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neur d'avoir ajouté quelques cordes à la lyre française. C'est un auteur classique^ c'est le plus grand maître de cette belle école fondée par Boileau,et que nos rinieurs n'ont abandonnée que par impuissance. Depuis sa mort, l'art des vers et l'art tragique n'ont pas fait un pas; et le plus grand éloge qu'on puisse faire de ses plus illustres successeurs est de dire que , dans certains momens heureux , ils en approchent quelquefois. Voilà l'écrivain, voilà le poète qu'il étoit intéressant pour la littérature française de commenter et d'interpréter, comme étant la règle et le modèle que tous doivent se proposer de suivre et d'imiter. C'est chez lui qu'on trouve la perfection du goût et du style ; c^est l'homme qu^il faut étudier , qull faut tâcher de bien entendre. Ce commentaire augmentera les jouissances des amateurs de spectacles , en étendant leurs lumières ; il pourra faire rentrer dans la bonne route, les jennes élèves que la nouvelle école a séduits, et pour ainsi dire débauchés par une facture guindée et pénible , un ton dur et emphatique, une harmonie sèche et monotone. Corneille semble n'avoir fait qu'obéii^ aux inspu'ations passagères d'un génie inégal et capricieux. Un vol aussi hardi que le sien ne peut se
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soutenir long-temps. Au-dessus de tout quand il est sublime, il tombe trop souvent au-dessous de lui-même 5 inimitable comme Pindare, il épuise l'admiration , et désespère ceux qui seroient tentés de le suivre. Un commentaire est presque inutile pour un homme supérieur à toutes les règles: ses beautés saisissent et transportent; ses défauts choquent et rebutent au premier coup d/ceil C'est être injuste à son égard que d'employer , pour le juger, les maximes ordinaires de la critique : le même enthousiasme qu'inspirent ses beautés , suffît pour couvrir ses défauts. Le sublime en littérature est une absolution générale pour l'auteur ; c'est la doctrine de Longin ; Voltaire en convient lui-même ; et cependant , après avoir admiré un grand trait de Corneille , il n'eu est pas moins un commentateur exact et fastidieux , qui pèse et calcule des fautes abondamment réparées 5 il ne s'en montre pas moins inexorable pour des péchés si glorieusement expiés.
C'est donc parce que les chefs-d'œuvre de Racine ont été composés dans le temps où le théâtre, le goût et la langue étoient parvenus au plus haut degré, qu'un commentaire sur Racine peut être vraiment utile à toutes les classes
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de lecteurs; c'est là qu'on peut exposer et fixer la nature et la véritable constitution de la tragédie en France. Les successeurs de Racine ont essayé , vers la fin du dernier siècle , d'opérer une révolution qui n^a pas réussi : ils ont bouleversé toutes les anciennes lois , toutes les bases fondamentales, se flattant sans doute, à la faveur de cette anarchie funeste, d'obtenir un rang distingué dans le temple de Melpomène, et peut-être même d'en chasser les premiers favoris de la déesse; mais aujourd'hui, en littérature comme en politique , tous les esprits tendent à l'ordre : on revient à la tragédie de Racine comme à la seule parfaite, à la seule qui convienne à l'esprit, aux mœurs et au caractère français.
Ce com mentaire offrira donc ce qu'on cherche en ysàïi dans le Cours de hittérature de M. de La Harpe , la poétique du Théâtre Français , qui n'est pas précisément la poétique d'Aristote, mais qui cependant ne contredit aucune des observations essentielles du philosophe grec ; on y trouvera les règles fixes et invariables dont aucun auteur finançais ne doit s'écarter , même pour produire des beautés, toujours trop achetées aux dépens du bon sens et de la vérité C'est le pathétique extravagant, ce sont les
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belles absurdités qui ont perdu noire théâtre; L'exemple de Racine prouvera qu'il n'y a point de vraie beauté sans difficulté vaincue. Sa plus belle tragédie est aussi la plus sage, la plus austère, la plus rigoureusement asservie aux lois de la raison et de l'art.
Après avoir si long-temps confié mes observations littéraires à des feuilles volantes , qu'il est doux et glorieux pour moi de les attacher aujourd'hui aux écrits immortels de Racine ! Combien ne dois-je pas me féliciter de pouvoir rallier et reproduire, sous ses auspices, la meilleure partie des idées et des vues que j'ai semées sans ordre et sans liaison dans des articles détachés qui ne forment point un ouvrage î Mon noni, que la médiocrité de mes talens condamnoit à l'oubh , passera d'âge en âge à Tabri de celui de Racine j grâces à ce grand poète, je ne mourrai pas tout entier :
Non omnis morlary multaque -pars met Vilahit Libitinam.
Si mes discussions et mes recherches ont peu de prix aux yeux des siècles suivans, je me recommanderai du moins à la postérité par mon admiration , mon respect et mon zèle pour le plus harmonieux, le plus sage et le plus touchant des tragiques modernes.
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