PRELIMINAIRES. XCIX
C'est moins eu France la dévotion que l'ignorance et la barbarie, qui firent des premières pièces de iliéâtre des farces religieuses , bien plus nuisibles à la religion que les trage'dies à la grecque que Ton composoit en Italie. Nos Confrères de la Passion n'ëtoient que des vagabonds , des gens sans aveu, des histrions et des bouffons méprisés des honnêtes gens. Les tragédies profanes qui succédèrent aux mystères, furent sans doute moins impertinentes, moins ignobles et moins ridicules ; mais elles restèrent un siècle entier dans l'état le plus informe, parce que les mœurs éioient grossières et la langue barbare. Il n'y avoit alors en France ni goût , ni délicatesse , ni luxe : la naïveté , la franchise, la loyauté formoient le caractère national; le fanatisme religieux et l'enthousiasme militaire étoient les passions dominantes. Depuis Jodelle jusqu'à Corneille, la scène française ne présente que des lambeaux de déclamations écrites en style gothique, tantôt ampoulé , tantôt trivial : le dialogue n'a ni bienséance , ni justesse , ni précision ; toutes les règles du théâtre et de la décence sont violées. Un mélange continuel de bouffonneries et de pathétique annonce l'enfance de l'art. On remarque cependant quelques idées fortes , le plus souvent exagérées , une certaine verve , une vigueur naturelle , une énergie sans frein. Quelques beautés simples et brutes sont noyées dans un déluge d'extravagances.
Les acteurs et les auteurs de ces parades étoient confondus dans le même mépris ; et nos bons aïeux ne regardoient ce théâtre, aujourd'hui si honoré, que comme des tréteaux de farceurs et de baladins, lorsqu'au milieu de ce chaos le grand Corneille parut.
Vingt ans avant la naissance de cet homme destiné à
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