ACTE IV, SCENE ÎII
Considérez ces lieux où vous prîtes naissance; (i) Leur aspect sur vos cœurs n'a-t-il point de puissance? C'est ici que tous deux vous reçûtes le jour ; Tout ne vous parle ici que de paix et d'éunour : Ces princes , votre sœur, tout condamne vos haines ; Enfin moi, qui pour vous pris toujours tant de peines, (2)
Qui, pour vous réunir, immolerois Hélas,
Ils détournent la tête, et ne m'écoutent pas!
Tous deux , pour s'attendrir, ils ont l'âme trop dure ;
Ils ne connoissent plus la voix de la nature ! (3)
(1) Considérez ces lieux où vous prîtes naissance j
J'ai déjà remarqué qu'il n'ctoit ni délicat , ni prudent à Jocaste de rappeler à ses fils leur naissance , mais il faut en même temps rendre justice à la douceur^ à l'harmonie , à la grâce de ces vers dignes de l'auteur de Bérénice et d'Eslher. Si toute la pièce étoit écrite ainsi , la Thébaïde , malgré les vices du plan et des caractères , seroit encore un ouvi-age très-distingué.
(1) En^n moi , qui pour vous pris toujours tant de peines , "Vers foible et prosaïque. Prendre de la peine pour quelqu'un , est une façon de parler trop vulgaire. Il ne fuit pas , il est vrai j des mots et des vers ])ompeux dans la douleur ; mais il j a un milieu entre le faste et la mesquinerie j et le devoir d'un poète tragique est d'être partout élégant et noble.
(5) Ils ne connoissent plus la voix de la nature !
Après ce vers, on lit dans les premières éditions les qualjv suivans :
La fière ambition qui règne dans leur cœur , N'écoute de conseils que ceux de la fureur ; L ur sang même infecté de sa funeste haleine , On ne leur |)avle plus, ou leur parle de Iiaiiit.-. JLl vous , etc.
( A Polynice. ) Et vous 5 que je croyois plus doux et plus soumis ... ;
POLYNICE
Je ne veux rien de lui que ce qu'il m'a promis: Il ne sauroit régner sans se rendre parjure.
Une extrême justice est souvent une injure. Le trône vous est dû, je n'en saurois douter; Mais vous le renversez en voulant y monter. Ke vous lassez- vous point de cette affreuse guerre ? Voulez-vous sans pitié désoler cette terre , Détruire cet empire afin de le gagner?
Est-ce donc sur des morts que vous voulez régner? (i) Thèbes avec raison craint le règne d'un prince Qui de fleuves de sang inonde sa province ; Voudroit-elle obéir à votre injuste loi ? Vous êtes son tyran avant qu'être son roi. (2) Dieux , si devenant grand souvent on devient pire , Si la vertu se perd quand on gagne l'empire , Lorsque vous régnerez, que serez-vous, hélas. Si vous êtes cruel quand vous ne régnez pas?
POLYNICE
Ah, si je suis cruel, on me force de l'être,
(1) Est-ce donc sur des morts que vous voulez re'guer ?
VARIANTE, Est-ce dessus des morts que vous voulez régner?
(2) Vous êtes son tyran avant qu'être son roi.
La langue exige avant que d'êLiw