‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 128 sur 150 · XV · texte numérisé non relu

XV

Comme un chien que son maisire a long-lans caressé, S'il advient qu'à la longaie il change de nature, S'enfuit, puis s'en revient, espérant qu'il ne dure, Et pour six coups de fouet ne peut eslre chassé;

En fin d'ardante soif et de faim trop pressé, Se voyant défaillir faute de nourriture. Est contraint autre pari chercher son avantiire, Changeant pour un nouveau celuy (|ui l'a laissé;

J'en ay fait tout ainsi, dédaigné de ma daviie : J'ay couru, j'ay tourné, pensant lléchir son ame, J'ay demandé pardon, triste et déconforté;

Mais puis qu'en ces courroux si ferme elle demeuio. Je me pourchasse ailleurs de penr que je ne meure, Non par mon inconstance, ains par nécessité '.

VlLLANELLt

.M'ûslaut le fruit de ma fidelle attente. On veut, hclas ! que je sois un rocher, One je me taise et que rien je ne sente; Mais si grand dueil, que je ne puis cacher, Fend ma poitrine et fait que je m'escrie: Il est aisé de tromper qui se fie !

Je m'asseuroy, plein d'amoureuse flamme, Sur des sermens qui souvent m'ont deceu,

' Imité d'un sonnet ilnlien f(ui commence par cette strophe :

Corne fido animal, cli' al suc sijnore Veniit' é in odio, ora si fugge, or riedc. E sebben fero grido o verga el flede.

Non X orria uscir del dolce albergo fuore.

3P6 niVKRSES AMouns.

Mais quels M'rmcnb pont juin- une rcniiiie IIcIms! iKip (ard iiour mou lucii ji; l'ay sceu 1 (I ([uu mon cœur est piessé de luiio ! Il csl aisé lie tromper cpii se lie.

Si tu te plaius, aiiie volage et faiule, Pu eliaml despit mmi couridux ii-ritanl, Lus! eoutie loy j'ay bien plus jnsle plaiiih^! Tu fais le mal et je le vay scnlaiil. C'est tout le fruit de t'avoir liicn servie; Il est aisé de tromiicr qui se lie.

Jamais ton nom eu mes vers ne se lise, A Mu qu'au moins on ne puisse avérer Uni fut l'esprit si remply de feintise: ,1e t'aimoy trop pour te déshonorer.

Vai ma douleur il suffit (|ue je die : Il est aisé de tromper cpii se lie.

Hens moy mon cœur, desloyale maistresse, (le n'est raison que lu l'ayes a toy ; Tour sa bonté trop giandc est ta finesse, H est lidelle et tu n'as point de foy. Assez tu as sa franchise asservie :

Il est aisé de tromper qui se liel

Heureux amant, goustant la jouy»san( c l)u fruit que j'ay tant de fois savouré, Sermens, soupirs, faveurs en abondance, De son amour ne te rende asseiwé.

A tels ajipas elle airesta ma vie; J'en fus trompé, jamais je ne m'y lie.

.\ou, je ne me plains jias de l'avoir udurée, Ny que pour l'estimer j'aye tout mesprisé; Je me plains seulement que mon cœur peu rusé Ait creu fonder en elle une amour asseurée.

Ah! maudite espérance à mon mal conjurée, Tu m'as bien cette fois Iraistremenl abusé, ijuand après tant de peine en l'aimant endurée, In nouveau sans mérite est plus favorisé !

J'ay trouvé la fontaine, on m'en este l'usage; J'ay cultivé la plante, un autre a le fruitage; On ic(,-oit le jiay'ment du tans que j'ay servy.

Destin malencontreux des amans misérables! Oue scit d'avoir Keptunc et les vens favorables. Si le bien dans le port d'un corsaire c>l zavy?

DIVERSES AMOtKS. 597

CUAISSOiN

Quaiul vous aurez un cœur plein d'amour elde foy, Pur, entier et constant, pour m'ottrir en escliange De celuy si loyal que vous avez de moy, Pie vous desfiez point qu'autre part je me range.

Mais, tandis qu'en m'aimant ou Ceignant de m'aimcr. Je vous verray voiler pour tant d'amours nouvelles, N'espérez, s'il vous plaist, de pouvoir m'enfernier, Car comme vostre esprit le mien aura des ailes.

Je ne suis point de ceux qu'en doute il faut tenir, Afin que leur ardeur dure en sa violance; La seule afl'ection peut mon feu maintenir. Qui s'esteint aussi-lost que j'entre en mesliancc.

J'aime mieux peu de bien l'ayant en seureté, Qu'un plus riche thresor presl à faire naufrage ; J'aime mieux m'asseurer d'une moindre beauté, Que d'une autre jouyr plus belle et plus volage.

Vostre bouche et vos yeux, riches de mille appas. Méritent bien qu'on meure en leur obéissance. Mais vostre esprit léger ne le mérite pas; A ce que l'un contraint, l'autre nous en dispansc.

Amour est un désir de jouyr et d'avoir Pour soy tant seulement l'objet qui beau nous semble. Jamais de compagnon il ne veut recevoir : r.upidon ne sauroit lier trois cœurs ensemble.

Ne vousestonnez donc que si soudainement, Connoissant vostre humeur, aulre part je me jette • '.'est que je veux bastir sur meilleur fondement. Afin que mon amour au vent ne soit sujette.

1 1 anc du triste servage où j'ay tant supporte, Qu'un seul des maux soufferts me transit quand j'y pense, Je l'en vien rendre grâce, ô déesse inconstance ! Devant à ta faveur 1 ame et la liberté.

Un songe imaginé, que l'on dit fermeté, M'avoit si bien pipé par sa belle apparance, Qu'abhorrant tout secours j'embrassay ma souffrance. Et renforçoy les fers dont j'estois arresté.

Celle en lin qui servoit à mon feu de matière. Oubliant ses sermens et changeant la première,

ôyS m ^ Kl! s ES A M ou us.

M'a fait voir que la foyn'ostoit qu'iui nom tiomiicui

Et mon anip, aussi-tost de loy favorisée, A rompu sns liens, sa prison a lirisée. Kl de toute constance a délivré mon cœur.

X X V il I

Frisez vos blonds cheveux, adoucissez vos yeux. De propos enchanteurs vostrc bouche soit plaine, I.àclicz des soupirs feints, dressez la vcuë aux cieux, l'Ieurez, contraignez-vous, vostrc espérance est vainc.

Je n'y retourne plus : tant de cris furieux, Tant de jours consommez en angoisseuse paine. Pour le poignant regret de vous voir si soudaine, Feront qu'à l'advenir je me gardoray mieux.

L'expérience apprend, mon mal ma rendu sage. 0 malheureux qui aime une dame volage Et de ses feints propos se laisse décevoir I

Non, non, si jamais plus vostro douceur m'abuse, Je ne veux ny pitié ny pai'don recevoir; Car la seconde erreur n'est pas digne d'excuse.

Ces discours enchanteurs par mes vers tant pri.sez Ne sont que bas propos d'une folle jeunesse; Ces yeux pronts en regards, trompeurs et déguisez, N'ont pas tant de clarté, d'attraits ny de rudesse.

Cesle vive couleur, qui ravit et qui blesse Les esprits des amans, de la feinte abusez, Ce n'est que blanc d'Espagne, et ces cheveux frisez Ne sont pas ses cheveux : c'est une fausse tresse.

Trompeur aveugle-né, tu m'as long-tans deçeu, .Mais en fin le dédain pour conseil j'ay reçeu; Tu m'aveuglois les yeux, et il m'ouvre la veuë.

Adieu, volage enfant, adieu, vaine beauté! Vostre légère foy, que trop tard j'ay connue, Me fait rompre mes fers pour vivie en libellé.

CHANSON

Ah bieul que la flamme est cruelle l)oiit Amour me fait consumei'l Je sers une dame infidelle, Et ne puis cesser de l'aimer.

La marine est plus arrestée*

niVKR SKS AMÛUIÏS. 590

Et du ciel les hauts inouvemens; Bref, tout ce qu'on lit de Prothéc Ne s'égale à ses changemens.

Ores je sois seul en sa grâce :

Ce n'est qu'amour, ce n'est que feu ; Un autre aussi-tost prend ina place, El feint ne m'avoir jamais veu.

Ce nouveau, fier de mon dommage, Qui se forge un destin constant, Aussi-tost se trouve en naufrage.

Et me voit au port tout contant.

J'ay fait par art et par nature Tout ce qu'un amant peut penser, Afin d'arrestcr ce Mercure, Sans jamais y rien avancer.

Las! ce qui plus nie désespère.

C'est qu'avec tout ce que j'('n voy, Mon esprit ne s'en peut distraire, Et l'adore en despit de moy.

Si jaloux je franchy sa porte, Jurant de n'y plus retourner, Mon pié malgié moy m'y rapporte, Et ne sçauroy l'en destourner.

(.'est toujours accord ou querelle, (0 misérable que je suis!) Je ne sçauroy vivre avec elle, Et sans eUe aussi je ne puis.

Ce mignon si fraisé, qui sert d'homme et de fcmuic, V vostre esprit léger nouvellement surpris; Il est vostre Adonis, vous estes sa Cypris, Il vous nomme son cœur, vous l'appelez vostre amc.

Souvent entre vos bras il modère sa flame, Et se m.ire en vos yeux, qui serf le tiennent pris; l'our luy ceux du passé vous sont tous à mespris, Bref, il n'est point d'amant mieux traité de sa dame.

0 trop crédule entant! avant qu'il soit long*lans, Voyant de cette mer les rellus inconstans. Tu maudiras les dieux, ta vie cl ta fortune.

Expert j'en puis parler, qui lasehe et tout Iremp'', Du péril fraischemenl par miracle échappé. Paye au poi t tout joyeux mon offrande à Keplune.

UH) m V i;nsi;s \ Moins.

Il r;iiiilr:i liicii (|u'tino rcininc soil ImII l»'u:il cl (If pni t cIlisIciiiciiI coinposc', VA que rcs|iiil n'en soit liup .iilvisé, l'oiir m'ïiluiscr ot me linr en fille.

Il n'y a rien ((ui soit ]ilns iiiridollo, Ny cœur si foint, si traisire ot si rusé Que il'inifi femme, animal déi^nisé, Qui jnm- et iniil ne disinnil (pic caulclli-,

A faire mal gisl son cnlendenicnl; l'eu de cervelle et moins de jnfjement La font snperiie, erratique, inconstante.

A qnel malheur nous ont soumis les ci(Hix! La plus lidelle aimeroit heaneoup nnenx M'avoir qn'un O'il que d'un estre conlaMie.

J'avoy fait mille efforts ]>onr loTnpre nue pris(j]i, Où la seule fureur rangeoit ma fantaisie, Sans que le cours des ans, la peur, la jalonsie Eussent pen dedans moy reloger la raison.

Sentant au cieux des os la brillante poison, Dont mon ame insensée estoit toute saisie, P'orcé je m'abandonne à cette frenaisie, N'espérant jamais plus d'y trouver guarisoii.

Mais en lin de bon-lieur je sreu que ma maislicsse Favoiisoit un sot sans giace et sans addressc, Durant qu'elle s'en mocque et s'en rit avec inoy.

Lors un noble dédain vient gaigner mon courage, Qui m'affranchit du tout de l'amoureuse loy. Doy-je pas bien aimer le sot cpii m'a fait sage:'

Si pour souvent fausser ta loy, Manquant au ciel plustost qu'à moy, Si pour trahir mon innocence Ton teint s'esLoit décoloré.

Ou que ton poil fut moins dor(', J'avoùroy quelque providence.

Mais quand, les Fureurs imiilurant, Tu leur oblige en soupirant Ton corps et ton ame inlidelle.

Tes yeux en ont plus de clartez, Et semblent que les faussetez Te rendent la bouche plus belle.

Ah! je veux croire à l'avenii', Pour estre belle et rajeunir, Qu'il faut du ciel ne faire conte, Qu'il faut piper tous ses amans Par des pleurs et de faux sermens.

Sans foy, sans respect et sans honte.

Venus, qui trompoit tout ainsi.

S'en mocque, et ses nymphes aussi En ont les grâces plus riantes, Et son fils, l'archer dangereux, S'y plaist, aiguisant rigoureux Sur nos cœurs ses flèches sanglantes.

Aussi ton pouvoir décevant Tous les jours s'estend plus avant.

De nouveaux muguets caressée ; Et les vieux pour s'en dépiter, Forcenez, ne sçauroient quitter Ta porte souvent menacée.

Je ne sçay ce qui m'adviendra, Ne si ma raison reviendra ; Trop chaude est ma flamme ancieinie; Mais pourtant, si je me sens bien, Je ne croiray que je sois lien Autrement que tu seras mienne.

Quand je portoy le joug de vostre tyrannie, Privé, comme de cœur, d'yeux et de jugement. Je vous craignoy si fort, que l'ombre seulement D'un seul de vos dédains m'estoit peine infinie ;

Mais, or' qu'avecques moy la raison s'est unie, J'ay perdu cette crainte, et connoy clairement Que j'estoy bien troublé d'aimer lidellement Celle de qui la foy pour jamais s'est bannie.

Foudroyez maintenant, pleuvez, flammes et dards. D'audace et de courroux aigrissez vos regards, Changez à tous objets votre cœur infidelle,

Et par despit de moy les autres caressez. Jamais vous ne tiendrez mes esprits enlacez. Soyez ferme ou légère, ou pileuse, ou cruelle.

■102 iiivi:i!m;s AM^rns.

Je l'aimay par ilf^ssein, la connoissant volafjo, Pour rcliror mon cuMir d'un lien fort liaii^'eienx : Aussi ([ue je vouloy iiVstre ])lus amoureux En lieu que le profil u'avanvasl le doinmajje.

Je (luray quatre mois avec fjrand avanlane, Gousiant tous les plaisiis d'un amant bien lieui'eux; Mais en ces plus lieaux joui», ù deslins i-ifroureux! Le devoir me força de faire un Ion? voya<je.

Nous pleurasmes tous deux, puis, quand je lu pai li, Son cœur n'afruores mien fut ailleui-s diverti : Un revint, et soudain luv vdil.i lalic'e.

Amour je ne m'en veux ny meurtrir ny blesser; Car, pour dire entre nous, je puis liien confesser Que plus d'un mois ilevant je l'avois oubliée.

XNXV

Fort sommeil de quatre ans, qui m'as sillé la veui"-, )rassou]iissant du tout en la nuict des amours, Où est ce rare esprit'/ où sont ces hauts discours'/ Et cette grand' beauté, qu'est-elle devenue"'?

Or' que la connoissance un peu m'est revenue, Je voy que le sujet de mes douloureux jours N'estoit rien que feintise et qu'impudiques tours D'une que pour mon bien trop taid j'ay reconnue.

Je rougis de ma honte et voy trop clairement (Ju'Amour n'est point aveugle, ains les siens seulement. Puisqu'il leur verni du faid pour des beaulez divines.

.le l'embrasse, o dédain ! fin de tous mes malheurs. Par toy je reconnoy qu'au lieu de belles fleurs Je cueilloy des chardons et des seiches espines.

XWVI

Je eonnoy par essay ipie nosLie esprit s'iriile Et s'aigrit de fureur, quand il est empesché : Ainsi qu'un grand torrent, dont le cours est bouelié. Contre l'empeschement s'obstine et se despite.

Une Alcine impudique en tous charmes instruite, Par vengeance du ciel et pour quelque péché, En ses foibles liens me tenoit attaché, Bien qu'elle n'eusl discours, ny beauté, riy mérite.

Par pitié seulement je l'aimoy quelque peu.

Kn fin sans y penser mon cœur ilevinten feu,

La voyant toute en proie à mainte amour nouvelle.

Ce despit furieux m'a travaillé quatre ans, Essayant d'arrester ses pensers inconstans, Et n'en eusse fait cas s' elle eut esté fidelle.

CHANSON

Trompé d'attraits subtils et déguisez, Long tans mon anie en vous fist sa demeure, El ne pensoy voir oncq' ai-river l'heure Que nos esprits fussent moins embrasez.

Puis il vous pleut de changer sans raison, A tous les vents tournant vostre courage : Dont je senti tant d'aigreur et de rage Que j'en rompy mes fers et ma prison.

Il est bien vray que souvent du depuis Avec regret j'en ay eu souvenance Et, blasphémant vostre aveugle inconstance, Sans reposer j'ay passé maintes nuits.

Mais cet ennuy jieu à peu m'a laissé, Rien plus de vous en l'esprit ne me passe; Et maintenant je vous rends plus de grâce Du changement que du plaisir passé.

Car vos douceurs fort long tans m'ont deçeu, Dans leurs filés ma liberté fut prise; Et le dédain m'a remis en franchise, En m'apprenant ce qu'une je n'avois sçeu.

Franc maintenant je chante et vay disant Que le dédain est un jus salutaire, l'ropre à la vue et qui la rend plus claire. Purgeant d'Amour le venin plus nuisant.

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