ACTE III, SCENE îll
Ces mots impérieux n'ont point trouvé d'obstacle : ( 1 ) Les soldats, étonnés de ce nouveau spectacle , De lei:r noire fureur ont suspendu le cours ; Et ce prince aussitôt poursuivant son discours: « Apprenez, a-t-il dit, 1" arrêt des destinées, j) Par qui vous allez voir vos misères bornées. 3) Je suis le dernier sang de vos rois descendu , 3) Qui par l'ordre des dieux doit être répandu. 3) Recevez donc ce sang que ma main va répandre ; )) Et recevez la paix, oii vous n'osiez prétendre. » Il se tait, et se frappe en achevant ces mots; (2) Et les Thébains, voyant expii-er ce héros, Comme si leur salut devenoit leur supplice , Regardent en tremblant ce noble sacrifice. Jai vu le triste Hémon abandonner son rang Pour venir embrasser ce frère tout en sang. Créon , à son exemple, a jeté bas les armes ,
(i) Ces mots impérieux n'ont point trouvé d'obstacle : Des mots impérieux qui ne trouvent point d' obstacle ; cette hardiesse feroit un meilleur effet , si au lieu de mots impérieux ^ périphrase foible et peu élégante ^ il y avoit une expression plus énergique et plus précise.
(2) Il se tait, et se frappe en aclievant ces motsj
Ce récit n'est pas dépourvu de noblesse et de chaleur; mais le sacrifice de Ménécée est de l'héroïsme en pure perte ; l'oracle et son accomplissement ne sont que du remplissage , et cette victime illustre demandée par les dictix , ne produit aucun effet. Racine a puisé cet épisode dans Euripide ; mais dans le poète grec, c'est le devin Tirésias qui demande le sang de Ménécée pour pitnir l'ambition de son père Créon.
6o LES FRERES ENNEMIS,
Et vers ce fils mourant est venu tout en larmes;
Et l'un et l'autre camp les voyant retirés,
Ont quitté le combat , et se sont séparés.
Et moi, le cœur tremblant, et l'âme toute émue,
D'un si funeste objet 'ai détourné la vue.
De ce prince admirant l'héroïque fureur.
Comme vous je fadmire, et j'en frémis d'horreur. Est-il possible, ô Dieux, qu'après ce grand miracle Le repos des Thébains trouve encor quelqu' obstacle? Cet illustre trépas ne peut-il vous calmer , Puisque même mes fils s'en laissent désarmer? La refuserez-vous cette noble victime ?
Si la vertu vous touche autant que fait le crime , Si vous donnez les prix comme vous punissez, Quels crimes par ce sang ne seront effacés ?
ANTIGONE
Oui, oui, cette vertu sera récompensée ; Les dieux sont trop payés du sang de Ménécée ; Et le sang d'un héros , auprès des inunortels , Vaut seul plus que celui de mille criminels, (i)
(i) Vaut seul plus que celui de mille criminels.
Après ce vers , on en lisoit quatre autres que Racine supprima dans les éditions suivantes :
Ce sont eux dont la main suspend la barbarie De deux camps animés d'une épale furie ; Et si de tant de sani? ils n'étoient point lassés, A k'ur bouillante rage ils les auroicnt laissés.