XXXVJ VIE
C'est ici le lieu d'approfondir les motifs de la conversion de Racine , que les philosophes ont déiiaturjcs par l'impossibilité même de les concevoir. Des hommes ivres de vanité et d'ambition , fanatiques du théâtre, persuadés qu'il n'y a rien de plus important et de plus admirable dans le monde que des comédiens , et que le bonheur suprême consiste dans les appkmdissemens populaires, pouvoient-ils se figurer que Racine , dans toute la force de l'âge et du talent , fut capable de renoncer à la poésie , à la gloire , de fouler aux pieds ses couronnes, pour se consacrer tout entier à la pratique des vertus chrétiennes? C'est un miracle au-dessus de fintelligence de ceux pour qui la vertu et la religion ne sont que des chimères inventées pour tromper les sots. Ils ont donc cherché une explication à cette conduite si étrange de Racine , et ils l'ont trouvée dans les passions qui sont leur unique morale : à les entendre, c'est l'orgueil , c'est le dépit , c'est la colère qui ont arrêté l'auteur de Phèdre dans sa brillante carrière; il a voulu punir l'injustice de son siècle ; il s'est retiré du théâtre comme Achille du camp des Grecs, pour se venger de l'affront fait à son chef-d'œuvre. C'est ainsi que mademoiselle Clairon, conseillée, protégée par ces mêmes philosophes, prit le parti d'abandonner la scène française et de priver le public de ses talens dont il n'étoit pas digne , par la seule raison qu'elle se croyoit insultée par le gouvernement ; et cependant le gouvernement n'avoit fait que réprimer l'ii?solence et faudace de cette orgueilleuse comédienne par une correclion très-juste et (rès-légère.