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M. de Nanrdts pour la gloire de son immortel aïeuL Le second fils da grand Racine, Louis Racine , auteur des poèmes de la Religion et de la Grâce, a contribué , par ses talens , à l'illustration de sa famille : c'est lui qui a recueilli la succession poétique de son père. S'il est resté bien loin d'nn si parfait modèle , il occupe un rang parmi les bons poètes , et il a laissé des morceaux qui ne sont pas indignes d'un fils de Racine. La gloire du théâ re le tenta dans sa jeunesse : il étudia Fart dramatique, lut Aristote et les anciens tragiques; et après ces exercices préliminaires, il se disposoit à faire le premier pas dans la carrière, lorsqu'il fut arrêté tout-à-coup par le désespoir d'approcher de la perfection de l'Œdipe de Sophocle , et de l'Athalie de son père. Il nous instruit lui-même de cette particularité :
« C'est pour vous, mon fils, que j'écris ces » remarques, et que je m'occupe de matières poé- » tiques qui me sont devenues très-indifférentes, y> mais que j'ai étudiées dans ma jeunesse, parce » que la gloire d'être poète tragique m'a tenté. Je » me sentois capable de faire , comme un autre , ■o de ces pièces qid ne demandent pas un grand ï> effort de génie , et qui cependant, à cause de V leur nouveauté, rapportent à l'auteur beaucoup » d'applaudissemens dans quelques représentations « avec des éniolumens. Mais je n'en voulois faire « que d'excellentes; et dans cette intention, je pris » d'abord pour mes modèles l'Œdipe de Sophocle » et Athalie. Mon ambition fut mon salut. Aj^ant
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» toujours devant les yeux ces deux pièces, je n'eus M jamais la hardiesse de commencer une scène. » Qu'un amateur des Muses n'essaie jamais ses » forces contre ces deux ouvrages,
» S'il ne sent point du ciel l'inEuence secrète.
» Lorsqu'on ne la sent pas , il ne faut jamais faire » de vers ; lorsqu'on en est tout rempli , si Ton » veut vivre tranquille , il ne faut point faire de « vers. » (Œuvres de Louis Racine , t. VI , p. Soy.)
Cependant, vaincu par son goût poiu: la poésie , il s'engagea dans d'autres genres qui lui semblèrent plus faciles , et composa sur la Grâce et sur la Religion des poèmes didactiques. Prêt à publier le second de ces ouvrages , il consulta son frère aîné , et en reçut une lettre foudroyante dont M. de Naurois nous a permis d'insérer ici un fragment considérable et très-curieux. Ou y verra ce que pensoit des auteurs médiocres et de leur métier, le fils aîné , l'élève du grand Racine , héritier de ses sentimens et de ses opinions. Bien loin d^ rabaisser les lettres , Jean-Baptiste Racine croyoit au contraire les relever et les honorer en mettant à leur place tant de petits auteurs qui avilissent fart, parce qu'ils ne savent que le métier;
« J'avois en même temps renoncé à vous faire » des critiques , parce que cela me menoit trop » loin , et j'aurois voulu seulement finir par une cri- )) tique générale du métier que vous embrassez. Je » vous ai mandé là-dessus, non-seulement ce que '} j'en pensois , mais ce que j'en avois entendu dire
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» toute ma vie à gens plus éclairés que moi. Est-il » juste de vous laisser ignorer ce que pensoient des « hommes aussi sages et aussi sensés que l'étoient » votre père et M. Despréaux ; et ne devriez-vous « pasmême être ravi de trouver encore en moi le seul 3) homme qui puisse peut-être vous en instruire? Ils « connoissoient certainement mieux, que d'autres » tous les dangers du métier, et votre père y avoit, » pour ainsi dire, déjà renoncé avant l'âge oii vous » songez à l'embrasser. Mais je n'ai point du tout » songé à vous faire entendre que je regardasse » votre ouvrage comme une chose qui pût jamais » vous déshonorer: tant s'en faut que je l'aie jamais j) pensé , que je suis persuadé au contraire qu'il 3) feroit la fortune de tout autre nom que le vôtre. » Votre projet vous fera toujours honneur, quelque 3) succès qu'il puisse avoir. Mais songez que vous 33 portez un. nom dont la fortune est faite, qui ne 3) peut guère croître , et peut plutôt diminuer. Par- 3) Ions à cœur ouvert et .comme des frères doivent 33 parler. Croyez-vous surpasser ou du moins égaler 3) votre père? Vous avez raison de faire ce que vous » faites; mais si vous vous déliez d'y pouvoir 3) réussir, j'ai raison de vous donner les conseils que » je vous donne; et quand je vous les donné, je ne 3) le fais uniquement que pour vous épargner toutes 3) les amertumes attachées au métier que vous em- 3> brassez : et c'est pour cela que je vous ai mandé 3) qu'a votTC place, je me contenterois de cultiver » pour moi et mes amis les talens que le ciel m'au- 33 roit donnés , et d'en faire mes amusemens innocens. 3) Voyez quelles peines il vous femt essuyer pour
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3* obtenir un privilège qui naturellement vous deî> vroit être jeté à la tête. Que d'approbations il j) vous faut briguer, jusqu'à celle du P. T., du 3) moins on me l'a dit ! Quels confrères outre cela » allez-vous vous donner ! Tous les rimailleurs du 3) temps qui n'ont pas le sens commun , et qui, quoi- 3) que vous ne leur disputiez rien , comme vous dites , » ne laisseront pas cependant de se faire toujours » un plaisir secret de vous rabaisser, vous et votre 5) nom surtout , dont ils sont ennemis dans le fond. » Et d'oii vient cela, me direz- vous? Parce que les » écrits sensés seront toujoui^s le fléau des leurs. » Aussi vous savez comme ils décrient M. Des- » préaux. Vous voyez donc bien que je suis très- » éloigné de ne point rendre justice à vos talens. » Vous avez une facilité étonnante à tourner des » vers; il n'y a rien que vous ne veniez à bout » de dire, et toujours noblement. Il semble même » que la sécheresse et l'aridité des sujets échauffent î) votre veine , et vous tiennent lieu pour ainsi dire » d'Apollon, etc. » (i)
Les études dramatiques de Louis Racine ne lui furent pas inutiles. Au heu de les employer à composer des tragédies médiocres, il les fit servir à commenter les chefs-d'œuvre de son père. Il ne s'est pas moins distingué par son érudition hltéraire que par son talent poétique. C'est un de nos
(i) On retrouve ces deux dernières phrases dans la lettre de Jean-Baptiste Piacine , cjue Louis Racine a imprimée à la suite de ses Œuvres.