ACTE V; SCENE III
ANTIGONE
Elle a su prévenir la perte de son fils.
Ali, Madame, il est vrai que les Dieux ennemis....
ANTIGONE
N'imputez qu'à vous seul la mort du roi mon frère, Et n'en accusez point la céleste colère. A ce combat fatal vous seul l'avez conduit: Il a cru vos conseils, sa mort en est le fruit. Ainsi de leurs flatteurs les rois sont les victimes: Vousavancez leur perte, en approuvant leurs crimes ; De la chute des rois vous êtes les auteurs; Mais les rois, en tombant, entraînent leurs flatteurs, (i)
(1) Ainsi de leurs flatteurs les rois sout les victinieà : Vous avancez leur perte, ttc.
Racine a Jepuis eraplojé la rucme pensée d'une manière plus forte et plus brillante :
Et puisse ton supplice à jamais effrayer Tous ceux qui , comme toi , par de lâches adresse» , Des princes malheureux nourrissent les foibles^es , LtS poussent au penchant où leur cœur est enclin , Et leur osent du crime aplanir le cheuiin : Détestables flatteurs , présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la colère céleste I
Phed. Act. IV , Se. 3.
Mais je ne sais s'il n'est pas ici plus profonJ, et s'il n'a pris relevé sou invective contre les flatteurs , par cette idée nouvelle , que les flatteurs sont eux-mêmes enveloppés dans la ruine des rois qu'ils ont perdus. On peut s'étonner que le jeune auteur qui , dans le récit du combat et dans plusieurs autres morceaux, se montre éloquent, énergique et théâtral , ait pu descendre ensuite si bas, et faire dire à Créon . dans i»
io8 LES FRERES ENNEMIS,
Vous le voyez, Créon: sa disgrâce mortelle Vous est funeste autant qu'elle nous est cruelle; Le ciel, en le perdant, s'en est vengé sur vous; Et vous avez peut-être à pleurer comme nous.
CREON
Madame, je l'avoue ; et les destins contraires
Me font pleurer deux fils, si vous pleurez deux frères.
ANTIGONE
Mes frères et vos fils! Dieux, que veut ce discours? Quelqu autre qu'Etéocle a-t-il fini ses jours?
CRÉON
Mais ne savez-vous pas cette sanglante histoire?
ANTIGONE
J'ai su que Polynice a gagné la victoire. Et qu'Hémon a voulu les séparer en vain.
CRÉON
Madame, ce combat est bien plus inhumain. Vous ignorez encor mes pertes et les vôtres ; Mais, hélas, apprenez les unes et les autres !
ANTIGONE
Rigoui"euse fortune, achève ton courroux! (i)
même acte, des sottises presqu'inouiesj mais il ne faut jamais oublier que dans les romans et les pièces de théâtre , il n'y avoit point alors d'extravagance et d'absurdité dont l'amour no fût l'excuse et le passeport.
(i) Rigoureuse fortune , achève ton couroux!
Achever son courroux ne se dit point en français.