SCÈNES HU SIXIEME SIÈCLE
Lettre adressée au directeur tle îa lie vue des Deux- Mondes (2).
Monsieur,
C’est une assertion pour ainsi dire proverbiale, qu'aucune période de notre histoire n’égale en confusion et en arîdiLë la période mérovingienne. Cette époque est celle qu’on abrège le plus volontiers, sur laquelle on glisse, à côté de laquelle on passe sans aucun scrupule. Il y a, selon moi, dans ce dédain plus de paresse que de réflexion, et si l’ histoire des mérovingiens est un peu difficile à débrouiller, elle n’est point aride. Au contraire, elle abonde en faits singuliers, en personnages originaux, en incidents dramatiques tellement variés, que le seul embarras qu’on éprouve est celui de mettre en ordre un si grand nombre de détails. C’est surtout la dernière moitié du sixième siècle , qui offre, eu ee genre, aux écrivains et aux lecteurs de nos jours, le plus de richesse et d'intérêt, soit que cctLe époque, la première du mélange entre les indigènes et les conquérants de la Gaule, eût par cela mèrne quelque chose de poétique, soit qu’elle doive cet air de vie au talent naïf de son historien Georgïus Florentins Gregorius, connu sous le nom de Grégoire de Tours. En effet, il faut descendre jusqu’au siècle de F roissard pour trouver un narrateur qui régale dans l’art de mettre eu scène les personnages et de peindre par le dialogue. Tout ee que la conquête de la Gaule par les Frank s avait mis en regard ou en opposition sur le même sol, les races, les classes, les conditions diverses, figure pêle-mêle dans scs récits quelquefois plaisants, souvent tragiques , toujours vrais et animés. C’est comme une galerie mal ordonnée de tableaux et de figures eu relief ; ee sont de vieux chants nationaux,
(1) V. script, rer. fraude., t. Vil, p. OS, ISO, 100.
{% Août 1833,
(3) Deoedentc, al que imbpolîüs pereante al> urbibus |pllicsnis Uberattam cullura HUcrarum.*. cüru geulium feritas
ranges presque au hasard, écourtés , se suivant sans liaison , mais dont une main habile pourrait composer un grand poème. En un mot , je crois qu’il y aurait à faire, sur Grégoire de Tours et sur ses contemporains, un beau travail d’art, en même temps que de science historique.
Si je n’ose entreprendre ce tra vail dans toute son étendue, si le poème entier est au-dessus de mes forces, je puis du moins vous en promettre quelques épisodes , quelques fragments capables de donner uuc idée vraie de cette étrange contusion d’hommes et de choses, qui remplit la période mérovingienne, La difficulté consistera pour moi a bien choisir et à prendre çà et là des faits de détail épars et incohérents, pour les lier ensemble , les grouper et en former de grandes masses de récits. La manière de vivre des rois, l'intérieur de la maison royale, la vie orageuse des seigneurs et des évêques, l'usurpation, les guerres civiles et ks guerres privées, la turbulence intrigante des Gallo-Romains et Fin discipline brutale des barbares , f esprit de révolte eL de violence régnant jusque dans les monastères de femmes, tels sont les tableaux divers que je veux essayer de tracer à l’aide des monuments contemporains, cl dont la réunion doit offrir une vue du sixième siècle en Gaule. J’apporterai uu soin minutieux à étudier et à suivre dans toutes ses phases la destinée des personnages historiques , et je tâcherai île donner à ceux que l’histoire moderne a le plus négligés, de la réalité et de la vie. Enfin , entre tous ces personnages, célèbres ou obscurs aujourd’hui, domineront trois figures qui saut des types pour leur siècle : Fred ego iule, Æonius M mumol us, et Grégoire de Tours lui-même; F redemande , l'idéal de la barbarie élémentaire , sans conscience du bien et du mal; Aluiumulus, 1 homme civilisé qui se fait barbare et se déprave à plaisir, pour être de su u temps; Grégoire de Tours, 1 homme du temps passé , mais d'un temps meilleur que le présent qui lui pèse, Féclio fidèle des regrets que fait naître dans quelques âmes élevées uuc civilisalion qui s’éteint (3 J.
LES QUATRE FILS UE CliLOTHER 1er. —LEURS GA II A G-