‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 100 sur 193 · ACTE V, SCENE IIL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IIL

Ah, sans doute , voici le dernier de tes coups f

Vous avez vu. Madame, avec quelle furie Les deux princes sortoient pour s'arracher la vie; Que d'une ai^deur égale ils fuyoient de ces lieux , (i ) Et que jamais leurs cœurs ne s'accordèrent mieux. La soif de se baigner dans le sang de leur frèro Faisoit ce que jamais le sang n'avoit su faire : Par l'excès de leur haine ils sembloient réunis ; Et, prêts à s'égorger, ils paroissoient amis. (2) Ils ont choisi d'abord, pour leur champ de bataille Vn heu près des deux camps, au pied de la muraille! G est la que reprenant leur première fureur, Ils commencent enfin ce combat plein d'horreur. (3)

(0 Que d'une ardeur e'sale ils fuyoient de ces lieux, VARIANTE.

Que d'une égale ardeur ils y couroient tous deux, (â) ParTexcès de leur haine ils sembloient réunis ;

Et , prêts à s'e'gorger , ils paroissoient amis. On peut remarquer cette mauvaise rime de réums aver cmis, dans un poète qui a toujours si bien rimé. Racine ne pensoit pas comme quelques beaux-esprits du siècle suivant qui se sont donné à cet égard de grandes libertés , et qui regardoient comme un mérite de manœuvre cette exactitude de la rime. Boileau et Racine qui travailloient beaucoup leurs vers, attachoient de l'importance à la rime. Leurs successeurs qui vou oient faire des vers sans peine , ont prétendu , pour excuser leur négligence, qu'il valoit mieux avoir égard à la raison qu a la rime. Il en est souvent résulté que dans leurs V€rs il ny a pas plus de rime que de raison. (3) Ils commencent enfin ce combat plein d'horreur. On aperçoit dans ce récit quelques traits de jeune homme,

,io LES FRERES ENNEMIS,

D'un geste menaçant, d'un œil brûlant de rage, Dans le sein l'un de l'autre ils cherchent un passage ; Et , la seule fureur précipitant leurs bras, Tous deux semblent courir au devant du trépas. Mon fils, qui de douleur en soupiroit dans l'âme, Et qui sesouvenoit de vos ordres. Madame, Se jette au miheu d'eux, et méprise pour vous Leurs ordres absolus qui nous arrêtoient tous : Il leur retient le bras, les repousse, les prie, Et, pour les séparer, s'expose à leur furie. Mais il s efforce en vain d'en arrêter le cours ; Et ces deux furieux se rapprochent toujours. Il tient ferme pourtant, et ne perd point courage; De mille coups mortels il détourne forage , Jusqu'à ce que du roi le fer trop rigoureux , Soit qu'il cherchât son frère, ou ce fils malheureux, Le renverse à ses pieds prêt à rendre la vie.

Et la douleur cncor ne me l'a pas ravie!

J'y cours, je le relève, et le prends dans mes bras; Et me reconnoissant : « Je meurs, dit-il tout bas, 5) Trop heureux d'expirer pour ma belle princesse. 3) En vain à mon secours votre amitié s'empresse ; 5) C'est à ces furieux cpie vous devez courir :

quelques orncmens de mauvais goût; mais la foule des beautés efface ces taches légères : on y recomioît en plusieurs endroits le po'ète qui, douze ans après , dovoit tracer le tableau de la mort d'Hippolyte.

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