ACTE I, SCENE Y. ai
Qui d'un ordre constant gouvernant ses provinces , Accoutume à ses lois et le peuple et les princes. Ce règne interrompu de deux rois difîerens , En lui donnant deux rois , lui donne deux tyrans. Par un ordre, souvent Tun à l'autre contraire, (i) Un frère détruiroit ce qu'auroit fait un frère. Vous les verriez toujours former quelque attentat. Et changer tous les ans la face de l'état. Ce terme limité que l'on veut leur prescrire , Accroît leur violence en bornant leur empire. Tous deux feront gémir les peuples tour-à-tour : Pareils à ces torrens cpii ne durent qu'un jour, Plus leur cours est borné , plus ils font de ravage , Et d'horribles dégâts signalent leur passage.
On les verroit plutôt, par de nobles projets, Se disputer tous deux l'amour de leurs sujets. Mais avouez , Créon , que toute votre peine C'est de voir que la paix rend votre attente vaine ; (2)
(i) Par un ordre , souvent l'un à l'autre contraire, etc.
Ce vers et les suivans avoient d'abord été faits d'une manière moins heureuse :
Vous les verriez toujours l'un à l'autre contraire , Détruire aveuglément ce qu'auroit fait un frère j L'un sur l'autre toujours former quelqu'attentat ,
Vun à Vautre et l'un sur l'autre, si près l'un de l'autre , ne faisoient pas un bon effet.
(2) Mais avouez, Cre'on, que toute votre peiae
C'tst de voir que la paix rend votre attente vaine.
C'est en effet toute la poiilic^ue dç Créon dans Ja pièce. Coai-
Qu'elle assure à mes fils le trône où vous tendez , Et va rompre le piège où vous les attendez, (i) Gomme , après leur trépas , le droit de la naissance (2) Fait tomber en vos mains la suprême puissance , Le sang qui vous unit aux deux princes mes fils , Vous fait trouver en eux vos plus grands ennemis ; Et votre ambition , qui tend à leur fortune , Vous donne pour tous deux une haine commune, Vous inspirez au roi vos conseils dangereux, Et vous en servez un pour les perdre tous deux,
Je ne me repais point de pareilles chimères : Mes respects pour le roi sont ardens et sincères ; Et mon ambiîion est de le maintenir Au trône où vous croyez que je veux parvenir. Le soin do sa grandeur est le seul qui m'anime; Je hais ses ennemis, et c'est là tout mon crime :
ment Jocaste découvre-t-elle cet le politique , tandis qu'Etéocle en est la dupe? Le P. Brunioi ne le conçoit pas 5 rien n'est cependant plus facile à expliquer : Etéocle est aveuglé par sa haine contre son frère j.îocasîe est éclairée par son amour pour ses fils. Celui qui flatte notre passion peut nous tromper, mais nous devinons aisément celui qui la contrarie.
(i) Qu'elle assure à mes fils It trône où vous tendez , El va rompre le piège où vous les attendez.
VARIANTE
Et qu'en vous éloignant du trône où vous tendez , Elle rend pour jamais vos desseins avortés.
(a) Comme, après leur trépas, le droit de la naissance etc. VARIANTE.
Con-îme, après mes eufans, le droit de la naiss;uice etc.