‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 139 sur 193 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Vous savez son dessein : choisissez aujourd'hui, Si vous voulez tout perdre ou tout tenir de kii.

Seigneur, ne croyez point qu'une fierté barbare (i) Nous fasse méconnoître une vertu si rare ; Et que dans leur orgueil nos peuples affermis Prétendent , malgré vous , être vos ennemis. (2) Nous rendons ce qu'on doit aux illustres exemples: Vous adorez des dieux qui nous doivent leurs temples; Des héros qui chez vous passoient pour des mortels. En venant parmi nous ont trouvé des autels. (5) Mais en vain l'on prétend, chez des peuples si braves, Au heu d'adoratem-s se faire des esclaves : (4)

(1) Seigneur , ne croyez point qu'une fierté barbare

VARIANTE

Seigneur , ne croyez point qu'une haine barbare.

(2) Prétendent, malgré vous, être vos ennemis.

VA RIANTE

Veuillent, malgré vous-même, être vos ennemis.

(3) En venant parmi nous ont trouvé des autels.

C'est une ingénieuse allusion aux voyages fabuleux de Bacchus dans les Indes.

(4) Au lieu d'adorateurs se faire des esclaves :

Ici Racine paroît avoir eu en vue ce passage du discours des Scythes à Alexandre : Quiôtis bcllum non intuleris , bonis amicis poleria uti ; nam et firmlssima est inter pares ami" cilia ; ti yidcntur pures qui non feceruni inter se periculum virium. (^uosviceris , amicofs libi esse cwe crcdas : inter domiiium et scn-um nul/a amicitia est.

(( l\i n'auras pour amis que ceuï à qui tu n'auras point TOME I. Q

Croyez-moi 5 quelque éclat qui les puisse toucher, (i) Ils refusent l'encens qu'on leur veut arracher. Assez d'autres états, devenus vos conquêtes. De leurs rois, sous le joug , ont vu ployer les têtes. Après tous ces états qu'Alexandre a soumis, (2) N'est-il pas temps, Seigneur, qu'il cherche des amis? Tout ce peuple captif, qui tremble aunom d'un maître, Soutient mal mi pouvoir qui ne fait que de naître. Ils ont, pour s'aflranchir, les yeux toujours ouverts; (3) Votre empire n'est plein que d'ennemis couverts ; Ils pleurent en secret leurs rois sans diadèmes ; Vos fers trop étendus se relâchent d'eux-mêmes;

)) fait la guerre ; car il n'y a d'amitié solide qu'entre les égaux j

î> et ceux-là paroissent égaux , qui n'ont point mesuré leurs

51 forces. Garde-toi de regarder comiùe des amis ceux que tu

î) auras vaincus : entre le maître et l'esclave, il ne peut exister

i) d'amitié. »

Q. CuRT.L. VII, Cap. 23.

(i) Croye7-nioî, quelque ëclat qui les puisse toucher , Quelque éclat qui : cette cacophonie est fort éloignée de la douceur et de l'harmonie ordinaire aux vers de Racine. Touclier ne paroît pas être le mot propre quand il s'agit d'éclat.

(1) Assez d'autres états , devenus vos conquêtes,

De leurs rois , sous le joug , ont vu ployer les têtes. Après tous ces états qu'Aîexandi"e a soumis,

VARIANTE

Assez d'autres états, devenus vos conquêtes, Sous le joug d'Alexandre ont vu ployer leurs tètes. Après tant de sujets à ses armes soumis, etc.

(J>) Ils ont , pour s'affranchir, les yeux toujours ouverts.

Pour secouer le joug, i!s ont les ycus ouverts.

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