ACTE II, SCENE IIÎ. 4g
S'il en devoit coûter le sceptre à Polynice ; Et l'unique faveur, mon frère, où je prétends, C'estqu'ilme soitpermisde vous voir plus long-temps. Seulement quelques jours souffrez que Ton vous voie ; Et donnez-nous le temps de chercher quelque voie Qui puisse vous remettre au rang de vos aïeux , Sans que vous répandiez un sang si précieux. Pouvez-vous refuser cette grâce légère Aux larmes d'une sœur, aux soupirs d'une mère ?
Mais quelle crainte encor vous peut inquiéter ? Pourquoi si promptement voulez-vous nous quitter ? Quoi , ce jour tout entier n'est-il pas de la trêve ? (i) Dès qu'elle a commencé, faut-il qu'elle s'achève? Vous voyez qu'Etéocle a mis les armes bas ; Il veut que je vous voie , et vous ne voulez pas. (2)
Oui, mon frère , il n'est pas comme vous inflexible : Aux larmes de sa mère il a paru sensible ; Nos pleurs ont désarmé sa colère aujourd'hui.
(0 Quoi, ce jour tout entier nVst-il pas de la trêve? VARIANTE.
Ce jour-ci tout entier p'est-ilpas de Ja trêve? («) Il veut que je vous voie , et vous ne voulez pas» La langue exige absolument et vous ne le voulez pas. Louis Racme s'est montré bon fils et mauvais grammairien en soutenant le contraire ; mais cetle faute corrigée , le vers seroit plus correct, et n'eu seroit pas beaucoup meilleur. TOME I. -p
5o LES FRERES ENNEMIS,
Vous rappelez cruel, vous l'êtes plus que lui. (i)
Seigneur, rien ne vous presse; etvouspouvez sanspeine Laisser agir encor la princesse et la reine :^ Accordez tout ce jour à leur pressant désir; Voyons si leur dessein ne pourra réussir. Ne donnez pas la joie au prince votre frère De dire que , sans vous , la paix se pouvoit faire. Vous aurez satisfait une mère , une sœur , Et vous aurez sur-tout satisiliit votre honneur. Mais que veut ce soldat? Son aine est toute émue! (2)
(i) Vous l'appelez cruel , vous Têtes plus que lui. VARIANTE.
Vous l'appelez tyrau , vous l'êtes plus que lui. Tous ces reproches rendent Poboiice désagréable aux spectateurs 5 l'art vouloit cependant qu'on tournât de son cote nntérêt, puiscp'il est l'offensé. J'expliquera. cela davantage en parlant des Phéniciennes d'Eunpide.
(2) Son ame est toute émue !
Dans toutes les éditions de Racine «.« est ainsi imprimé comme l'adjcetif i'ame. Le seul Didot a corr.ge le t . e de RaXe d'à rés la r.gle de l'Académie, en meUant <o,, adverbe, qui signifie ul,sol...e,u , «"--'-;'■ ^^°"7' nous pârolt évident que Racine avo>t ecnl loute , et que no"re ob et est de donner le te.te pur de Uacme et non pa. d : r^mer, nous avons eu plus d'égard au. bonnes e^^ tns de ses Iragédies qu'au Die.ionnaare de 1 Aca em Française qui n'avoit encore nen prononce su, cette ma tiér""" ce temps-li. Cette remarque est également apph- ^ au second vers de la quatrième scène du premter acte , et au quatrième vers de la page somnte. .