CIV REFLEXIONS
de Corneille qui a paru lard, s'est éteint de bonne heure : il avoit trente ans quand il a donné le Cid , et il a fait Théodore à l'âge où Racine composa son oeuvre sublime d'Aihalie. Corneille, à mesure que le siècle se polissoit , devenoit plus rude et plus âpre : les deux Bérénices, foites en concurrence , sont pour le style à un siècle de distance l'une de l'autre. Il faut convenir que Racine, en entrant au théâtre , j a trouvé des chefs-d'œuvre qui lui ont prodigieusement aplani la route ; mais aussi la Thébaïde , sa première pièce , a-t-elle une supériorité infinie sur Mélite , le début de Corneille. Il n'a pu s'élever dans le sublime au-dessus de l'auteur d'Horace et de Cinna : il y a un terme marqué par la nature aux productions humaines. Seulement on peut dire que, dans quelques morceaux de Mithridate, et dans tout le rôle de Joad, Racine est au moins aussi gi'and que le grand Corneille -, mais il a été beaucoup plus loin que lui dans le genre pathétique , et Phèdre est un ouvrage dont on n'aperçoit pas la moindre trace dans le prédécesseur de Racine. 11 a aussi des caractères, tels qu'Andromaque , Monime, Burrhus, Acomat, d'une grâce, d'une simplicité, et d'un naturel que Corneille ne connoissoit point. Racine, dans sa partie , n'est donc pas moins créateur, et peut-être lui étoit-il plus difficile , après le père de notre théâtre, de créer encore quelque chose. 11 a su se faire un genre particulier, qui n'est pas si sublime, mais plus touchant; qu'on n'admire pas tant, mais qui plaît davantage; qui n'a pas autant de pompe, mais plus de vérité. Il ne faut ajouter aucvme foi à ces parallèles de Corneille et de Racine, que la Bruyère, Longepierre et rontenella se sont amusés à tracer : ils sont tous faux en quelques