ACTE ir, SCENE ni
Sa haine ou son amour , sont-ce les premiers droits Qui font monter au trône ou descendre les rois?(i) Que le peuple àson gré nous craigne ounous chérisse , Le sang nous met au trône, et non pas son caprice; Ce que le sang lui donne , il le doit accepter ; Et s'il n'aime son prince , il le doit respecter ;
Vous Serez un tyran haï de vos provinces.
POLYNICE
Ce nom ne convient pas aux légitimes princes ; De ce titre odieux mes droits me sont garans : (2) La haine des sujets ne fait pas les tyrans. Appelez de ce nom Etéocle lui-même.
Il est aimé de tous. (3)
j lynice n'a pas tort : une sédition ne dépouille pas un roi de ses droits 5 et quand le souverain ne rempliroit pas tous ses devoirs, le peuple n'est pas pour cela dispensé des siens.
(i) Qui font monter au trône ou descendre les rois ? Ce vers a de la précision j mais c'est aux dépens de la langue. On dit bien monter au trône ; mais on ne peut pas dire descendre au trône } il faut absolument descendre du trône.
(•2) De ce titre odieux mes droits me sont gyrans : Me sont garans, pour dire me garantissent, est un véritable Ijarbarisme.
(3) II en aimé de tous.
Hacinc ne fait presqu'ici que traduire en vers plus élcgans
POLYNICE
C'est un tyran qu'on aime, Qui par cent lâchetés tâche à se maintenir Au rang où par la force il a su parvenir ; Et son orgueil le rend , par un effet contraire , Esclave de son peuple et tyran de son frère. Pour commander tout seul il veut bien obéir , Et se fait mépriser pour me faire haïr. Ce n'est pas sans sujet qu'on me préfère un trciitre : Le peuple aime un esclave, et craint d'avoir mi maître. Mais je croirois trahir la majesté des rois , Si je faisois le peuple arbitre de mes droits.
Ainsi donc la discorde a pour vous tant de charmes ! Vous lassez-vous déjà d'avoir posé les armes? Ne cesserons-nous point , après tant de malheurs , Vous, de verser du sang ; moi, de verser des pleurs?(i ) N'accorderez-vous rien aux larmes d'une mère ?
la pensée de Rotrou , chez, qui Jocaste dit :
Mais quoi, son règne plaît, le vôtre est redouté! Poljrnice répond :
Il a gagné les cœurs , et moi , moins populaire ,
Je tiens indifférent d'être craint ou de plaire. Jocaste, dans cette scène, montre de la partialité pour Etéocle , et ne s'exprime pas toujours en véritable mère, surtout dans ce vers.
(i) Vous , de verser du sang ; moi , de verser des pleurs ?
On est surpris que Racine ait pajé un tribut si fort au mauvais goût et à la mode. Ces antithèses de sang et de pleurs sont d'un rhéteur, d'un sophiste, et non pas d'vme mère.