‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 22 sur 193 · XCIV VIE · texte numérisé non relu

XCIV VIE

écrivains les plus judicieux et les plus insti'uits. Imitateur de la piété eucore plus que des talens du plus grand poète de la France , il a surtout droit à l'estime des honnêtes gens pour avoir rappelé la poésie à sa première origine , en l'appliquant à la religion et à la morale. Il eut un fils digne de son père et de son illustre aïeul. Déjà sa Muse s'étoit annoncée par des essais brillans : plein d'esprit , d'imagination et dégoût, le petit-fils de l'Euripide français promettoit à la famille un poêle de plus : car les conseils du vertueux auteur dAthalie avoient eu moins de pouvoir que ses exemples. Malgré tous ses etîbrts pour bannir la poésie de sa maison , elle y étoit restée comme dans son domaine ; elle se transmettoit , avec le sang , aux descendans de Racine; c'étoit une partie de leur patrimoine. A l'âge de vingt-deux ans, son petit-fils joignoit à la connoissance des langues grecque et latine, celle de l'anglais, de l'italien et de l'espagnol; ses talens recevoient un nouveau lustre des grâces de sa figure , de la solidité de son caractère , et d'une sagesse de conduite d'autant plus admirable qu'elle étoit prématurée.

Ce fiit sans doute par une inspiration de cette sagesse, qu'il résolut de se faire un état dans le monde. Persuadé qu'un négociant étoit plus utile à la société qu'un poète médiocre, et ne comptant pas assez sur les plus heureuses dispositions pour espérer d'atteindre un jour le premier rang, il eut le courage de sacrifier ses goûts les plus vifs à des occupations graves et raisonnables; il s'arracha des bras de ses parens en 1 755 , et se rendit à Cadix. C'est dans

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