SCENE L CLÉOFILE, EPHESTION
ÉPHESTION
Oui , ttmdis que vos rois délibèrent ensemble,
Et que tout se prépare au conseil qui s'assemble,
Madame, permettez que je vous parle aussi
Des secrètes raisons qui m'amènent ici.
Fidèle confident du beau feu de mon maître ,
Souffrez que je l'explique aux yeux qui Font fait naître ; (2)
(i) Le second acte s'ouvre par une scène de la plus insipide galanterie et dont le motif est froid et vil : c'est un message d'amour. Epl^estion y joue un rôle peu digne de l'ami d'Alexandre.
(2) Fidèle confident du beau feu de mon maître ,
Souffrez que je l'explique aux yeux qui Tont fait naître ;
Antoine , à qui Corneille a donné le même emploi dans la Mort de Pompée , n'exerce pas du moins ces nobles fonctions sur la scène: il en rend seulement compte à César 5 cependant Antoine est plus avili, parce que c'est un Romain et un homme bien plus important dans l'histoire qu'Ephestion. Mais Cleo-!file, que personne ne connoît, est fort au-dessous de Cleo— pâtre : cette princesse indienne n'a point de caractère j ce n'est qu'une coquette subalterne , indigne de la tragédie. Alexandre est méconnoissable : c'est le plus fade galant; et plus il est grand dans l'histoire, plus il est petit dans la pièce.
Et que pour ce héros j'ose vous demander Le repos qu'à vos rois il veut bien accorder ? (i) Après tant de soupirs , que faut-il qu'il espère ? Attendez-vous encore après l'aveu d'un frère ? (2) Voulez- vous que son cœur , incertain et confus , Ne se donne jamais sans craindre vos refus? Faut-il mettre à vos pieds le reste de la terre ? Faut-il donner la paix , faut-il faire la guerre ? (3) Prononcez. Alexandre est tout prêt d'y courir, (4) Ou pour vous mériter, ou pour vous conquérir.
CLÉOFILE.
Puis-je croire qu'un prince au comble de la gloire De mes foibles attraits garde encor la mémoire? Que, tramant après lui la victoire et l'effroi, Il se puisse abaisser à soupirer pour moi ?
(i) Et que pour ce héros j'ose vous demander Le repos qu'à vos rois il veut bien accorder.
Jeu de mots plus digne des romans de ce temps-là que d'une tragédie.
(2) Attendez-vous encore après l'aveu d'un frère ?
Attendre après quelque chose , est d'un style trop commiim.
(3) . . . Faut-il faire la guerre ?
Cet hémistiche est foible : c'est là son moindre défaut. Le sens est bien plus vicieux: un héros tragique qui ne veut donner la paix , ou faire la guerre que pour les beaux jeux d'une femme , est prodigieusement avili.
(4) Prononcez. Alexandre est tout prêt d'y courir ,
Courir à quoi ? A donner la paix ou à faire la guerre. Ici )a correctiou manque autant que l'élégance.