SUR LA T II É B A I D E. I
]a main à sa mère, à sa sœur; il ieui- dit adieu; Poljnice fait plus , il s'attendrit sur son iVère. Le poète s'est imagine qu'après avoir satisfait au destin, les deux frères à leur dernier soupir pouvoient, sans démentir leur caractère, entendre la voix de la nature. Le récit du combat est moins brillant que chez Racine, mais plus naturel, plus varié , plus pathétique. Œdipe paroît à la fin de la pièce : il embrasse les cadavres de ses fils ; il déplore leur cruelle destinée , et part pour son exil, conduit par Antigone. Ces dernières scènes sont extrèm-ment tragiques. La pièce tout entière est remarquable par cette naïveté, cette simplicité de la manière grecque. Quelques détails nous paroitroient au-dessous de la majesté du cothurne. Le thédtre grec et le nôtre ont des beautés et des défauts qui tiennent au caractère et aux mœurs nationales. On ne voit du moins chez Euripide ni une Anligone amoureuse , ni un Hémon galant, ni un vieux scélérat tel que Créon , possédé d'une passion ridicule : tout est intéressant, théâtral et pathétique. Il est étonnant que Racine ayant sous les yeux un si beau modèle, ait préféré Rotrou à Euripide.
Sénèque, qu'on appelle le tragique, pour le diitinguer de Sénèque le philosophe, quoique certains savans prétendent que c'est le même ; Sénèque a composé une Thébaïde dont on n'a conservé que des fragmens. Ce qui nous reste, peut nous consoler de la perte de ce qui nous manque t les scènes ne sont qu'un tissu (ie déclamations ingénieuses et brillantes, parmi lesquelles ou distingue quelques belles et grandes pensées ; on y trouve un immense discours de Jocaste à Polynice pour l'exhorter à la paix. Racine en a pris plusieurs traits; mais autant qu'il TOME I. j^
est inférieur à Euripide , autant il est supérieur à Sénèque. C'est cependant ce rhéteur latin qui paroît avoir formé le goût de Corneille. Le père de notre théâtre a fait beaucoup d'honneur à ce déclamateur , en prenant sa manière, en empruntant de lui cette pompe du dialogue , ces contestations , ces sentences , ces raisonnemens qui ont tant d'éclat au théâtre, quand ils sont animés par le puissant génie de l'auteur de Cinna. C'est Sénèque qui le premier a imaginé de rendre Jocaste furieuse, de lui faire demander la mort à ses fils ; mais il a imité d'Euripide les plaintes que cette mère adresse à Poljnice sur son mariage avec une étrangère. Du reste, il a lait de Jocaste un rhéteur, une espèce de sophiste :
a O mon fils , dit-elle, Act. IV, Se. I, je t'en supplie » par ce sein qui t'a porté pendant dix mois, par les vives » douleurs que m'a fait éprouver ta naissance, par la tenn dresse de tes sœurs, parle supplice volontaire dont un ,) père innocent s'est puni lui-même, par ce visage auguste ,, cruellement défiguré par le désespoir ! Je t'en conjure , » détourne de ta patrie ces torches coupables; éloigne tes j) étendards parricides : ta retraite sera toujours tardive. Tu » as déjà consommé la moitié du crime : Thèbes a déjà vu n des troupeaux ennenais couvrir ses plaines; elle a vu la » cavalerie d'Argos fouler les prairies de Cadmus ; elle a vu » ces fiers capitaines d'Adraste faire voler leurs chars sur » l'arène sanglante, agiter dans leurs mains les flambeaux » destinés à la réduire en cendres; enfin elle a vu un forfait » nouveau, même pour elle , des frères s'élancer l'un sur » l'autre pour s'égorger! Toute l'armée, tout le peuple, et » tes deux sœurs et ta mère ont souillé leurs regards de i) cet aûreux spectacle ; et ton père a pu se féliciter de
SUR LA THEBAIDE. I.W
I) s'être mis hors d'état de le voir. Souge à Œdipe , et
» vois quelle peine est réservée même aux erreurs invo-
» lontaircs ! Ne ravage pas le pays où tu veux régner; ne
» détruis pas ton propre palais. Quel est donc ton dessein?
» Tu redemandes ta patrie, et tu as juré sa perte! Ta fu-
» reur rend tes droits douteux : tu dévastes les cam-
)> pagnes , tu brûles les moissons ; elles ne sont donc pas
» à toi. Porte-t-on le fer et le feu dans ses possessions ?
)) Tandis que le royaume subsiste, décidez d'abord lequel
» de vous deux est le roi ; l'autre saura du moins ce qu'il
)) doit attaquer. Pourras-tu donc ébranler ces murs que
» la main des hommes n'a point élevés, ces tours formées
» par les pierres qui sont venues se placer d'elles-mêmes
» aux sons de la lyre d'Amphion? Oseras-tu piller la ville
» de Cadmus, traîner à ton char les guerriers compagnons
3) de ton père? Tes soldats effrénés arracheront donc les
« Thébaines des bras de leurs époux; et la jeune pos-
\ » térité de Cadmus, réduite en esclavage, ira supporter
» l'orgueil et les mépris des femmes d'Argos ! Moi-
1) même, les mains liées derrière le dos, j'ornerai ton
» triomphe ; ta mère grossira la foule des captives !. . . .
^ Tu es déjà féroce et barbare, et tu ne
» règnes pas : que feras - tu donc quand tu seras roi ? »
Per decem mensium graves tJteri labores , perque pietate inclitas Precorsorores, et per irati sibi Gênas parentfs , scelere quas nullo noceris , Erroris a se dira supplicia exigens , Hausit , nefcindas mœiiibus patriis faces Averte : sigua bellici rétro agiiiinis Flecte. Ut recédas , magna pars scelerfs tamen
14 s JUGEMENT
Vestri peracla est : vidii; liostili gTeg© Campos repleri patria, fulgentes procul Armis catervas ; vidit equitatu levi Cadinea frangi prata, et excelsos rôtis Volitare proceres ; igné flagrantes trabes Fumeue , cineri quœ petunt nostras domos ; Fratresqiie (facinus quod ucvum et Thebis fuit) In se mentes. Totus hoc exercitus Et populus omnis, et utraque lioc vidit soror , Genitrixque vidit; nam pater débet sibi, Quod ista non spectavit. Occurrat tibi Nunc Œdipus : quo judice , erroris quoque Pœnne petuntur. Ne, precor, ferro erue Patriam ac pénates; neve, quas regere expetis, Everte Thebéis. Quis tenet mentem furor? Petendo patriam perdis. Ut fiât tua, Vis esse nullam? Quin tua3 causas nocet Ipsum hoc , quod armis vertis infeslis sohun, Segetesque adustas sternis, et totos fugam Edis per agros. Nemo sic vastat sua.
Quœ corripiigne, quse nieti gkidio jubés, Aliéna credis. Rex sit e vobis uter , Manente regno , quœrite. Héec telis petes , Flammisque tecta? Poteris lias Amphionis Qutissare moles, nulla quas struxit nianus, Stridente tardum machina ducens onus ; Sed convocatus vocis et citharœ sono Per se ipse turres venit in sunnnas lapis. Hœc saxa franges victor? Hinc spolia auferes, Vinctosque duces patris œqucdes tui ?
Matres ab ipso conjugum raptas sinu
SUR LA THEBAIDE. 149
Sœviis catena miles imposita trahet, Ut adulta virgo niixta captivo gregî Thebana nuribus muniis Argolicis eat?
An et ipsa palmas vincta post tergura datas Mater triumphi prœda fraterni vehar?
Tarn ferum et duriini geris
Saeviunque in iraspectus, et nonduin imperas? Quid sceptra facient ?
Polynice, jusiemeat offensé de ces reproclies vagues, s'emporte contre une mère qui ùài des phrases au lieu de donner des raisons.
« Quoi donc , faut-il toujours errer d'exil en exil , « toujours fuir sa patrie et mendier des secours ëtran- )) gers? Que souûVirois-je de plus, si j'avois viole' ma foi, )) si j'étois parjure? Dois-je porter la peine du crime d'au- » trui, tandis que le coupable en recueille le fruit? Vous » m'ordonnez de partir: j'obéis aux ordres d'une mère; « mais assignez-moi donc une i-etraite. Tandis que mon » frère étale son orgueil dans le palais qui m'appartient, » je veux bien me cacher au fond d'une chaumière, mai,s » du moins donnez-la moi : cet humble réduit me tican dra lieu d'un trône. Me verrai-je à charge à mon illus- )> ire épouse, et plutôt son esclave que son mari, objet » des mépris d'un beau-père couronné ? Qu'il est cruel. » de tomber du trône dans la servitude ! »
POLYNICES.
Ut profugus errem semper, ut patria arcearj
Opemque gentis liospes externae sequar ? Quid palerer aliud , si fefellissem fidem , Si pejerassem? Fraudis aliénas dabo Pœnas ; at ille prœniium scelernm feret ? Jubés abire : matris imperio obsequor.
Da 5 quo revertar. Regia frater mea Hiibitet supeibus ; parva me abscondat casa ! Hanc da repulso. Liceat exiguo lare Pensare regmim. Conjugi donum datus Arbitria ihalami dura felicis feram , Humilisque socerum lixa dominantera sequar ? In servitutem cadere de regno , grave est.
Jocasie n'est poinl; embarrassée de ces objections; elle a re'ponse à tout : elle prétend qu'il y a beaucoup de royaumes vacans dans le monde, et envoie Polynice, comme un chevalier errant , à la conquête de ces immenses pays qui n'attendent qu'un maîire. Son frère même, dit-elle, l'accompagnera dans cette expédition , toute la Grèce suivra ses drapeaux et formera une espèce de croisade; c'est une déraison complète. Le mauvais goût se borne rarement aux vaines recliercbes du style : il produit aussi les pensées extravagantes. Le même travers d'esprit est la cause que los idées ne sont pas plus saines que la manière de les exprimer. Polynice en revient toujours à ses droits ;
a Le scélérat qui m'a dépouillé restera donc impuni ?
•fi'Ne craignez rien: il sera puni, et même bien cruellement ! Il régnera.
» Régner est donc une peine?
SUR LA THEBAIDE. IDI
» En doutez-vous? Croycz-en votre père, croyez-en » Cadmus et toute sa race : le sceptre de Thèbes a coûté » cher à ceux qui l'ont porté , et cependant aucun d'eux il ne l'avoit aelieté par un parjure. Vous pouvez dès-à- )i présent compter votre frère parmi les victimes de la » royauté.
POLYNICE
» Eh bien, je veux périr aussi; mais je veux périr roi.
)) Règnes donc , mais en banni , et non pas en roi ! « Règnes, mais en horreur à ton peuple!
PO LYNICE.
» Et qu'importe ? Qui craint d'être haï ne désire pas » de régner. L'Etre-Supréme a placé la haine auprès du » trône 3 il est d'un roi et d'un grand roi de dompter ces » haines populaires. Un roi chéri voit son pouvoir borné n par l'amour de ses sujets; mais il peut tout se permettre
» contre des mécontens et des rebelles
)) Patrie, femme, enfans, je sacrifîerois tout au trône ; » et quelque cher que coûte l'empire, il n'est jamais
» trop acheté. »
POLYNICE S
Sceleris et fraudis suas Pœnas nefandas frater ut nullas ferat?
Ne metue : pœnas, et quidem solvet graves l Regnabit.
l'dZ JUGEMENT
POLYNICES.
Hascne est pœna ?
Si dubilas, avQ Patrique crede. Cadmiis hoc dicet tibi, Cadniiqiie proies. Sceptra Thebarum fuit Impune nuîli gerere ; nec quisquaiii , fide Rupta 5 tenebat illa. Jam numeres , licet , Fratrem inter istos.
POLYNICES.
Numéro : et est tanti mihi Cum regibus jacere.
Te turbse exsulum Adscribo. Régna , dummodo invisus tuis.
POLYNICES.
Regnare non vult , esse qui invisus timet. Simul ista mundi conditor posuit Deus Odium atque regnum. Régis , et magni , reor Odia ista premere. Multa dominantem vetat Amor suorum ; plus in iratos licet.
. . . . . . Pro regno velim
Patriam , pénates , conjugem flammis dare.
ïniperia, pretio quolibet , constant bene.
C'est par ces sentimeus monstrueux que se termine la dernière scène qui nous reste de cette tragédie bizarre. On voit que Racine a prèié à son Polynice quelques-unes de ces idées.
Stace a composé un long poème épique sur ce même sujet, qui n'avoit fourni à Euripide et à Sénèque qu'une tragédie. Sa Tliébaide est aujourd'îiui peu lue ; mais quoique Boileau ait jeté de la défaveur sur ses héros , ce n'est cependant pas un ouvrage à dédaigner du côté de l'invention et des pensées. Le style même a souvent une énergie extraordinaire , quoiqu'il soit communément infecté de déclamations et de mauvais goûi. Rotrou , et long-temps avant lui Garnier, tous deux auteurs d'une tragédie d'Antigone, n'ont fait en plusieurs endroits que traduire Stace en vers durs et barbares. Racine a fait aussi quelques larcins à ce poète, dans le récit du combat des deux frères ; mais il s'est approprié les traits qu'il imitoit, eu les embellissant. On ne sera pas facile de trouver ici la narration de Stace : c'est un morceau bi'illant et curieux, très-propre à faire connoître le goût de la poésie latine sous l'empire de Doraiiien.
Le poète épique ne raconte pas comme le poète dramatique : il doit animer ses récits par des fictions. Stace, qui, dans le reste de la Thébaïde, s'est contenté du ministère d'une seule Furie, a besoin d'en employer deux pour ce combat terrible. Ce n'est pas trop en vérité d'une Furie pour cliaque IVère : Tisiphone se charge d'Etéocle, et Mégère gouverne Polynice. Je prends le récit au moment où Etéoclc sort de la ville pour aller à la rciiconiro de sou frère :
Jamque decus galeœ, jam spicula sœva ligabat Ductor, et ad lituos hilarem , trepidumque tubarum Prospiciebat equiim, subito cum apparuit ingens Mater, et ipse metu famulumque expalluit omnis Cœtus, et oblatam rétro dédit armiger hastam.
Quisfuror? Unde iterum regni integrata resurgit Eumenis ? Ipsi etiam post omnia , cominus ipsi Stabitis? Usque adeo geminas duxisse cohortes, Et facinus mandasse parumest? Quo deiude redibit Victor? In hos ne sinus ? O diri conjugis olim Felices tenebrœ ! Datis improba lumina pœnas. Hœc spectanda dies? Quo, saeve, minantia flectis Ora? Quid alternos vultus, pallorque ruborque Mutât, et obnixi frangunt mala murmura dentés ? Memiseram,vinces!Priusbœctamenarmanecesseest
Experiare domi. Stabo ipsa in limine portas Auspicium infelix, scelerumque immanis imago. Hœc tibi canities, hœc sunt calcanda, nefande, Ubera; perque uterum sonipes hic matris agendus. Parce : quid oppositam capulo , parmaque repeUis? Non ego te contra Stygiis feraUa sanxi Vota deis, cœco nec Erinnyas ore rogavi. Exaudi miseram : genitrix te, sœve, precatur.
SUR LA T H li B A I D E. I 55
« Déjà le casque brille sur la tête d'Ete'ocîe ; déjà il saisit ses javelots et s'ëlance (i) vers son coursier joyeux d'entendre les clairons, et palpitant d'ardeur au son do la trompette, lorsque tout-à-coiip apparoît à ses yeux sa vëne'rable mère. A cet aspect, le roi de Tlièbes et tous les guerriers qui l'environnent palissent de frayeur; sou ëcuyer retire la lance qu'il alloit lui présenter. (2)
«( Quelle fureur, s'ëcrie Jocaste ! L'Eumenide de cet « empire se relève donc avec une rage nouvelle, et il )) nous resioit après tant de désastres le combat des deux )) frères ! Ce u'étoit pas assez pour eux d'avoir guidé les j) bataillons ennemis et commandé le crime ! Où reviendra » donc le vainqueur? Sera-ce dans mon sein? Heureuses )) les ténèbres de mon funeste époux ! Malbeureusc de » voir encore la lumière, puisqu'il me faut voir ce jour! 1) Barbare, pourquoi détournes-tu les regards menaçans ? » Ton front pâlit et rougit tour-à-tour? J'entends le bruit 3) sinistre de tes dents qui se choquent ? Infortunée que » je suis, tu vaincras; mais il faut d'abord éprouver sur » moi tes armes : sur le seuil de la porte tu me verras » debout comme un présage horrible, comme une affreuse )» image de tescrimes.il te faudra renverser ta mère, fou-
Ci) Le texte porte littéralement déjà le général (ccsi-a.-dire Etéocle ) attachait son casque brillant et ses cruels javelots, et tournoit ses regards vers son cheval, etc.
(2) M. l'abbé Cormiliole, traducteur tle Stace , a fait ici un singulier contre-sens et une transposition bien hardie ; il a fait changer de place à ce vers :
. . . Et ohlatani rétro dédit ariniger hastam.
et il le traduit ainsi : Et son écujer placé derrière lui, lui pasy.. soit sa lance dans lu main.
i56 'jugement
Non pater. Adde moram sceleri , et metire quod audes. Sed puisât muros germanus , et impia contra Bella ciet. Non mater enim, non obstat eunti Ûila soror. Te cuncta rogant , hîc plangimus oranes, Ast ibi vix unus pugnas dissuadet Adrastus , Aut fortasse jubet. Tu limina avita deosque Linquis , et à nostris in fratrem muplexibus exis?
At parte ex alia tacitos obstante tumultu Antigone furata gradus (nec casta retardât Virginitas ) volât Ogygii fastigia mûri Exsuperare furens. Senior cornes liaeret eunti Actor , et hic suramas non duratmTis ad arces. TJtque procul visis paulum dubitavit in armis , Agnovitque (nefas?) jaculis, et voce superba Tecta incessentem , magno prius omnia planctu Implet, et è mûris ceu descensura profatur :
Comprime telamanu,paul unique banc aspice turrii: Frater, et horrentes refer in mea lumina cristas. Agnocisne liostes? Sic annuapacta fidemque Poscimus? Hi questus, liaec est bona causa modesti Exulis? Argolicos per te, germaue , pénates
s U R L A T H É B A I D E. l 'oj
» 1er ses cheveux blancs eL le sein cjui t'a nourri, écraser » ses tlancs sous les pieds de ton cheval. Arrête : pourquoi » repousser mes embrassemens avec ion bouclier et la J) garde de ion epée ? Je n'ai point invoque' contre toi les » divinitcfs du Styx ; ma vengeance ne t'a point dévoue aux j) Furies. Ecoute une femme au désespoir. Ce n'est point » ton père qui t'en conjure; barbare, c'est ta mère. Mets » un freina tes coupables transports, mesure ton forfait. J) Mais, dis-tu, ton frère ébranle ces murailles, il te pro- )) voque à un combat impie. Hélas, il n'a point de mère, » il n'a point de sœur pour appaiser sa colère ! Ici toute )) ta famille te supplie , ici nous pleurons toutes à les » pieds. Polynice est livré à des étrangers. A peine le » seul Adraste s'oppose-t-il à leur fureur; que dis-je, il )) l'enflamme peut-être. Mais toi , c'est le palais de ton 31 père, ce sont tes dieux domestiques que tu abandonnes; » c'est de nos bras que lu t'arraches pour aller percer le » cœur d'un frère. »
» D'un autre côté Aniigone se glisse à travers la foule; la pudeur de son sexe ne peut arrêter ses pas ; l'ardeur qui l'anime lui fait franchir toute la hauteur des murs. Le vieux Actor l'accompagne; mais l'âge ne permettra pas à ce foible guide de parvenir avec elle jusqu'au sommet des tours. Aniigone aperçoit de loin les armes de sou frère ; elle hésite un moment. Bientôt elle le reconnoît à ses coups, à ses menaces orgueilleuses. Tout retentit alors des plaintes de cette tendre sœur, et prèle à se précipiter du haut des murs, elle s'écrie :
« Ah , retiens tes javelots , regarde celte tour , tourne >. vers moi l'aigrette sanglante de ton casque ! Soni-ce ^. des emiemis que lu vois ? Est-ce ainsi que tu viens
ï58 JUGEMENT
( Nam Tyriis jam niiUus honos, ) per si qiiid in illa Dulce domo , summitte animos. En utraqne gentis Turba rogant , arabœque acies. Rogat illa suoruin Antigone de vota malis, suspectaque régi, Et tantum tua, dure , soror. Saltera ora, trucesque Solve gênas. Liceat vultus fortasse supremura Koscere dilectos, et, ad hsec lamenta, videre, Anne fleas. Illum gemitu jam supplice mater Frangit, et exsertum dimittere dicitur ensem. Tu millifortis adhuc, mihi, quœ tua nocte dieque Exsilia, erroresque fleo? Jam jamque tumentem Placavi tibi, sœve, patrem. Quid crimine solvis |
Germanum? Nempe ille fidem et stata fœdera rupit, Ille nocens , seevusque suis ; tamen ecce vocatus Non venit, His paulum furor elanguescere dictis Cœpcrat, obstreperet quanquam,atque obstaretEriunys Jam summissa manus, lente jam flectit habenas, Jam tacet; erumpunt gemitus, lacrymasque fatetur Cassis; hebent irse, pariterque et abire nocentem Et venisse pudet; subito cum matre repuisa Euraenis ejecit fractis Etheoclea portis Glamantem : Venio , solumque quod ante vocasti Invideo. Ne incesse moras , gravis arma tenebat Mater. lo patria, ô regum incertissima tellus, Nunc certe victoris eris. Nec mitior ille , Tiindenijinquit, scis, saeve, fidem^ et descendis in eqimni
SUR LA THEBAIDE. i5q
n rcclamer la foi des traitésPEst-ceainsi que tu invoques » la justice? Sont-ce là les plaiutes d'un exilé vertueux ? » Fait-on valoirainsi des droitslëgitimesPO mon frère, par ). les dieux tutelairesd'Argos,cariun'as plus d'égard pour » ceux de Thèbes , par les doux nœuds de ton nouvel » hjmenée , calme ton courroux : les deux familles , les » deux armées l'en conjurent avec moi. Ecoute cette mal- » Leureuse Aniigone , victime dévouée aux fureurs de » ses proches, cette Antigone suspecte au roi ton rival , » et qui n'a plus, cruel, d'autre frère que toi. Ecarte du » moins cet airain farouche qui me cache tes traits; laisse- » moi voir pour la dernière fois peut-être, ce visage » chéri; que je puisse juger si ma douleur arrache à tes » jeux quelque larme. Jocaste a déjà su toucher l'impi- » lojahleEtéocle: la douleur d'une mère a fait tomber » le glaive de ses mains sanguinaires; et toi, tu restes » invincible ! Antigone ne peut triompher de ton courage » inhumain, Antigone qui pleure jour et nuit ton exil et » tes malheurs , Antigone qui vient de fléchir en ta faveur » un père inexorable ! Pourquoi justifier ton frère? C'est j) un parjure, sans doute, c'est un tjran; mais enfin, défié )) par toi, il n'a point encore paru sur l'arène. »
» Poljnice commençoit à s'appaiser malgré les efforts de la Furie. Déjà sa main laisse échapper les rênes ; les soupirs s'ouvrent un passage; son casque trahit ses pleurs; sa colère émoussée fait place à la honte d'être venu et de s'en retourner coupable, lorsque tout- à-coup Tisiphone repousse Jocaste, brise les portes et jette Etéocle hors des murs. Il s'écrie :
« Me voilà , et mon seul re.-ret est d'avoir été prévenu. » Ne me reproche poius ce retard ( ma mère s'attachoit
iGo JUGE M E N T
O milii nunc primum longo post tempore frater , Congredere : hse leges , liœc fœdera sola supersunt. Sic hostile luens fratrem ; iiamque uritur alto Corde, quod innumeri comités, quod regia cassis, Instratusque ostro sonipes , quod fulva métallo Parmamicet, quanquam haud armis inhonorus et ipse,. Nec palla viilgare nitens: opus ipsa novarat Mœoniis Argia modis , et pollice docto Stamina pm^pm-eœ sociaverat aureatelae.
Jamquein pulveremn fm'iis hortantibus œquor ProsiUmit, sua quemque cornes slimulatque, regitque. Frena tenent ipsœ , phalerasque , et lucida comunt Arma mami , mixtisque jubas serpentibus augent. | Stat consanguineum campo scelus : uiiius ingens j Bellum uteri , coëuntque pares sub casside Yultus. Signa lacent, siluere tubœ ; stupefactaque Martis Gornua. Ter iiigris avidus regnator ab oris Intonuit , terque ima soli concussit , et ipsi .
Arraorum fugere dei : misquam inclita virtus , f
Restinxit Bellona flices , longeque paventes Mai^srapuitcurrus, et Gorgone cruda virago Abstitit, inque vicem Stygiœ rubuere sorores.
SUR LA THÉBAIDE. i6l
J> à mes armes), 6 patrie, 6 terre trop incertaine sur le » choix de tes rois , la victoire du moins va t'en donner un.» « Ah , traître , repond Polj nice , tu sais donc enfla » garder ta foi ■ tu reconnois le droit des armes ! Après » une si longue absence , tu m'accordes donc enfin une en- » trevue! Le fer, voilà nos lois, voilà nos traités. »
» En parlant ainsi, Polynice lance sur son frère des regards féroces : il contemple avec dépit la cour nombreuse qui environne le monarque thébain , l'éclat de son casque , la pourpre qui couvre sou coursier , l'or qui brille sur son manteau ; et ce luxe rojal blesse son cœur jaloux, quoique lui-même n'ait point à rougir de son armure et de ses vëtemens. Argie , sa jeune épouse, en avoit formé le tissu ; et sa main savante avoit allié l'or à la pourpre, avec tout l'art de la Méonie.
» Cependant poussés par les Furies , les deux frères s'élancent au miheu d'un nuage dépoussière. Chacun a son Euraénide, qui le presse et l'aiguillonne. Les Sœurs infernales tiennent elles-mêmes les rênes , polissent les armes, ajustent les harnois, et mêlent leurs serpens aux crins des coursiers. On voit avec horreur sur le champ de bataille, ce couple fratricide, ces deux ennemis sortis du même flanc, et dont le casque couvre la ressemblance. Les instrumens de Mars sont muets, les clairons belliqueux ne donnent point le signal ordinaire, les trompettes se taisent. Le Souverain du noir rivage tonne du sein des enfers : trois fois la terre est ébranlée, et les dieux même des combats ont pris la fuite. Bellone éteint ses flambeaux ; Mars détourne loin de cette arène impie ses chevaux épouvantés • Pallas jette son égide; les filles du Stjx rougissent. Un peuple désolé borde les remparts ; les larmes coulent; TOME I. L
igo JUGEMENT
Promiiiet; exceisis vulgus miserabile tectis ; Gunctaimident lacrymis, et ab omiii plangitur arce. Hinc questi vixisse senes, hinc peclore niido Stant matres, parvosque vêtant attendere natos. Ipse quoque Ogygios monstra ad gentilia mânes Tartareus rector porta jubet ire reclusa. Montibus insiduntpatriis, tiistique corona Infecere diem , et vinci sua crimina gaudent:
Ilîos ut stimulis ire in discrimen aperiis Audiit, et sceleri nullum jam obstare pudorem, Ad volât, et médias immittit Adrastus habenas. Ipse quidem regnis multum, et venerabilis œvo, Sed quidapud taies, quis nec sua pignora curœ? Alternos tamen ille rogat : Spectabimus ergo Inachide, Tyriique nefas? Ubi jura , deique? Bella ubi? Ne perstate animis. Te deprecor hostis , (Quanquam , hœcirasinat, nec tu mihi sanguine longe; Te gêner, et jubeo. Sceptri si tanta cupido est, Exuo regales habitus : I Lernan, et Argos Soins babe. Non verba magis suadentia frangunt Accensos, sumplisque semel conatibus obstant, Quam Scytha curvatis erectus fluctibus unquam Pontus , Cyaneos vetuit concurrere montes. Ut periisse preces , geminosque ad prœlia fusos Pulvere cornipedes, explorarique furentum In digitis amenta videt, fugit, omnia linquens
les gemissemens éclatent de tous côtes. Ici les vieillards se plaignent d'avoir trop vécu; là, les mères frappent leur sein découvert, et défendent à leurs petits enfans de tourner les jeux vers la plaine. Le tyran du Tartare fait ouvrir les portes , et envoie les mânes des Thébains scélérats , contempler les forfaits monstrueux de leurs concitoyens! Ces Ombres funestes se postent sur les montagnes voisines; leur troupe empestée souille le jour, et montre quelque joie de voir ses crimes surpassés.
» Adraste apprend que les deux frères aveuglés par la liaine , s'avancent sans pudeur l'un contre l'autre. Aussitôt il vole au milieu d'eux ; sa dignité , son âge le rendent vénérable ; mais que peuvent respecter ceux qui ne respectent pas leur propre sang ?
« Enfans d'Inachus, s'écrie le vieillard, et vous, race » de Cadmus , serons-nous spectateurs tranquilles de cet « effroyable attentat. Il n'y a donc plus ni lois, ni dieux, « ni droit de la guerre? Arrêtez, barbares ! Je t'en con- » jure, Eiéocle, toi mon ennemi ; mais qui , malgré ta « rage, n'est pas un étranger pour moi; et toi , Poljnice, « mon gendre, je t'ordonne de mettre bas les armes. Si « la fureur de régner te possède , hé bien , j'abdique en « ta faveur le sceptre : va régner seul dans Lerne et dans 5) Argos ! n
« Mais ses ordres, ses prières n'ont pas plus de pouvoir pour séparer ces tigres, que les flots de la mer de Scythie n'en ont pour séparer les roches Cyanées. (i)
(0 Ecueils, à l'entrée de la Mer-Noire, appelés aussi 6>7«plégades , parce qu'ils sont si voisins l'un de l'autre qu'ils sembleni s'entrechoquer.
î64 J U G E M E xV T
Castra, viros, generum, ïliebas; ac flita monentem Conversumque jugo propeliit Ariona. Qualis Demissus curru lœve post praemia sortis Umbrarumcustos, mundique novissimus hœres Palluit , amisso veniens in Tartara cœlo.
Nam tamen induisit pugnœ , cunctataque primo Siibstitit in scelere , et paulum fortiina raorata est. Bis cassée periere vice ; bis cominus actos Avertit bonus error equos, puroeque nefandi Sanguinis , obliquis ceciderunt ictibus hastae. Tendunt frena manu , et sœvis calcaribus urgent îmmeritos. Movet et geminas miserabile divûm Prodigium turmas , alternaque murmura volvunt Mussantes, iterare aciem, procurrere sœpe Impetus, et totum miseris opponere bellum. , Jamdudum terris, cœtuque offensa deorum , Aversa cœli Pietas in parte sedebat, Nonhabitu quo nota prius, non ore sereno, Sed vittis exuta comam, fraternaque bella, Ceu soror infelix pugnantum , aut anxia mater, Deflebat ; sœvumque Jovem Parcasque liocentes Vociferans, seseque polis et luce relicta Descensuram Erebo, et Stygios jam malle Pénates. Quid me , ait , ut saevis animautum , ac saepe deorum Obstaturam animis, princeps natura, creabas? Nii jam ego per populos, nusquam revejrentia nostriv
SUR LA THÉBAIDE. lG5
Les frères poussent leurs chevaux à travers des flots de poussière; ils essaient déjà leurs dards. Adraste de'sesperë s'éloigne de Tlièbes , abandonnant son camp , ses guerriers , son gendre ; il se laisse emporter à l'ardeuF d'Arion, coursier fidèle et proplie' tique, qui déjà se de'lourne vers la route dArgos. Ainsi pâlit, en baissant la tête, le gardien des Ombres, l'iie'ritier de la dernière portion de l'univers , lorsqu'après un partage ine'gal et funeste , il fut contraint de quitter le ciel pour descendre aux enfers.
55 Cependant la fortune elle-même ne se hâte point de favoriser le crime : elle bèsite, elle s'arrête, et semble refuser de nommer un vainqueur. Deux fois les combattans s'élancent l'un contre l'autre, deux fois leurs chevaux s'égarent; une erreur favorable trahit leur fureur : les javehnes, mal dirigées, tombent à terre, pures du sang fraternel. Ces ennemis dénaturés serrent en vain les rênes ; eu vain ils pressent de l'aiguillon leurs coursiers innocens. Les deux armées elles-mêmes s'indignent d'un combat si atroce; elles accusent les dieux; elles sont prêtes à se mêler encore pour se mettre entre les deux frères.
» Depuis long-temps la Piété bannie de la société des hommes, et mécontente même des dieux, s'étoit reléguée dans un endroit écarté de l'Olympe, dépouillée de ses anciens ornemens, et défigurée par la douleur ; des bandelettes n'arrêtent plus sa chevelure flottante ; elle déplore cet horrible combat. A la voir, on la prcndroit pour la sœur ou pour la mère des combattans. Elle reproche à Jupiter sa cruauté, aux Parques leur inflexible rigueur ; elle menace de quitter bientôt le ciel et la lu-
O furor, ô hommes, dirseque Prometlieos artes! Qiiam bene post Pyrrham tellus pontusque yacabanl ? En mortale genus ! Dixit , speculataque tempus, Auxilimn tentemus, ait, licet irrita coner. Desiluitque polo : niveus sub nubibus altis Quanquam mœsta , cleœ seqiiitur vestigia limes. Vix steterat carapo , subita mansuescere pace Agmina , sentiriqiie nefas. Tmic ora madescimt Pectoraque, ettacitus subrepsit fratribus liorror. Armaetiam simulata gerens, cultusque viriles Nmic liis, mmc illis : Agite, ite, obsistite , clamât, (^uis nati fratresque domi, qiiis pignora tanta ?
His quoque (nonne palam est ultro miserescere divos?| Teîa cadunt , cunctantur equi ; Fors ipsa répugnât. Nonnihil impulerat dubios, nitorv^anotasset Tisiphone fraudes , cœleslique ocyor igné Afibret increpitans. Quid belJi obverteris ausis, Numeniners, pacique datum? Cède, improba: noster Hic campus, nosterque dies. Nuncseranocentes y
Défendis Thebas. Ubi tune ciim bella cieret Bacchus, et armatas furiarent orgiamatres? Aut ubi segnis eras, dum Martius impia serpens Stagnabibit, dum Cadmus arat, dum vicia cadit Spliinx Dum rogat Œdipoden genitor , dum lampade nostra
SUR LA THÉBAIDE. iGj
mière, pour descendre dans la nuit de l'Erèbe et cliercher un asile sur les bords du Styx. « O principe de l'univers, )t s'ecrie-t-elle , Nature, c'est donc en vain que tu m'as )) créée pour adoucir la férocité des lioinmes , et souvent )) même des dieux ! Les peuples me dédaignent , partout )) on me repousse. O fureur, ô cr'tnes du genre humain, )) ô coupable industrie de Proméilice! Pourquoi faut-il que » Pjrrlia ait repeuplé la terre ? Plus heureux le monde s'il » fût resté un désert ! Voyez à quels excès se portent les » mortels ! Essayons cependant de secourir ces insensés; » tentons quelques efforts , hélas , bien inutiles ! »
» Elle dit, et saisissant l'instant favorable, elle s'élance hors de l'Olympe. Quoiqu'un sombre nuage de tristesse enveloppe la déesse , elle trace sur son passage un sillon lumineux. A peine a-t-elle touché la terre qu'une paix soudaine s'insinue dans les rangs ; la colère s'appaise , on commence à frémir de ce combat impie. Bientôt les larmes coulent ; les cœurs s'attendrissent ; les frères cuxm.èmessont saisis d'une secrète horreur. Bientôt la déesse, déguisant son sexe et ses traits célestes sous Thabit et l'armure d'un guerrier , crie de tous côtés aux soldais des deux armées : « Allez, courez, vous qui avez des fils et des 5) frères ; au nom de ces gages si chers , ne souffrez pas qu'on » outrage la nature ! »
A sa voix les armes leur tombent des mains, les chevaux «'arrêtent, le Destin lui-même balance. Ah, sans doute, les dieux ont pitié de tant de maux ! Et déjà la Piété ti'iomphoit des cœurs les plus rcjjellcs, si l'affreuse Tisiphonc n'eût reconnu le danger. Elle vole, plus rapide que la foudre , et adresse à son ennemie ces reproches injurieux : (i Que » vici)s-tu faire parmi les armes cl les combats, lâche Divi-
l68 JUGEMENT
In thalamos Jocasta venit? Sic urget, et ultro Vitantem aspectus , etiam , pudibundaque longe Ora reducentem , premit adstridenlibus hydris , Intentatque faces. Dejectam in lumina pallam Diva trahit , magnoqiie fngit questura Tonanti. Tune vero accensœ stimulis majoribus irœ : Arma placent , versœque volunt spectare cohortes 3 Instaurant crudele nefas. Rex impius aptat Tela , et funestes casum prior occupât hastae. Illa yiam médium clypei conata per orbeni Non perfert ictus atque alto vincitur auro. Tune exul subit , et clare funesta precatur : Dii c|uos efTosso non irritus ore rogavit Œdipodes, firmate nefas, non improba posco Vota ; piabo nianus, et eodem pectora ferro Rescindam , dum me moriens hic sceptra tenentem Linquat , et hune secum por tet minor umbra doiorem. Hasta subit velox equitis fémur inter equique Ilia, letum utrique volens; sed plaga sedentis Laxato vitata gênu. Tamen irrita voti Cuspis, in obliquis invenit vulnera costis. It prœceps sonipes strie tae contemptor habenœ, Arvaque sanguineo scribit rutilantia gyro. Exultât , fratris credens hune esse cruorem. Crédit et ipse metu. Totis jamque exul habenis Indulget, coecusquc avidos illidit inœguura