SUR LA THEBAIDE. IO
caste sur les avantages de l'egaiite doivent déplaire dans tous les siècles et dans tous les pajs; et pour avoir plu à Atliénes, elles n'en sont pas meilleures, parce qu'elles ne sont point naturelles, et que la nature est la première de toutes les règles : c'est le fondement de tout; c'est Wv.jours à elle qu'il faut revenir; et il n'y a point de mœurs, de circonstance ni démode qui puissent justifier ceque la nature condamne. Jocaste est ridicule, quand elle dit que c'est l'égalité qui a établi les nombres, les poids et mesures ; mais elle est éloquente quand elle dit à Poljnice: a Si tu te rends maître de Thèbes, où dresseras-tu » tes trophées? A quels dieux ofFriras-tu des sacrifices r. après avoir emporté d'assaut ta patrie ? On lira donc » sur les dépouilles ennemies entassées le long des rives )> de rinachns : Vainqueur de Thèbes , Polynice
» APRÈS AVOIR RÉDUIT ThÈBES EN CENDRES , A CONSA- » CRÉ AUX DIEUX CES BOUCLIERS. Ail, mou fils , loin de
)> toi cette gloire honteuse ! Loin de toi ce triomphe rcm- )) porté sur les Grecs ! Mais si tu es forcé de lever le siège, ;) comment rentreras-tu dans Argos ? i^près avoir jonché » nos campagnes des cadavres de ses habiians , que ré- » pondras-tu aux veuves qui te demanderont leurs époux, » aux mères qui t'accuseront du meurtre de leurs fils? » On s'écriera dans la ville : O funeste alliance ! Adraste n nous a tous perdus par Thymeu de sa fille. »
Enfin Etéocle, conformément à son caractère hrusque et violent, s'ennuie de ces disputes , et termine la conférence. « Je perds b temps ici , dit-il à sa mère : tous j) ces discours sont superflus ; je garde le tr6ne ; sans » cette condition, point de paix, point de irève. Cessez J) donc de me fatiguer de vaines remontrances. Et loj
j/^O JUGEMENT
0) ( se lournaiit vers Polynice ) , sors de nos murs à l'ius-
j) tant, ou tu es mort.
POLYNICE
» Et quel est le guerrier assez invulnérable , cpi osera » me porter un coup mortel sans le recevoir lui-même ?
« Ce guerrier est près de toi ; tu es devant lui : regarde ï) ce bras.
POLYNICE
» Je vois un bomme riclie et beureux: ce ne peut | » être qu'un lâcbe qui craint la mort.
» Et c'est contre ce lâcbe que tu as rassemblé une si « nombreuse arme'e?
POLYNICE
« C'est par prudence, et non par nécessite.
« Insolent , rends grâce à la trêve qui te sauve la vie !
» Une seconde fois je demande le sceptre qui m'ap- « partient.
» Le sceptre est à moi ; je resterai dans mon palais.
POLYNICE
)) Autels de la maison paternelle
» Que tu es venu renverser.
SUR LA THEBAIDE. 141
POLYNICE
» Ecoutes-moi.
» Ecouter un brigand armé contre son pays !
POLYNICE
» Dieux tutélaires de Thèbes
» Qui te de'testent.
POLYNICE
» Je vous prends à témoin qu'on me chasse de ma
)) terre natale
» Que tu veux ravager.
» Grands dieux, n'est-ce pas sou injustice qui m'a re- « duit à cette extrémité ?
» C'est à Mjcène, et non pas ici que tu dois invoquer » les dieux.
POLYNICE
)> Impie!
» Mais non pas ennenii de la patrie.
POLYNICE
» Tu me ravis ma patrie.
» Et vais l^ientôt te ravir le jour.
POLYNICE
)) O mon père , tu entends ces outrages 1
i) Il entend aussi le bruit de tes armes.
POLYNICE
)) Et VOUS , ô ma mère. . . .
» Ne profane plus ce nom.
)> O Thèbes
)) Traître , c'est Argos que tu dois invoquer !
POLYNICE
)) J'y vais, n'en doute pas. Adieu, ma mère.
É T É o c LE.
» Sors de ces lieux.
POLYNICE
» Je pars; mais laisse-moi voir un instant mon père. | É ï É o c L E.
)) Non.
POLYNICE
). Que j'embrasse mes sœurs.
« Tu ne les verras plus.
POLYNICE
)> o mes sœurs !
SURLATHÉBAIDE. 145
» Tu es leur plus grand ennemi.
POLYNICE
)) O ma mère , soyez heureuse !
j o c A s T £. )) Puis-je l'être sans vous, ô mon fils?
POLifNICE.
J) Je ne suis plus votre fils
» Je suis donc ne'e pour tous les malheurs ?
POLYNICE
» Je suis outragé par un frère.
» C'est moi qu'on outrage.
, POLYNICE
» Quel sera ton poste dans le comhat ?
r- Que t'importe?
POLYNICE
" Tu m'y ven-a?.
" C'est ce que je de'sire.
» Ornes fils, qu'allez-vous faire?
» L'ëvénecgient vous l'apprendra.
« Vous allez accomplir les imprécations de votre père.
» Eh Lien, périsse toute notre maison I
ï^^ JUGEMENT
)) Ce glaive va bientôt se baigner dans le sang.
, POLYNICE
,) J'en atteste la terre qui m'a nourri ; j'en atteste les M dieux : on m'insulte , on m'outrage , on me cliasse « comme un esclave! O Thèbes, si tu péris, ne m'accuse )) point ! Etéocle seul est l'auteur de tes maux! C'estmal- « gré moi que j'ai pris les armes; c'est malgré moi que >, je quitte ma patrie. O Apollon, ô loi dont les images ), cmbellissoient ces portiques , palais de Tlièbes, statues )) des dieux , et vous, jeunes amis, compagnons de mon )) enfance , recevez mes derniers adieux : peut-être ne » vous reverrai-je plus ! Mais , que dis-je ? L'espérance vit » au fond de mon cœur : j'ose encore me flatter d'immoler » l'usurpateur de mon trône et de régner dans ces lieux.
» Sors donc , traître , sors donc. )>
Voilà comment les Grecs savent faire des scènes ! Quel mouvement , quelle clialeur, quel intérêt ils savent répandre sur des sujets qui semblent ne rien présenter que d'horrible ! Le reste de la pièce est une suite de catastrophes sanglantes. Le sacrifice de Ménécée est beaucoup mieux motivé, mieux placé que dans la pièce de Racine : il y produit plus d'eflet. Jocaste apprenant que ses fils sont aux mains, vole sur le champ de bataille; etlestrouvam tous deux sans vie, sepercesur leurscorps;cequi vaut beaucoup mieux quela manière précipitée dontRacine fiùtpérir Jocaste sans qu elle se donne le temps d'apprendre des nouvelles du combat. Rien ne prouve mieux le goût d'Euripide pour les passions douces et touchantes, que l'espèce de seniimens qu'il prête aux deux frères mourans. Etéocle, malgré sa férocité, tend
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