‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 85 sur 193 · ACTE IV; SCENE III. 8S · texte numérisé non relu

ACTE IV; SCENE III. 8S

Et les premiers vaincus sont les plus géne'reux. \~07ons donc qui des deux aura plus de courage^ Qui voudra le premier triompher de sa raoe. Quoi, vous n'en faites rien! C'est à vous d'avancer;. Et, venant de si loin, vous devez commencer : (i) Commencez, Polynice, embrassez votre frère; Et montrez....

Hé, Madame, à quoi bon ce mystère?

Tous ces embrassemens ne sont guère à propos : Qu'il parle, qu'il s'explique, et nous laisse en repos.

POLYNICE

Quoi, faut-il davimtage expliquer mes pensées? On les peut découvrir par les choses passées: (2) La guerre, les combats, tant de sang répandu. Tout cela dit assez que le trône m'est dû.

Et ces mêmes combats, et cette même guerre, Ce sang qui tant de fois a fait rougir la terre, ' Tout cela dit assez que le trône est à moi ; Et, tant que je respire, il ne peut être à toi,

(0 Et , venant de si loin , vous devez commencer : ^ Jocaste avoit de meilleures raisons à donner à Pol^mice, pour l'engager à commencer; d'ailleurs, ce prince ne vient pas de SI loin , il vient de son camp , qui est aux portes de Thèbes et antérieurement d'Argos et de Mjcènes. '

(2) On les peut découvrir par les choses passées :

Ce versestfoibleet plat, et le paroît dWant plus qu'on attendoit quelque chose de plus fort au connuencement u'ua pareil entretien.

8o LES FRERES ENNEMIS,

POLYNICE

Tu sais qu'injustement tu remplis cette place.

L'injustice me plaît pourvu que je t'en chasse, (i)

POLYNICE

Si tu n'en veux sortir , tu pourras en tomber.

Si je tombe, avec moi tu pourras succomber. (2)

O Dieux 5 que Je me vois cruellement déçue ! N'avois-je tant pressé cette fatale vue Que pour les désunir encor plus que jamais? Ah, mes fils, est-ce là comme on parle de paix? Quittez, au nom des dieux , ces tragiques pensées; Ne renouvelez point vos discordes passées : Vous n'êtes pas ici dans un champ inhumain. Est-ce moi qui vous mets les armes à la main ?

( I ) L'injustice me pl.oît pourvu que je t'en chasse.

Il y a plus de dureté et de grossièreté que de force tragique dans cette contestation des deux frères 5 on y observe même une certaine subtilité froide , une affectation d'antithèses, et quelques jeux de jnots indignes d'une telle situation.

(2) Si tu n'en veux sortir , lu pourras eu tomber.

Si je tombe , avec moi tu pourras succomber. Sortir, tomber, succomber : i\ y a dans tout cela une retherche très-contraire au langage de la passion j c'est le mau« vais de Corneille.

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