ACTE I, SCENE III. i
Ah ciel , quelle rigueur!
Que vous pénétrez mal dans le fond de mon cœur! Je ne demande pas que vous quittiez l'empire : Régnez toujoiurs, mon fils, c'est ce que je désire. Mais si tant de malheurs vous touchent de pitié , Si pour moi votre cœur garde quelque amitié , Et si vous prenez soin de votre gloire même , Associez un frère à cet honneur suprême : Ce n'est qu'un vain éclat qu'il recevra de vous ; Votre règne en sera plus puissant et plus doux. Les peuples, admirant cette vertu sublime, Voudront toujours pour prince un roi si magnanime ; Et cet illustre effort, loin d'affoiblir vos droits, Vous rendra le plus juste et le plus grand des rois; Ou, s'il faut que mes vœux vous trouvent inflexible , Si la paix à ce prix vous paroît impossible , Et si le diadème a pour vous tant d'attraits , Au moins consolez-moi de quelque heure de paix, (i) Accordez cette grâce aux larmes d'une mère. (2) Et cependant, mon fils, j'irai voir votre frère :
(i) Consûlez-moi de quelque heure de paix. C'est cette façon de parler qu'on peut appeler mauvaise. 11 est triste qu'une si longue scène et de si grands discours aboutissent k demander une heure de paix et la permission de sortir pour aller voir Poljnice.
(2) Accordez cette {;r:ice aux larmes d"uno mère. Racine avoit écrit d'abord :
Accordez quelque trêve à ma douleur .imirc.
i6 LES FRERES ENNEMIS,
La pitië dans son ame aura peut - être lieu ,- Ou du moins pour jamais j'irai lui dire adieu. Dès ce même moment permettez que je sorte : J'irai jusqu'à sa tente , et j'irai sans escorte ; Par mes justes soupirs j'espère l'émouvoir, (i) É TÉO c LE.
Madame, sans sortir vous le pouvez revoir ; (2)
Et si cette entrevue a pour vous tant de charmes;
Il ne tiendra qu'à lui de suspendre nos armes.
Vous pouvez dès cette heure accomplir vos souhaits.
Et le faire venir jusque dans ce palais.
J'irai plus loin encore : et pdm' faire connoître (3)
Qu'il a tort en efTet de me nommer un traître ,
Et que je ne suis pas un tyran odieux ,
Que l'on fasse parler et le peuple et les dieux.
Si le peuple y consent, je lui cède ma place ;
Mais qu'il se rende enfin , si le peuple le chasse. (4)
(i) Par mes justes soupirs j'espère re'mouvoir. 11 y avoit précédeiiiinent :
Dans cette occasion rien ne peut re'mouvoir. (■i) Madame, sans sortir, vous le pouvez revoir j On lisoit auparavant :
Madame , sans sortir , vous le pouvez bien voir. (5) J'irai plus loin encore : et pour faire connoître , etc. Racine mit ce vers à la place de celui-ci :
Je ferai plus encore : et po-ar fui re connoître, etc.
(4) Si le peuple y consent, je !ui cède ma place ;
Mais qu'il se rende enfin , si le peuple le clia.sse. Ces deux vers étoient ainsi arrangés dans les preirières cditions :
Je