ANTIGONE, OLYMPE
ANTIGONE
xIé bien, ma chère Olympe, as-tu vu ce forfait?
OLYMPE
J'y suis courue en vain, c'en étoit déjà fait.(i)
Du haut de nos remparts j'tii vu descendre en humes
Le peuple qui couroit et qui crioit aux armes ;
Et pour vous dire enfin d'où venoit sa terreur,
Le roi n'est plus , Madame, et son frère est vainqueur, (li)
On parle aussi d'Hémon : l'on dit que son courage
S'est efforcé long-temps de suspendre leur rage,
Mais que tous ses efforts ont été superflus.
C'est ce que j'ai compris de mille bruits confus. (3)
(0 J'y suis courue en vain , c'en étoit déjà fait.
C'est une façon de parler très-vicieuse. On dit y W couru, et non pasyj- suis couru.
(2) Le roi n'est plus , Madame , et son frère est \ainqueur.
Olympe n'a pas attendu la fin du combat. Cet artifice produit un heureux effet dans l'Horace de Corneille, parce qu'on s'mléresse beaucoup au sort de ce combat^ il ne fait ici qu'une sensaUon médiocre, parce que Poljnice n'inspire pas plus d'intérêt qu'Etcocle.
(.0) C'est ce que j'ai compris de mille Lruits coufus.
De est impropre; il étoit aisé de mettre ;>a// l'auteur auroit fait évanouir lu faute, sans cependant avoir fait un boa vws. .
io4 LES FRERES ENNEMIS,
ANTIGONE
Ail , je n'en cloute pas , Hémon est magnanime ! Son grand cœur eut touj ours trop d'horreur po ur le crime. Je Favois conjuré d'empêcher ce forfait; Et s'il favoit pu faire, Olympe, il fauroit fait. IMais, hélas, leur furem' ne pouvoit se contraindre, })ans des ruisseaux de sang elle vouloit s'éteindre ! Princes dénaturés, vous voilà satisfaits : La mort seule entre vous pouvoit mettre la paix. Le trône pour vous deux avoit trop peu de place ; Il falloit entre vous mettre mi plus grand espace , Et que le ciel vous mît, pour finir vos discords, L'un parmi les vivans, l'autre parmi les morts. Infortunés tous deux , dignes qu'on vous déplore ; Moins malhem^eux pourtant que je ne suis encore, Puisque de tous les maux qui sont tombés sur vous, Vous n'en sentez aucun, et que je les sens tous !
OLYMPE
î\Iais pour vous ce malheur est un moindre supplice. Que si la mort vous eût enlevé Polynice. Ce prince étoit l'objet qui faisoit tous vos soins : Les intérêts du roi vous touchoient beaucoup moins.
Il est vrai, je famiois d'une amitié sincère ; (i)
(i) .... Je l'aimois d'une amitié sincère j Antigoîie l'a déjà ditj mais elle le répète ici dans une situation qui donne un nouveau prix à ce sentiment de bienveillance particulière pour PpKiiicc. Jl y a beaucoup de