la eaput exlcmplô latice perfundH et ornât Pectine : cognovitmox quoqne jnssa sibi*
(Ibid. * p, 47.)
DIX. ANS D’ÉTUDES HISTORIQUES
Chauve, marcha contre eux avec toutes scs forces ; mais son armée ayant été mise en faîte , il fut coutrain L d'abandonner aux Bretons ce quTils voulurent conserver de leurs conquêtes. C’est depuis ce temps que ks villes de Rennes et de Nantes out fait partie de Ja Bretagne (1).