‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 107 sur 193 · SCENE Y · texte numérisé non relu

SCENE Y

CREON, OLYMPE, ATTALE , Gardes.

OLYMPE

u' A TTENDEZ-Vous,Scigneur?La princesse n'est plus.

Parle-moi de régner , parle-moi d'Autigonej

J'aurai bientôt son cœur, et j'ai déjà le trône. Le premier vers est obscur et outrage la langue : sans me rappeler des ombres des enfers, pour dire sans me faire souvenir des morts , est une façon de parler très-étrange. Cependant quelque révoltant que soit tout ce morceau par les sentimens et les idées , comme il n'y a souvent en littérature qu'une nuance qui sépare le bon du mauvais , on trouve dans ce discours le germe de ce beau mouvement :

Maisqu'Oreste , à son gre', m'impute ses douleurs;

Wavons-nous d'entretien que celui de ses pleurs ?

Pyrrhus revient à nous. Eh bien , chère Cléone ,

Conçois-tu les transports de l'heureuse Hermione ?

Androm. , Act. m, Se. 3.

De même Créon ne veut point qu'on lui parle de la mort cie ses fils , du désastre de sa famille ; cela pourroit l'attrister : il ne veut entendre parler que du trône et de sa maîtresse :

Parle-moi de régner, parle-moi d'Antigone : Mais ce mouvement qui est vif et passionné dans la scèns irHermione, est féroce et dégoûtant dans celle de Créon.

( 1 ) Tonte en larmes I Vojez. la note deuxième de la page 5o.

Elle n'est plus , Olympe ?

OLYMPE

Ali , regrets superflus !

Elle n'a fait qu'entrer dans la chambre prochaine ; Et du même poignard dont est morte la reine , Sans que je pusse voir son funeste dessein, Cette fière princesse a percé son beau sein : Elle s'en est. Seigneur, mortellement frappée ; Et dans son sang, hélas, elle est soudain tombée ! (i) Jugez à cet objet ce que j'ai dû sentir- Mais sa belle âme enfin, toute prête à sortir : « Cher Hémon, c'est à toi que je me sacrifie n , Dit-elle ; et ce moment a terminé sa vie. J'ai sentison beau corps tout froid entre mes bras: (li) Et j'cii cru que mon âme alloit suivre ses pas. (5)

(i) Elle s'en est, Seigneur, mortellement frappée,- Et dans son sang, héLis, elle est soudain tombée!

Racine, dans de pareils vers, est au niveau des poètes de son temps: ce style qui nous semble, avec raison, si indigne d'un, auteur dont nous connoissons les chefs-d'œuvre, ne choquoit alors presque personne. Quinault, Thomas Corneille, et, trop souvent, le grand Corneille lui-même u'écrivoient pas mieux.

(2) J'ai sentison beau corps etc.

Son beau sein, sa belle âme, son beau corps! La galanterie et le goût romanesque fuisoient alors supporter ces fadeurs aujourd'hui si ridicules.

(5) Et j'ai cru que mon ûme alloit suivre ses pas.

ISihnc d'Olj'njpe (-ni va suivre les pas d'Antigoncf,

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