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Dans une autre lettre , Racine dit à son fils : « Je •n VOUS dirai, en passant , que je dois réparation à 3) la mémoire de la Champmêlé , qui mourut avec 3) d'assez bons sentimens après avoir renoncé à la » comédie , très-repentante de sa vie passée , mais
V surtout fort affligée de mourir. Du moins M. Des-
V préaux me l'a dit ainsi , l'a^^ant appris du curé
V d'Auteuil , qui l'assista à la mort, car elle est » morte à Auteuil. »
Dans ces deux passages on reconnoît le chrétien et point du tout l'amant, La maladie et la mort d'une actrice célèbre sont des nouvelles dont les plus indifférens aiment à s'entretenir. Racine les entend conter comme les anecdotes du jour ; il n'en parle lui-même qu'avec la plus grande indiflerence ; et l'intérêt qu'il paroit prendre au salut de la Champmêlé , n'est qu'un sentiment purement religieux ^ exprimé avec une sorte de diu-eté. Dans la même lettre il remarque que M. Bayer est mort fort chrétiennement ; et assurément M. Boyer n'avoit jamais été son ami.
Mon principal motif pour croire que Racine n'eut jamais aucune liaison intime avec la Champmêlé , c'est qu'il avoit un esprit juste , un goût délicat , un cœur sensible. Il devoit sans doute dédaigner de partager les faveurs d'une fille de théâtre avec quelques seigneurs libertins ; et la Champmêlé , à son tour, vaine, intéressée, n'a pas dû faire beaucoup de cas de famour d'un poète, qui ne pouvoit flatter ni l'intérêt ni la vanité. Si l'on soupçonne qu'elle a voulu payer les soins que Racine prenoit de l'instruire , je répondi'ai que les soins de Racine
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avoient pour objet sa propre gloire et le succès de ses pièces , bien plus que rinslructiou de la comédienne. La Cliampmêié qui ne l'ignoroit pas , se croyoit dispensée de la reconnoissance. Peut-être même s'imaginoit-elle que c'étoit le poète qui lui en devoit : les exemples de cette espèce d'ingratitude sont très-communs ; et je ne serois pas obligé d'aller les chercher bien loin.
Une épigr anime de Boileau, imprimée dans l'édition de Paris, 1747, en cinq volumes in-S"., atteste que la Champmêlé avoit une cour nombreuse ; que Boileau, et son ami Racine qui lui fournit, dit-on, le liiot de l'épigramme, n'étoient pas les derniers à rire des dupes que faisoit la comédienne , et de la complaisance du mari pour la société de sa femme ;
De six amans contens et non jaloux j Qui tour-à-tour servoient madame Claude, Le moins volage étoit Jean son époux.
Un jour pourtant , etc.
Je conclus de cette épigramme que Racine avec la sensibilité , la délicatesse et Fesprit qu'on lui connoît, a bien pu se moquer , ainsi que son ami Boileau, des six amans de madame Claude et de la sottise de Jean, son époux; mais que probablement il ne fut jamais membre d'une pareille association. Si je me trompe, mon erreur est du moins plus honorable pour Racine , et surtout plus conforme à son caractère connu. Par tout ce qu'a écrit ce grand poète 5 et smiout par les premières lettres de sa jeunesse , on voit qu'il a bien pu n'être pas exempt de foiblesses et de passions; mais qu'il n'a jamais pu être libertin.
Racine
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Racine déclamoit les vers comme il les faisoit : au talent de poète il joignit celui d'acteur; mais il n'avilit jamais son ctiractère par le métier d'histrion ; il ne monta point sur le théâtre , et se contenta d'être le maître de ceux qui , par état , ëtoient obligés d'y monter. C'est lui qui forma le fameux Baron. On l'accuse d'avoir mis à la mode une déclamation emphatique et chantante : on en jugeoit par la Duclos , élève de la Champmêlé , et qui n'ayant pas son talent, défiguroit sa manière par l'affectation et l'enflure; mais Baron, disciple de Racine , et le plus naturel des acteurs , a prouvé , par son débit noble et simple , que Racine , dans la déclamation comme dans la poésie , étoit resté fidèle à la nature.
Ce grand maître de déclamation théâtrale , étoit aussi l'homme de son siècle le plus habile dans l'art de la lecture ; il savoit donner à tout ce qu'il lisoit un charme particulier. Louis XIV se plaisoit à l'entendre : ce prince le chargea un jour de lui choisir nn livre propre à l'amuser pendant une indisposition qui le retenoit cm lit ; Racine proposa les Vies de PJutarque ; mciis le Roi objecta que c'étoit du gaulois. Le lecteur promit de lui sauver ce désagrément; et en effet il sut si bien, en lisant, substituer aux termes sm-annés des expressions nouvelles, qu'il fit parler au vieux Amyot un frtmcais aussi pur que celui qui étoit alors en usage : genre d'adresse supérieur encore au talent de bien In-e.
Ce fut en 1670 , peu de temps après avoir donné au public sa tragédie de Mithridate , qu'il fut admis à l'Académie française pour remplacer M. de la