‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 14 sur 193 · DE JEAN RACINE. XXXV · texte numérisé non relu

DE JEAN RACINE. XXXV

OÙ il falloit s'en accpitter ; mais le directeur de la veille prouva que Corneille étant mort pendant qu'il étoit encore directeur , c'étoit lui que ce ministère regcirdoit : i'Académie du moins en jugea ainsi ; et c'est ce qui donna lieu à ce mot de Benserade , qui dans le temps fut célèbre , et qui est en effet très-heureux : « Nul autre que vous, monsieur, dit-il à Racine, ne pouvoit prétendre à enterrer Corneille, et cependant vous n'avez pu y parvenir! » Mais si Racine alors n'enterra point Corneille , il eut quelque temps après de quoi se dédommager de la privation de cet honneur, en recevant le frère de Corneille à l'Académie française. Ce fut dans cette cérémonie, le 2 janvier i685 , qu'il prononça ce beau discours , seul capable de lui donner un rang distingué parmi nos orateurs. Cette année est l'époque du triomphe le plus complet de féloquence de Racine. C'est alors qu'il fit voir qu'il éîoit digne de louer le grand Corneille et Louis-le-Grand !

En 1677, après avoir donné au public son chefd'œuvre de Phèdre, Racine reconnut enfin la vanité de ses travaux , et considéra, avec les yeux d'un chrétien, ses occupations profanes. Les principes religieux dont il avoit été nourri , et que la fougue de la jeunesse, jointe à fenthousicisme poétique , n'avoit pu étoufièr, se ranimèrent dans son âme avec une nouvelle force. La raison et rexpérience le dégoûtèrent de cette fmnée des cipplaudissemens dont il s' étoit jusqu'alors enivré : il sentit qu'il y avoit dam le monde un état plus noble et plus honnête que celui d'exciter dans les cœurs des passions souvent funestes.

Page 1