X VIE
comme un brave. Ce fut cependant par suite de cette bravoure qu'il sortit du collège , vers l'âge de seize ans , et qu'il entra dans une maison voisine de Port- Roj^al, appelée Les Granges, pour achever ses études. L'éducation étoit alors mâle et austère: on appKquoit les jeunes gens aux langues anciennes; on les nourrissoit de la lecture des meilleurs auteurs ; on les oierçoit à écrire en grec , en latin , en français; on cultivoit leur raison par une saine morale , et la religion étoit la base principale de toute l'instruction ; la piété étoit la science essentielle ; on se hâtoit de l'inculquer à la jeunesse presqu avec autant de zèle et d'ardeur qu'on en met aujourd'hui à l'initier aux mathématiques; les exercices classiques n'étoient point des bals et des concerts; la danse et la musique étoient considérées comme des arts profimes 5 plus propres à corrompre qu'à former les jeunes gens, plus convenables à des théâtres qu'à des collèges; le dessin étoit regardé comme un simple amusement , bon pour occuper les momens de loisir; on ne croyoit pas que la société eût besoin d'un aussi grand nombre de danseurs, de musiciens, d'histrions ; des arts presque entièrement physiques et matériels , et dont l'objet est de flatteries sens , ne paroissoient pas mériter la préférence sur les sciences morales, alimens de l'esprit et du cœur; des connoissances solides étoient beaucoup plus estimées que des plaisirs frivoles ; et l'on meltoit la vertu et les mœurs fort au-dessus des talens agréables» Cependant avec des préjugés si barbares , et cette grande rudesse d'opinion , la France n'a pas manqué d'homnaes supérieurs dans les différens genres: