‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 108 sur 193 · SCENE VI ET DERNIERE · texte numérisé non relu

SCENE VI ET DERNIERE

GREON, ATTALE, Gardks.

Ainsi donc vous fuyez un amant odieux , (i) Et vous-même , cruelle , éteignez vos beaux yeux ! (2)

(1) Ainsi donc vous fuyez un amnnt odieux ,

Racine a substitué ce vers à celui-ci , qui ne scroit pas déplacé dans la parodie la plus burlesque :

Et vous mourez ainsi, beau sujet de mes feux.

Cette foule de variantes , que nous avons citées avec une scrupuleuse exactitude , prouvent à quel point Racine a corrigé cette pièce depuis les représentations 5 et un passage d'une de ses lettres nous apprend que même avant de donner cette tragédie au- public , il avoit fait, dans les quatre premiers actes y des cl'iangemens considérables : « Pour ce qui regarde » les Frères, dit-il à YL Levasseur , ils sont avancés. Le ■5> quatrième acte étoît faitj mais Je ne goûtois point toutes ")"> ces épées tirées : ainsi il a fallu les faire rengainer , et » pour cela ôter plus de deux cents versj ce qui n'est pas )) aisé. » ( Lettres de Racine à ses amis y tome dernier de cette édition. )

(3) Et vous même, cruelle, éteignez vos beaux yeux!

Ces regrets et ce sljle de Créon paroîlroicnt maintenant fort comiques. Les fureurs et le délire de ce pitoyable amant formeroicnt un dénouement fort gai. On envisagcoit alors plus sérit-'uscmeut ces folies amoureuses, cl l'on trouvoit peut-

Vous fermez pour jamais ces beaux yeux que j'adore; Et, pour ne me point voir, vous les fermez encore ! Quoiqu'Hémon vous fût cher, vous courez au trépas Bien plus pour m'éviter que pour suivre ses pas ! Mais, dussiez-vous encore m'être aussi rigoureuse ^ Ma présence aux enfers vous fût-elle odieuse. Dût après le trépas vivre votre courroux, Inhumaine, je vais y descendre après vous. Vous y verrez toujours l'objet de votre haine,' Et toujours mes soupirs vous redii'ont ma peine, Ou pour vous adoucir, ou pour vous tourmenter; Et vous ne pourrez plus mourir pour m'éviter.

Moiurons donc

A T T A L E , /«/ arrachant son épée. Ah, Seigneur, quelle cruelle envie!

Ah, c'est m' assassiner que me sauver la vie ! Amour, rage, transports, venez à mon secours. Venez, et terminez mes détestal)les jours !

^ire une grande délicatesse dans ce vers d'une subtilité raffinée : . , , .,

Et vous ne pourrez plus mourir pour m éviter.

Les femmes se félicitaient en secret de leur pouvoir, en voyant que l'ambitieux Créon avoit encore plus d'amour que d'ambition , et qu'après tant de crimes commis pour le trône , il préféroit au trône lamort, parce qu'il ne pouvoitpas régner avec sa maîtresse. Aujourd'hui , cette conduite paroîtroit msensée dans un tel personnage, comme elle l'est en effet. L'âge et le siècle de Racine , c'est ce qu'il fout toujours avou- présent à l'esprit en lisant la Thcbaïdc et même Alexandre.

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