‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 136 sur 193 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Des captifs comme lui brisent bientôt leur chaine : A de plus hauts desseins la gloire les entraîne ; Et l'amour dans leurs cœurs , interrompu , troublé , Sous le faix des lauriers est bientôt accablé. Tandis que ce héros me tint sa prisonnière , J'ai pu toucher son cœur d'une atteinte légère; Mais je pense 5 Seigneur, qu'en rompant mes liens Alexandre à son tour brisa bientôt les siens.

ÉPHESTION

Ah, si vous l'aviez vu, brûlant d'impatience, Compter les tristes jours d'mie si longue absence, Vous sauriez que l'amour précipitant ses pas , Il ne cherchoit que vous en courant aux combats. C'est pour vous qu'on l'a vu,vyinqueur de tant de princes, D'un cours impétueux traverser vos provinces, (i) Et briser en passant, sous l'effort de ses coups , Tout ce qui l'empêchoit de s'approcher de vous. On voit en même champ vos drapeaux et les nôtres ; De ses retranchemeus il découvre les vôtres ; Mais, après tant d'exploits, ce timide vainqueur Craint qu'il ne soit encor bien loin de votre cœur. Que lui sert de courir de contrée en contrée , S'il faut que de ce coeur vous lui fermiez l'entrée ;

(i) . . . \ainqi'ieur de tant de princes, . . . traverser vos provinces ,

■ Province est la seule rime noble di prince : voilà pourquoi Racine est quelquefois obligé de placer mal-à-propos cG mot de province j mais ce défaut est bien plus frcqueat , et choque davantage dans Corneille.

Si , pour ne point répondre à de sincères vœux: , Vous cherchez chaque jour à douter de ses feux ; Si votre esprit, armé de mille défiances

CLEOFILE.

Hélas , de tels soupçons sont de foibles défenses ;

Et nos cœurs, se formant raille soins superflus,

Doutent toujom's du bien qu'ils souhaitent le plus!

Oui , puisque ce héros veut que j'ouvre mon âme ,

J'écoute avec plaisir le récit de sa flamme.

Je craignois que le temps n'en eût borné le cours ;

Je souhaite qu'il m'aime, et qu'il m'aime toujours.

Je dis plus : quand son bras força notre frontière ,

Et dans les murs d'Omphis m'arrêta prisonnière , (i)

Mon cœur, qui le voyoit maître de funivers,

Se consoloit déjà de languir dans ses fers;

Et , loin de murmm-er contre tm destin si rude ,

Il s'en fit, je l'avoue , une douce halDitude ;

Et de sa liberté perdant le souvenir ,

Même en la demandant , craignoit de l'obtenir :

Jugez si son retour me doit combler de joie.

Mais tout couvert de sang veut-il que je le voie?

Est-ce comme ennemi qu'il se vient présenter ?

Et ne me cherche-t-il que pour me tourmenter?

{i) Et dans les murs d'Omphis etc.

Oniphis ou Mophis étoit le nom propr^^ de Taxile , et non pas celui d'une ville. Le nom de Taxilt. étoit le nom ordinaire des rois de cette partie de l'Inde,

Page 1