ACTE IV, SCENE III
Et de mes actions je ne suis pas le maître. J'ai honte des horreurs oii je me vois contraint ; Et c'est injustement qiie le peuple me craint, (i) Mais il faut en effet soulager ma patrie ; De ses gémissemens mon âme est attendrie. Trop de sang iimocent se verse tous les jours; Il faut de ses malheurs que j'arrête le cours; Et, sans faire gémir ni Thèbes ni la Grèce, A l'auteur de mes maux il faut que je m'adresse: Il suffit aujourd'hui de son sang ou du mien.
Du sano; de votre frère?
POLYNICE
Oui , Madame , du sien.
Il faut finir ainsi cette guerre inhumahie.
(A Etéocle.) Oui, cruel, et c'est là le dessein qui m'amène.
(0 Ali , si je suis cruel , on me force de l'être , Et de mes actions je ne suis pas le maître. J"ai honte des horreurs oii je me vois contraint \ Et cVst injustement que le peuple me craint.
V A R I A IV T E
Si je suis violent , c'est que j'y suis contraint ;
Et c'est injustement que le peuple me craint.
Je ne me connois plus en ce nuilheur extrême ,•
En m'arracbant au trône, on m'arrache à moi-même ;
Tant que j'en suis dehors , je ne suis plus à moi ;
Pour être vertueux , il faut que je sois roi. Racine retranclia depuis ces quatre derniers vers j oopondant ils sont moins mauvais que beaucoup d'autres qu'il a laisses) et, peut-être, éloieul-ils nécessaires à la liaison des idées.
e,o LES FRERES ENNEMIS,
Moi-même à ce combat j'ai voulu t' appeler; A tout autre qu'à toi je craignois d'en parler; Tout autre auroit voulu condamner ma pensée , Et personne en ces lieux ne te l'eût annoncée. Je te l'annonce donc. C'est à toi de prouver Si ce que tu ravis tu le sais conserver. Montre-toi digne enfin d'une si belle proie.
J'accepte ton dessein, et l'accepte avec joie; (i)
Créon sait là-dessus quel ctoit mon désir :
J'eusse accepté le trône avec moins de plaisir.
Je te crois maintenant dig;ne du diadème ;
Je te le vais porter au bout de ce fer même. |
Hâtez-vous donc, cruels, de me percer le sein; (2) Et commencez par moi votre borrible dessein ;
(i) J'accepte ton dessein , etc.
Dessein est impropre j Racine anroit \>n facilement substituer un autre mot. Luneau de Boisgermain obsei've, comme ., une chose blâmable, que le verbe accepter est répété trois | fois en deux vers. Je pense , au contraire que cette répétition est une beauté, et que ces deux vers précèdent dignement ce vers admirable :
Je te crois maintenant dî{;ne du diadème.
(a) Hâtez-vous donc, crncls, de me percer le sein j
Toute cette tirade de Jocaste est un peu subtile : on y retrouve le ton et la manière de Sabine dans Horace de Corneille. Les deux frères ne devroient plus avoir la patience il' entendre ce long discours : leur rage devroit les entraîner sur Je champ de bataille, La fin de cette belle scène se refroidit uh