ACTE IV, SCENE I
Sembloit prévoir les maux dont je suis accablée, Lorsc|ue tes yeux, aux miens découvrant ta langueur, (1) Me demandoient quel rang tu tenois dans mon cœur; Que , sans f inquiéter du succès de tes armes. Le soin de ton amour te causoit tant d'alarmes ! Et pourquoi te cachois-je avec tant de détours Un secret si fatal au repos de tes jours ? Combien de fois, tes yeux forçant ma résistance , Mon cœur s'est-il vu près de rompre le silence î Combien de fois, sensible à tes ardcns désirs, M'est-il, enta présence, échappé des soupirs! Mais je voulois encor douter de ta victoire ; J'expliquois mes soupirs en faveur de la gloire ; Je croyois n'aimer qu'elle. Ah, pardonne, grand roi: Je sens bien aujourd'hui que je n'aimois que toi! J'avoûrai que la gloire eut sur moi quelque empire ; Je te l'ai dit cent fois. Mais je de vois te dire Que toi seul, en effet, m'engageas sous ses lois. J'appris à la connoitre, en voyant tes exploits ;
(i) Lorsque tes jeux, aux miens découvrant ta langueur,
Cette langueur de Porus s'accorde mal avec son caractère. Toute cette tirade est romanesque, insipide et fausse. Axiane a tort de se reprocher d'avoir caché à Porus Un secret si falal au repos de ses jours.
Elle en a dit assez pour faire connoître ses sentimens à Porus, si Porus n'étoit pas le moins intelligent et le plus borné des amans. Il est encore question desj'ci/x de Porus dans ce vers:
<]onibieii de fois , Xtsyeux forçant ma résistance, Quelle est donc cette tyrannie de l'usage, puisqu'un homme Ici que Racine n'a pu lui résister?
28o ALEXANDRE,
Et de quelque beau feu qu'elle m'eût enflaiumëe ,
En un autre que toi je l'aurois moins aimée.
Mais que sert de pousser des soupirs superflus
Qui se perdent en l'air et que tu n'entends plus ?
Il est temps que mon âme , au tombeau descendue ,
Te jure une amitié si long-temps attendue.
Il est temps que mon cœur , pour gage de sa foi ,
Montre qu il n'a pu vivre un moment après toi.
Aussi-bien, penses-tu que je voulusse vivre
Sous les lois d'un vainqueur à quitamort nous livre?
Je sais qu'il se dispose à me venir parler ;
Qu'en me rendant mon sceptre il veut me consoler.
Il croit peut-être , il croit que ma haine étouffée
A sa fausse douceur servira de trophée.
Qu'il vienne. Il me verra, toujours digne de toi,
JVJourir en reine , ainsi que tu mourus en roi.