ACTE I, SCENE III. ii
Vous le savez, mon fils : la justice et le sang (i) Lui donnent , comme à vous, sa part à ce haut rang : Œdipe , en achevant sa triste destinée.
Ordonna que chacun régneroit son année ; Et , n'ayant qu'un état à mettre sous vos lois , Voulut que tour à tour vous fussiez tous deux rois. (2) A ces conditions vous daignâtes souscrire. (3) Le sort vous appela le premier à l'empire ; Vous montâtes au trône ; il n'en fut point jaloux : Et vous ne voulez pas qu'il y monte après vous !
Non^ Madame, à l'empire il ne doit plus prétendre : (4)
(f ) Vous le savez, mon fils : la justice et le sang etc. Jocaste disoit dans les premières éditions :
Vous savez bien , mon fils , que le choix et le sang etc.
(a) Et , n'ayant qu'un état i mettre sous vos lois ,
Voulut que tour-à-tour vous fussiez tous deux rois.
11 y avoit d'abord :
Et , n'ayant qu'un état à mettre sous vos lois , Il voulut que tous deux vous en fussiez les rois.
(3) A ces conditions vous daignâtes souscrire.
Il est contre la convenance qu'une mère dise à son fils qu'il a daigné souscrire aux ordres de son père. L'expression est impropre. Racine avoit mis d'abord vous voulûtes .• A ces conditions vous voulûtes souscrire.
Il préféra ensuite vous daignâtes , ayant plus d'égard u l'harmonie qu'à la bienséance.
(4) INon, Madame , ù l'empire il ne doit plus prt'tendre :
Racine a fait ici des changemons et desrelranchemens consi—
la LES FRERES ENNEMIS,
Tlièbes à cet arrêt n'a point voulu se rendre ; Et 5 lorsque sur le trône il s'est voulu placer, C'est elle , et non pas moi, qui l'en a su chasser. (i) Tlièbes doit-elle moins redouter sa puissance , Après avoir six mois senti sa violence ? Voudroit-elle obéir à ce prince inhumain, Qui vient d'armer contr'elle et le fer et la faim ? Prendroit-elle pom' roi l'esclave de Mycène , Qui pour tous les Thcbains n'a plus que de la haine,
d.éi"ables. Dans les premières éditions, Etéocle répondoit ainsi ;
II est vrai, je promis ce qne voulut mon père : Pour un trône , est-il rien qu''on refuse de faire ? On promet tout. Madame, afin d'y parvenir j Mais on ne songe après qu'à s'j' bien maintenir. J étois alors sujet et dans robéissance , Et je tiens aujourd'hui la suprême puissance. Ce que je fis alors ne mVst plus une loi j Le devoir d'un sujet n'est pas celui d'un roi : D'abord que sur sa tète il reçoit la couronne, Un roi sort à î' instant de sa propre personne / L'intérêt du public doit devenir le sien ; 11 doit tout à l'c'tat , et ne se doit plus rien.
Au moins doit-il , mon fils , quelque chose à sa gloire , Dont le soin ne doit pas sortir de sa mémoire ; Et quand ce nouveau rang l'affranchiroit des lois, Au moins doit-il tenir sa parole à des rois.
Polynice à ce titre auroit tort de prétendre -' Tlièbes sous sou pouvoir n'a point voulu se rendre j Et lorsque , etc.
(i) C'est elle, et non pas moi , qui l'en a su chasser.
Cette supposition donne trop d'avantage à Etcoclc ; elle n'est point théâtrale ; mais, dans le second acte, elle fournit à Polynice de belles tirades.