ACTE III, SCENE III. Gi
Connoissez mieux du ciel la vengeance fatale : (i)
Toujours à ma doulem" il met quelqu'intervalle ;
Mais , hélas, quand sa main semble me secourir ,
C'est alors qu'il s'apprête à me faire périr.
Il a mis, cette nuit, quelque 'fin à mes larmes,
Afin qu'à mon réveil je visse tout en armes.
S'il me flatte aussitôt de quelqu'espoir de paix,
Un oracle cruel me fôte pour jamais.
Il m'amène mon fils ; il veut que je le voie ;
Mais, hélas, combien cher me vend-il cette joie î (2)
Ce fils est insensible et ne m'écoute pas ;
Et soudain il me l'ôte et fengage aux combats.
'Ainsi, toujours cruel, et toujours en colère,
Il feint de s'appaiser , et devient plus sévère ;
Il n'interrompt ses coups que pour les redoubler ,
Et retire son bras pour me mieux accabler.
(i) Connoissez mieux du ciel la vengennce fatale :
Les détails de cette vengeance dans lesquels entre Jocaste sont trop subtils j ses observations sont froides , et tout le couplet est à-peu— près inutile. Racine imite ici mal-à— propos la manière de Corneille qui fait raisonner ses personnages dans la passion.
(2) Mais, hélas, combien cher me •vend-il cette joie ! VARIANTE.
Mais combien chèrement me vend-il cette joie! La correction n'est pas heureuse : combien cher ne vaut pas beaucoup mieux que combien chèrement j et l'adverbe combien ne fait pas meilleure figure avec cher qu'avec chère' ment.
Madame , espérons tout de ce dernier miracle, j o c A s T E.
La haine de mes fils est un, trop grand obstacle, (i) Polynice endurci n'écoule que ses droits ; Du peuple et de Créon l'autre écoute la voix , Oui, du lâche Créon! Cette âme intéressée Nous ravit tout le fruit du sang de Ménécée : En vain pour nous sauver ce grand prince se perd , Le père nous nuit plus que le fils ne nous sert. De deux jeunes héros cet infidèle père....»
ANTIGONE
Ah , le voici , Madame , avec le roi mon frère,
(i) La haine de mes Gis est un trop grand obstacle.
On trouve j dans les éditions antérieures à celle de 1676 ^ quatre vers qui suivent celui-ci, et que l'auteur retrancha depuis:
En vain tous les mortels s'epuiseroient le flanc , Ils se veulent liaif^uer dedans leur propre sang. Tous deux voulant régner , il faut que l'un périsse : L'un a pour lui le peuple, et Tautre la juslice.
Observez- aussi que ces rimes de miracle et obstacle , de spec-' fade et obstacle, répétées dans la même sCène, font un mauvais effet. Il y a dans cette pièce beaucoup de répétitions , de néglis^ences, de foiblesse, que je m'abstiens de relever par égard pour l'écrivain qui depuis porta si loin la perfection du style. C'est dans ses chefs-d'œuvre qu'il faut être sévère : il me suffit d'avoir averti que la Thcbaïde étoit en général trcs-foibleîîient écrite.