‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 123 sur 193 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Vous pouvez, sans rougir du pouvoir de vos cliarmes.(i) Forcer ce grand guerrier à vous rendre les armes; Et, sans que votre cœur doive s'en alarmer, Le vainqueur de l'Euphrate a pu vous désarmer. Mais l'état aujourd'hui suivra ma destinée ; Je tiens avec mon sort sa fortune enchaînée ; Et, quoique vos conseils tâchent de me tléchir. Je dois demeurer hbre afin de Taffi-anchir. Je sais l'inquiétude oii ce dessein vous livre ; Mais comme vous, ma sœur, j'ai mon amour àsuivre. Les beaux yeux d'Axiane, ennemis de la paix , Contre votre Alexandi^e annent tous leurs attraits ; Reine de tous les cœurs , elle met tout en armes Pour cette liberté que détruisent ses charmes; Elle rougit des fers qu'on apporte en ces lieux, Et n'y sauroit souffrir de tyrans, que ses yeux.

(i) Vous pouvez, sans rougir du pouvoir de vos charmes, Ce frère qui donne à sa sœur la permission d'aimer Alexandre, qui trouve qu'elle peut sans honte se laisser désarmer par le vainqueur de l'Euphrate , est un personnage petit et froid 5 il devient même ridicule quand il dit :

Mais comme vous, ma sœur, j'ai mon amour à suivre. Les beaux yeux d'Axiane , ennemis de la paix, 1 , Contre votre Alexandre arment tous leurs attraits 5

, Reine de tous les cœurs , elle met tout en armes,

Pour cette liberté que détruisent ses charmes.

Taxile joue ici sur le mot de liberté : il confond l'esclavage amoureux aveq.la servitude politique , et le despotisme de la beauté avec celui de la puissance militaire.

Il faut servir , ma sœur , son illustre colère ; Il faut aller

CLÉOFILE.

Hé bien, perdez-vous pour lui plaire; De ces tyrans si chers suivez f arrêt fatal, (i) Servez-les, ou plutôt servez votre rival. De vos propres lauriers souffrez qu'on le couronne; Combattez pour Porus, Axiane fordonne; Et par de beaux exploits , iippuyant sa rigueur, Assurez à Porus feinpire de son cœur. (2.)

Ail 5 ma sœur , croyez- vous que Porus

CLÉOFILE.

Mais vous-même , Doutez-vous, en effet, qu' Axiane ne l'aime?

(1) De ces tyrans si chers suivez l'arrêt fatal ,

Que de métaphores outrées et ridicules sur les beaux yeux d' Axiane ! Ce sont des ennemis de la paix ; ce sont des tyrans nui n'en peuvent souffrir d'autres ^ des tyrans chers qui rendent des arrêts. Trissotin ne s'exprimoit pas autrement 5 mais Trissotin suivoit sou goût; et Racine obéissoit à la tyrannie de la mode en attendant qu'il pvit la détruire.

(2) Assurez à Porus l'empire Je son cœur.

Une règle générale de notre grammaire, et celle qui contribue le plus à la clarté de la langue française , c'est le rapport du pronont possessif au nom substantif qui précède immédiatement, à moins, dit l'abbé d'Olivet, qu'il ne se glisse un pur adjectif entre deux. Dans ce vers, son cœur y suivant la grammaire , doit se rapporter à Porus , et suivant le sens il se rapporte à Axiane. Cette règle est d'ime pratique très-difficile; et nous verrons que Racine lui-même , le plus exact de nos poètes, ne s'v est pas toujoui-s soumis.

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