SCENE IV
JOCASTE, ETEOGLE, ANTIGONE, G R E O N.
IVl ON fils, c'est donc ainsi que l'on garde sa foi?
Madame , ce combat n'est point venu de moi, j Mais de quelcjnes soldats , tant d' Argos que desnôtres, j Qui, s'étant querellés les uns avec les autres, ' Ont insensiblement tout le corps ébranlé , (i) j Et fait un grand combat d'un simple démêlé. I La bataille sans doute alloit être cruelle , ' Et son év^énement vuidoit notre querelle , Quand du fils de Gréon riiéroïque trépas De tous les combattans a retenu le bras. (2) Ce prince , le dernier de la race royale , S'est appliqué des dieux la réponse fatale ;
(i) Ont insensiblement tout le corps ébranle' ,
Cette inversion dure est bannie des bons vers. Un des défauts de notre langue poétique est d'avoir peu d'inversions. Nos excellens poètes ont marché avec ces entraves ; vouloir s'en affranchir , ce n'est pas enrichir la langue , c'est la défigurer j c est une preuve de foiblesse et non pas de génie.
(a) De tous les combattans a retenu le bras. V A K I A I\ T E.
Des Thébains et des Grecs a retenu le bras.
Et lui-même à la mort il s'est précipité , De l'amour du pays noblement transporté,
Ali , si le seul amour qu'il eut pour sa patrie Le rendit insensible aux douceurs de la vie , Mon fils , ce même amour ne peut-il seulement De votre ambition vaincre l'emportement?
TJn exemple si beau vous invite à le suivre- Il ne faudra cesser de régner ni de vivre : Vous pouvez , en cédant un peu de votre rang , Faire plus qu'il n'a fait en versant tout son sang- Il ne fciut que cesser de haïr votre frère ; Vous ferez beaucoup plus que sa mort n'a su faire. O Dieux, aimer un frère, est-ce un plus grand effort Que de hair la vie et courir à la mort? Et doit-il être enfin plus facile en un autre , De répandre son sang, qu'en vous d'aimer le vôtre ? ï: T É o c L E.
Son illustre vertu me charme comme vous ;
Et d'un si beau trépas je suis même jaloux.
Et toutefois, Madame, il faut que je vous die
Qu'un trône est plus pénible à quitter que la vie :
La gloire bien souvent nous porte à la haïr ;
Mais peu de souverains font gloire d'obéir.
Les dieux vouloient son sang ; et ce prince, sans crime,
Ne pou voit à l'état refuser sa victime ;
Mais ce môme pays , qui demandoit son sang ,
Demande que je règne, et m'attache à mon rang.
Jusqu'à ce qu'il m'en ôte, il faut que j'v demeure.