‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 89 sur 193 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

En m' alliant chez lui n'aurai-je rien porté ?(i) Et tiendrai-je mon rang de sa seule bonté ? D un trône qui m'est dû faut-il que l'on me clia,çse, Et d'un prince étranger que je brigue la place? Non, non : sans m'abaisser à lui faire la cour, Je veux devoir le sceptre à qui je dois le jour.

Qu'on le tienne, mon fils, d'un beau-père ou d'un père, La main de tous les deux vous sera toujours chère.

POLYNICE

Non, non, la différence est trop grande pour moi: L'un me feroit esclave, et l'autre me fait roi. Quoi, ma grandeur seroit l'ouvrage d'une femme ! (2) D'un éclat si honteux je rougirois dans l'âme : Le trône, sans l'amour , me seroit donc fermé? Je ne régnerois pas, si l'on ne m'eût aimé? Je veux m'ouvrir le trône , ou jamais n'y paroître ; (0)

(i) En m'alliant chez lui n'aurai-je rien porté?

Porté est tout à-la-fois impropre et ignoble, quoique \e srntiment que Poljnice exprime soit par lui-même délicat et fier.

(2) Quoi , ma grandeur seroit l'ouvrat^e d'une femme ! La question n'est pas galante, et dans le temps dut exciter drs

murmures, quoiqu'elle soit dans les mœurs des personnairrc

(3) Je veux m'ouvrir le trône , S'ouiTir le trône, pour s'ouvrir le chemin au trc^ne, est

une elhpse qui paroît d'abord ,m peu dure ; mais, en l'examinant de plus prc's , on la trouve énergique et poétique. Le véritable défaut de cette expression, dans ce vers, est de ne pas rendre clairement l'idée de Polj^aice.

94 • LES FREPv ES ENNEMIS,

Et quand j'y monterai, j'y veux monter en maître; Que le peuple à moi seul soit forcé d'obéir, Et qu'il me soit permis de m'en faire haïr, (i) Enfin de ma grandeur je veux être l'arbitre , N'être point roi, Madame, ou l'être à juste titre; (2) Que le sang me couronne, ou, s'il ne suffit pas, Je veux à son secours n'appeler que mon bras, j o c A s T E.

Faites plus, tenez tout de votre grand courage; Que votre bras tout seul fasse votre partage, Et dédaignant les pas des autres souverains, Soyez, mon fils, soyez l'ouvrage de vos mains. Par d'illustres exploits couronnez-vous vous-même ; Qu'un superbe laurier soit votre diadème. Régnez et triomphez, et joignez à la fois La gloire des héros à la pourpre des rois. Quoi, votre ambition seroit-elle bornée A régner, tour-à-tour, l'espace d'une année? Cherchez, à ce grand cœur que rien ne peut dompter,

(i) Et qiril me soit permis de m'en fliire liaïr.

L'expression est choquante et la pensée aussi. On est toujours étonné que Racine ait affecté de donner à Polynice un caractère particulier de férocité , et qu'il ait pris plaisir à présenter , comme le plus odieux des tyrans , précisémcnl celui des deux frères qui devoit inspirer quelqu'intérêt.

(2) N'être point roi , Madame , ou Tétre à juste titre ; Ce vers a remplacé celui— ci :

Etre roi, cher Hémon, et l'être à juste titre; On a déjà vu que dans les premières éditions, PoîynicC:; adressoit cette réponse à Hémon.

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