XXVII
Est-il vray qu'aulrcsfois j'aye tant enduré Pour des yeux que je voy sans plaisir et sans peine"' Où sont tant d'hameçons dont elle estoit si pleine/ Qu'est devenu ce poil crespement blond doré?
Je regarde esbahi son teint décoloré, Dont l'éclat autrefois la rendoit si hautaine; Et me mocque à part moy de ma poursuite vaine, Remerciant le tans qui m'en a retiré.
Ce que de mes amis le conseil salutaire. L'absence et les dédains en moy n'avoient sreu fairi\ Le cours du tans l'a fait, de mon amour vainqueur.
40t nivF.nsKs amours.
Et i,'uaiissaut mon aine on lin m'a rendu satrn Car, lors ipi'il voii<. osia les roses du visage, Lors mènii' il m'arracha les espines du roMir.
De tout point maintenant libre je me puis dire, Le fer de la raison mon cordage a tranclié ; Celle par (pii mon œil n'esloit jamais séché, Ore en la contemplant m'est un sujet pour rire.
Ce que d'elle autrefois Amour me (it écrire. Lorsque son trait de llammeau cœur m'estoit caché. Sont tous propos d'uri homme à la fjesne attaché, Qui dit ce qui n'est point, forcé par le martyre.
Le bruit de ses l)eaulez, volant par l'univers, N'est qu'im conte à plaisir que j'ay feint en mes veis, Pour voir si je pourroy bien chanter mie fable ;
Bref, je n'y reconnois un mot de vérité, Sinon quand j'ay pailé de sa légèreté.
Car lors ce n'est plus conte, ains discours véritable.
XXMX
Cette fureur d'amour, de laison la maistresse. Aveugle, impatiente et qu'on ne peut cacher. Veiller, pleurer, jurer, s'appaiser, se fascher, Lettres, faveurs, regards, ce sont tours de jeunesse.
J'en ay fait le voyage, et faut que je confesse Que jamais jeune cœur ne se veit mieux toucher, Et n'eusse jamais cren (pi'on me peusl arracher L'aiguillon qui dix ans m'a tourmenté sans cesse.
Mais six lustres si tost n'ont mon âge borné, Que du chemin passé je me suis destourné, Tout honteux que si tard j'aye esté variable;
Et dy quand de quelqu'une à tort je suis repris : Qu'amour à l'homme meur n'est que perte et mépris, Au lieu que sa folie au jeune est ju'olitable.
Ceux qui liront ces vers qu'en pleurant j'ay chantez. Non pour gloire ou plaisir, ains forcé du martire, Voyans par quels destroits Amour m'a sçeu conduire. Sages ô mes despcns, fuiront ses cruautez.
Quels esprits irialheureux, nuict et jour tourmentez, oufirentun mal si grand que le mien ne soit pire'
il ne se peut penser, comment le veux-je dire, Ou peindre en du jiapier si grandes nouveautez ?
Je cherchois obstiné des glaçons en la flamme, Foiblesse au diamant, constance en une femme, Pitié dans les enfers, le soleil en la nuit.
J'ay joué tout mon âge à ce vain exercice, J'ay recueilly des pleurs et semé du service, Et de nies longs travaux repentance est le fruit.
STAÎSCES POUl! LE IIOY CHARLES IX
Cesse, Amour, tes rigueurs, mets fin à ta poursuite, Voy que devant ton vol je retarde ma fuite, Et retourne au chemin que j'avoy délaissé. Comme un serf fugitif, l'œil en bas, je m'accuse ; Je me jette à tes pieds, les fers je ne refuse. Un dieu doit pardonner, quand il est offencé.
J'advouë avoir failly; la faute est excusable, Qu'un 7'oy tel que je suis, courageux, redoutable. Qui sçait bien commander à un peuple indomté, Mais qui ne sçait que c'est de service et de crainte, N'ait peu du premier coup flécliir sous la contrainte, Et se soit essayé de vivre en liberté.
Mny que les cieux amis en jeunesse ont fait estre De tant de nations le monarque et le maistre. Se faut-il estonner si, m'estant vcu dompter Et ma libre vertu prisonnière estre mise, Je me sois efforcé de la mettre en franchise? Tousjours le changement est fascheux à porter.
Je confesse avoir fait d'un rebelle courage Tout ce que peut un prince ennemy du servage : Le repos ocieux en travail j'ay mué, J'ay comblé mon esprit de soucis et d'affaires, Et forcé pour un tans mes regards volontaires. Les privant à regret des yeux qui m'ont tué.
J'ay mille jours entiers, au chaud, à la gelée. Erré la trompe au col par mont et par valée. Ardent, impatient, crié, couru, brossé; Mais en courant le cerf emplumé de vitesse. Tandis moy pauvre serf d'une belle maistresse, J'estoy d'Amour cruel plus rudement chassé.
Ce n'est pas sans raison qu'on te donne des ailes, Un carquois plein de traits et des flammes cruelles;
40C nivF, Rsr.s a m mu s.
F.nfant Niclmirux, ji' ri'ss;i\(' ;iii ln'siiiii. Tu si,:iis, loi'sciiic ,jo veux de loy lilin» nie icmlro, Ooinino un oyscau ilc proye en volaul luc rciui'iiiiir Tu as l''s l'cuxde proz et los llcchos dt- loin.
Tout ce que j'ay tenté pour le bien de mon anie. N'a servy que de ^oiiime et de soulplnc A ma f'.;iiur: ■ Je me suis fait nuisance en me pensant aider. Sus donc, rentrons au joufî. C'est esire temei'aiic Ile vouloir résister, ([uand on ne le |)eul l'aire; l.'luimme sage obeyt, ne pouvant connnander.
Mais je suis tout confus, ([uand il faut que je panse De quels yeux, de quel front et de (|uelle asseuranee Je me presonteray jionr demander niercy. Las ! que pourroy-je dire en voyant ma déesse? J'abaisseray la veuë et i)leureray sans cesse : Les pleurs pourroient cavcr un rocher endurcy.
La royauté me nuit et me rend misérable; Jamais à la grandeur .^mour n'est favorable. Si je n'esloy point roy, je seroy plus contant : Je la verroy sans cesse et, i)ar ma contenance. Mes pleurs et mes soupirs, elle auroit connoissance Que je sens bien ma faute et qu'en suis repentant. "
Digne objet de mes yeux, qui m'avez peu contraindre Parlant d'heureux elTorts,vosti'e honneur seroil moindre Si j'avois obey dès le commencement :
Deux fois vous m'avez mis en l'amoureux cordage, Deux fois je suis à vous; c'est l'estre davantage One si vous m'aviez pris une fois seulement.
11 est bien mal-aisé qu'une amour véhémente Soit tousjours en bonace et jamais en tourmente : Vénus, mère d'Amour, est lille de la mer. Tomme on voit la marine et calme et courroucée, L'amant est agité de diverse pensée.
Qui dure en un estât ne se peut dire aimer.
Estre chaud et glacé, s'asseurer en sa crainte. Couvrir mille douleurs d'une allégresse fainte, llenouër son lien après l'avoir desfait, Monstrer de n'aimer point lors qu'on est tout en flame, Vouloir en mesme tans bien et mal à sa dame, ( e sont les signes vrais d'un amoureux parfait
De ces diversitez l'amour est agitée Et par le desplaisir sa joye est augiiiculi''e, S'enrichit de sa perte et renaist en mourant ; Les ennuis, les rigueurs, et toute autre amertume D'absence et de courroux font que son feu s'allume, (jui foible s'esteindroit en repos demeurant.
Expert j'en puis parler : mon anleur retenue, Au lieu de s'amortir, plus chaude est devenue Et de ma résistance a pris accroissement, Comme on voit un ruisseau de paisible nature S'accroistre et faire bruit, trouvant une closture Et, n'estant empesché, couler tout doucement.
0 ma seule déesse! ô belle riallirée!
Comme dans vostre temple en mon cœur adorée, llelas ! j'ay trop souffert, esloigné de vos yeux ! Voyez ma repentance et m'ostez hors de paine. Faillir aucunesfois est une chose humaine, l'nrdonner et sauver, c'est l'office des dieux.
STANCES
rOLR MONSIEin I.E DDC d'aNJOu', ALLANT ASSlEf.EP. I.A KOCIIELLE, 1372.
Ah Dieu! faut-il partir? est-ce donc l'ordonnance Du ciel trop rigoureux, maistre de ma puissance. Que je doive esprouver un si cruel maliieur? Comment pourray-je vivre éloigné de mon ame? Non, non, si je ne meurs en vous laissant, madame. Jamais fldelle amant ne mourut de douleur.
Je mourrai, j'en suis seur, et mon ame esgarée. Par ce cruel départ de son corps séparée. Me laissera tout froid, palle et sans mouvement, Et si je dure après, ce ne sera pas vie ; rUistost Amour, au lieu de mon ame ravie, Animera mon corps de son feu véhément.
Abiisé que je suis! Mais que pensé-je faire';' Je pars pour captiver une ville adversaire, Moy qu'Amour tient au joug sans relasche arrestc. Si je suis prisonnier, doy-je espérer la prendre? Je vay pour assaillir et ne puy me deffendre Seulement d'un enfant, dont je suis tourmenté.
Que me sert le renom d'avoir dés mon enfance Acquis par mes travaux le repos de la France,
< I.e duc d'Anjou, depuis Henri III, alla meltre le siège ilev.inl la Porlicllc, avec la lleur de la noblesse frani,aise, dajis les derniers mois de l'année 1372, après la Saial-Bartiiélemy. Le courage des huguenots épuisa l'année royale ; les assiégeants perdirent vingt-deux mille liouimes, les assièges treize cents. Au boul de cinq mois, le duc d'Anjou saisit le prétexte de sa nnminalioii au tiône de t'ologae pour rd)andonner l'enlrepriie.
lOS DIVKRSKS AMorns.
Kl l'oU'orl des nmlins inutile remlu, S'il finit que pour son bien à mon mal je consente, l'.l que fie vos beaux yeux si souvent je m'absente.' Repos fie mon pays, tu m'es trop cher vendu!
J'aimei'oy beaucoup niiiiix ipie b>ei<'l ni'eust faitnaistre Sans nom et sans honncni, pouiveu que je peusseesire Tousjours auprès de vous doucement langoureux, Baiser vos blonds cheveux et vostre beau visatfe, Ht n'avoir autre loy que vostre doux langage. J'auroy assez d'honneur si j'esloy tant heureux'.
Que le monde eslonué vante ma renommée, Qu'elle soit par le ciel comme une astre allumée, Que sur mon jeune front cent lauriers soient plante?. Que j'eleve un trophée à jamais perdurable : L'honneurest moins que rien quand riiommeeslmiseralib' Mon heur et mon honneur gist tout en vos beautez.
Ceux des siècles passez, amoureux de la gloire, .'^vee arcs triomphans consacroient leur victoire. Ou la faisoient durer par de doctes escrils; F.t moy, vaincu de vous, rien plus je ne demande. Sinon qu'à vostre honneur ma desfaite s'entende F.t qu'on sçache comment de vos yeux je fus pris.
0 beaux yeux ! mesvainquems,douxnambeauxdenia \ii' Vostre belle clarté s'en va m'estre ravie ! Je vous laisse, ô beaux yeux ! contraint de m'avancer. Mais je suis transporté de ma fureur extrême, Je ne vous laisse point, je me laisse moy-mesmc : Laissant l'ame et le cœur, n'est-ce pas me laisser.'
Je n'emporte de moy qu'une charge mortelle, Pleine de p.issions et d'angoisse cruelle, Que je n'espère pas supporter longuement; .Vais, quand mon corps mourra, ma foy restera v^e, Car l'esprit jiar la mort de l'amour ne se prive : (.eliiy n'aime pas bien qui le croit autreineiii.
COMPLAINTE porn «oxsiEcr, le duc h'an.iou, eleij iioy nK por.nr.xr,
LOnSQl'lL PARTIT DE FRANCE. LIT".
Yen nmxcnlinit.
Qui fera de mes yeux une mer ondoyer, Afin qu'.i ce départ je m'y puisse noyer? rt (piel dueil assez pront me fera trépasser, 0 France! entre tes bras, avant que te laisser?
DIVERSES A MO C lis. 400
Quel dieu plein de pilié me faut-il réclamer, Qui me vienne eu rocher maintenant transformer, Non pour estre sans ame et pour ne rien sentir, Mais plustost pour jamais de ce lieu ne partir.
l'enseis trop inhumains, douleurs qui me Irouljlez, Desespoirs violans en mon ame assemblez, Travaux, soucis, regrets, je vous invoque tous. Ne voulant plus avoir d'autre suite que vous!
Tout plaisir désormais loin de moy soit chassé; Fil, s'il me reste rien du bien que j'ay passé. Que c'en soit seulement l'éternel souvenir. Pour toujours ma douleur plus vive entretenir.
0 France! où j'ay receu tant d'honneurs meiitez. Tant planté de lauriers, tant d'ennemis domlez. Je te voy, me perdant, tout en pleurs te baiftner; Je veux donc de mes pleurs les tiens accompagner.
Comme un cruel lyon, par les bois traversant, .\ la biche trop foible un fan va ravissant, Le destin, que les dieux ne sçauroicnt empesclui-. Me vient d'entre tes bras forcément arracher.
Mai.5, bien qu'un tel ennuy presse assez ma vertu. Si ne m'eust-il jamais de tout point abatu ; Et la douleur des miens, qu'or' il me faut quitter, l'ouvoit bien m'affoiblir, non pas me surmonter.
Ainsi qu'un haut sapin par les vens menacé, Bien qu'il soit esbranlé, n'est pourtant renversé, Mais, quand le fer cruel vient son pie destranclier, Malgré sa résistance est contraint de broncher.
Mon cœur creu par la peine, en ce point résistant Aux plus rudes efforts, estoit tousjours constant, Et quand quelque douleur me pensoit esmouvoir, Tousjours pour l'empescher j'opposoy mon devoir.
Mais si grand desespoir ma raison va forçant, Que pour y résister je me trouve impuissant. Et me laisse aux ennuis par contrainte emporter. N'ayant rien que les pleurs pour me reconforter.
Amour, l'aveugle enfant, m'avoit ouvert les yeux Pour me faire connoistre un chef-d'œuvie des doux ; Mais, si tost que mon cœur s'est mis à l'adorer, Le malheur me le cache et m'en fait séparer.
Tout ce que pour mon bien j'avoy voulu cIioIsIt-, L'espoir de mes travaux, la fin de mon désir, Par un cruel orage, helas ! se va perdant, El dèf le point du jour je voy mon occidant.
Que deviendra mon cœur esloigné de sou bien? Que ferez-vùus, mes yeux? Vous ne verrez plus rien.
410 iuvkhsks; amouiis.
Voslrr Sdlcil s'en v;i, fcnni'z-vous liesoiiirii^ ; f.oslc absi'ucf aussi hion vous aveugle à jainaii-.
Poni'quoy, inaiulil Amour, l'as-tu voulu ^ravii Si liolle ni mou esprit, pour soudain m'eu priver.' l'uisquo jo IIP pnnvoy lon^'-tans la rogardoi-, Tu (lovois, |iar )Mli('', coriimn toy, inc bamlor.
IVavoii' vpu sa boauté tout mou mal osl vptiu. Mais je irip plains d'Amour, Pt jp luy suis Ipiui ; 1,'lieur de voir une Ibis tant de perreclioiis Ne se peut aclieter d'assez de passions.
Comme un nouveau luintaiis sa jeunesse Ihnist, Sa grâce au mesme i>oiul nous blesse et nous guarisi, El tant d'asires au ciel la muet ne sont jdanlez, Qu'on voit luire en son Iront d'admirables beauté/..
Amour par ses beaux yeux son empire maintiiMit; 11 y donne ses loix, s'y retire et s'y tient, Et luy inesme d'amour s'est si l)ien affolé. Que pour n'en plus partir son plumai^e a lirulé.
De là ce grand vaincpieur, tirant visiblemenl. Ne blesse que les dieux et les rois .seulement, Comme digne conqueste, et ne vput employer Les beaux traits do ces yeux pour im moindre loyer.
Comme de l'Océan tous lleuves ont leurs coui'S, Puis y vont retournant après divers destours; Ainsi de sa l)eauté toute jjeaulé provient. Et, commençant par elle, en elle elle levient.
Ou comme le soleil, honneur du fn marnent, Va de ses clairs rayons toute chose allumant, A toutes les heautez son œil sert de llambeau Et, quand il ne luit point, rien n'apparoisl de beau.
Ceux qu'un si cher thresor a rendu désireux Ne font plus cas de rien, lout est trop l)as pour eux; Leur espi it seulement vers le ciel est porté. Et leur ciel n'est ailleurs ([u'avec sa deïté.
Comment donc, malheureux, enduray-jp en vivant Que d'un tel paradis le ciel m'aille privant? El, pour une grandeur qu'on vient me présenter, Puy-je, helas! de ses yeux à jamais m'absenter'
Miserablp grandeur, source de tous malhetns, La bute des soucis, du soin et des doulenis, Helas! pourquoy si tort t'allons-nons adaranl, Pour un songe d'honneur nos esprits martyranl?
L'honneur tant désiré n'est qu'une vision. Qui, troublant nos esprits par son illusion, Fait quitter l'heur présent, pour follement chei cher Une ombre qu'on ne peut voir, sentir ny toucher.
DIVERSES AMOIUS. -ill
Quel royaume assez grand, quels ports, quelles ciltz. Pourront plaire à mes sens de douleur transportez' J'aimeroy beaucoup mieux moins de commandement: Que sert l'authorité qui n'a contentement?
Comme un que le soleil sans lumière a laissé Dans un bocage espais, de buissons berissé, Le cbemin qu'il tenoit ne sçauroit plus choisir, Et ce qui Uiy plaisoit luy cause déplaisir.
Ainsi, lie voyant plus l'œil du mien adoré, Je seray, misérable, à toute heure égaré; Kt ce qui plus contente un esprit curieux, Loin de vous, mon soleil, sera triste à mes yeux.
Prenant congé de vous, je le veux prendre aussi De tant de beaux pensers conservez jusqu'icy ; Je veux de tous plaisirs pour jamais me bannir, Et le seul desespoir avec moy retenir.
.\dieu, traits et regards si doux et rigoureux ! Adieu, seul paradis des esprits amoureux! Adieu, divins propos dont le ciel m'est jaloux ! Lasl faut-il pour jamais prendre congé de vous?
Adieu, rares beautez dont mon cœur est blessél Mais que pensé-je l'aire? ô moy, jiauvre insensé! Pourquoy vousiiy-je a lieu jiour cet esloignemenl. Puis qu'helas! je ne pars que de moy seulement?
Je ne pars que de moy, puis qu'il me faut laisser En vos yeux mon esprit, mon cœur et mon pensi-r ; Et que je n'ay plus rien qui me rende animé Que Tardant feu d'Amour, dont je suy consonnnr.
COMPLAINTE
POLR LLÏ MESME ESTANT EN POLOGNE. I57i.
De pleurs en pleurs, de complainte en com|il;iinle, Je passe, helas ! mes languissantes nuits. Sans m'alleger d'un seul de ces ennuis. Dont loing de vous ma vie est si contrainle.
Belle princesse, ardeur de mon courage.
Mon cher désir, ma paine et mon tourment. Que mon destin, las! trop soudainement Par vostre absence a changé de visage.
0 tans heureux, quand le ciel favorable Me faisoit voir vos divines beautez!
H doux propos ! ô biens si peu goustez ! Un si grand heur n'a guère esté durable.
Coiiiiiic la roso à l'cspiiio rst procluiiiio, Cominp Ir jour par la nuil cîil ravy, Coninie IVspoir do la pour osl suivi, l.'liumaiii repos osl voisin de la iiaino.
1.0 (lieu vol;iiil, (pii pour iiioy n'a i)oinl d'ailos, Tanl (lo faveurs m'avoil l'ail, recevoir, Non pour mon l)ien, mais jiour me fairo voir On'il garde aux grands les douleurs i)lus cniolles
Quej'avoy d'Iiour, vivant on sa prosance! Que j'ay d'onnuy, m'en trouvant ofiaré!
Lequel des doux est plus démesuré, 1,0 liion do voir ou lo mal do l'alisance'
Je n'en sçay rien; le dncil qui me commando Do jugement trop fort me va privant; Mais jo sçay hion, et sens en l'esprouvant, On'il no peut estre une angoisse plus grande.
Ilelas! pourquoy le mal qu'Amour me donne .\o finist-il comme a fait mon plaisir? Que ne s'esteint mon violant désir.
Lors que l'espoir de tout point m'abandonne?
Je m'oslialiy qu'estant loin de Marie Mon fou cruel ne cesse aucunemont, ,
Si tonte flamme a besoin d'alimonl, Et si la mienne en ses yeux fut nourrie.
.le m'esbahy comme. je puis tanl vivre Sans mon esprit, dont jo suis sépare; Je m'esbahy comme j'ay tant duré Kn ces tournions qu'une absence me livre.
Je n'ay penser qui n'outrage mon ame, • Je ne voy rien qui ne soit déplaisant ; Le bien perdu me va tyrannisant, Le souvenir de cent pointes m'entame.
Fier souvenir', importune mémoire, Pour mon repos veuillez un peu cesser.
Ne faites plus passer el repasser Par mon esprit les beaux jours de sa gloire.
0 douces nuits! ô gracieuses veilles.
De cent plaisirs ma vie entretenant!
0 jours si cours, las! si longs maintenant! 0 chauds regards! ô boautez nompareilles!
Si pour jamais une terre inconnue Me doit cacher ses thresors précieux.
De grâce. Amour, aveugle-moy les yeux : Pour autre objet je n'aime pas ma voue.
Ali! pauvre moy ! pendant que je soupire, Toute espérance en mes larmes noyant,
Quelqu'un pnut-estre, à son gré la voyant, Feint l'amoureux et plaint un faux martire.
Quiconque sois, mets fin à ta poursuite, Et reconnois que c'est trop présumer; 11 n'appartient qu'à inoy seul de l'aimer. Toute autre amour pour elle est trop petite.
Et vous, déesse, heureux feu de ma vie. S'il est ainsi que vostre grand' beauté ^'ait rien d'égal que ma fidélité, Ne permettez d'une autre estre servie.
STA.NCES
."imour guide ma plume et me donne l'adresse, Pour vivement pourtraire une jeune déesse. Qui prend les deïlez aux filés de ses yeux, Qui rend les plus hautains sous son obéissance, Estallant icy-bas par sa douce presance Ce qu'on voit de plus rare au cabinet des cieux.
Angélique beauté, je sacre à la mémoire Ces vers, avantureux courriers de vostre gloire, Qui n'atteindront pourtant au ciel de vostre lionneui'; Pour aspirer si haut ma force est trop petite. Je sçay mon impuissance et vostre heureux merile. Et sçay qu'il vous faudroit un plus divin sonneur.
Que le grand œil du ciel, quand il fait sa carrière, S'arreste à contempler et devant et derrière. En terre, an firmament, d'un et d'autre costé. Il dira qu'il ne voit tant de beantez ensemble, Que tout le plus parfait en vous seule s'assemble. Et mesme que vos yeux font honte à sa clarté.
Celuy qui délibère et qui ferme s'obstine De ne loger jamais l'Amour en sa poitrine. Qu'il s'espreuve à vos yeux seulement une fois, Puis qu'il restive après, s'il en a la puissance. Faisant comme devant à l'Amour résistance. Et ne reconnoissant son empire et ses loix !
Vous avez pour compagne une grâce amiable, La chasteté vous suit doucement vénérable. Et pourvoit que l'Amour ne vous fait soupirer; L'attrayante rigueur, la grave courtoisie. Les beautez, les vertus, toutes vous ont choisie Et se font icy-bas en vous seule adorer.
En ces tans si troublez, qui voit vos yeux reluire, Il peut dire qu'il voit, quand le jour se retire, La lune qui rayonne et fend l'air obscurcy;
.114 DivF. nsKS A MO un s.
On i|ii'il vdil ilu sdlfil la luiiiii rc. (>iillaiiiiii(V, (Jii.'iiid il V(Mit coiuiiiciicrr sa cuiirso arci]iisliiini'i\ l!l (|UP l'eau ilc la mer le rond iilus rsclaircy.
Le piiiilans, gracieux mignon de la nature, .\e nous eslalle point tant de riche peinture, Tant de roses, d'a^illets cl de lys blaiicliissans, (lonime vos doux regards Ibnl naistte de lleuretles, D'agréables désirs, de douces amourettes, l.t de hautains pensers qui nous font languissans.
Telle (ju'on voit Diane avec sa chaste suite. Quand aux cerfs plus légers elle donne la tuile, Ayant l'arc tlans le poing et la trousse au coslc': liieu qu'elle ail à l'entour mille et mille iiueelles, r.lle ajiparoist tousjours sur toutes les jilus belles, l.t leurs perl'ections font lustre à sa beauté.
Tout ainsi l'on vous voit à la cour apparoistre. Et parmy les beautez vostre beauté s'accroistre, l'.t rien qu'on puisse voir ne vous peut égaler; Vos propos gracieux doutent le plus sauvage, F.t voslre jioil doré, c'est le plaisant feuillage Où les petits amours apprennent à voler.
Les hauts monts de Savoye, où vous printes naissance, De vos fieres beautez donnent bien connuissance; Ils sont tousjours remplis de neige et de froideur. Devant vostre ))lancheur toute neige s'efface; Mais, helas! vostre cœur est tout serré de glace, r.t si de vostre froid vous causez une ardeur.
Quand .j'admire estonné tant de grâces parfailis, Dont vous rende* si bien nos franchises sujettes, .l'estime Amour heureux d'avoir les yeux bandez. Car, s'il avoit la veuë, il ne se pourroit faire Que de tant de beautez, libre, il se peust distraire. Et se prendroit luy-mesme aux laqs que vous tendez.
Mais je m'amuse trop; car, voulant entiepiendre De pouvoir par mes vers vos vertus faire entendic J'entreprends de conter les estoiles des cieux, Les feuilles que l'hyver fait tomber du boccage. Et les Ilots de la mer au tans d'un grand orage, r.t d'Amour les dédains et les jeux gracieux.
l'LAI.NTE
POin UNI-. riAME
Ma foy mal reconnue, Amour et la fortune Font que le ciel cruel de regrets j'importune;
DIVERSES AMOLRS. 415
>!a foy me rriil trop ferme aux assauts du iiialheiir,
F.t ne me veut suull'rir d'alléger ma douleui-,
r.ncor que justement je le peusse bien faire.
Puis qu'à mon plus grand heur elle est toute contraire.
Amour, d'autre costé, sans égard à ma foy. Foule aux pieds ma franchise et triomphe de moy. Laissant vive en mon aine une immortelle braise; Et ma foy toutesfois ne \out que je l'appaise, Mais plutost i|ue je meure, et qu'en cette verdeui' Mon cœur serve d'hostie à l'amoureuse ardeur.
Et la fortune encor, sans raison mutinée, Rends, las ! plus que ces deux ma vie infortunée; Car c'est par sa rigueur que je me vois priver Des ileurs de mon printans par un fâcheux hyyer. I.as ! c'est par sa rigueur que je languy captivft: Lt me voy jeune et belle enterrer toute vive.
0 (deux fiers et cruels ! ay-je donc mérité, Durant mes plus beaux jours, telle captivité? Que n'avez-vous pluslost, si j'avoy fait offence. Mis en poudre mon cœur pour plus douce vengeance' Ilelas! que j'eusse eu d'heur, si le cruel llambeau Qui brùloit à ma nopce eust orné mon tombeau, • Finissant tant de morts, dont il faut que je meure! Toutesfois en souffrant cet espoir me demeure Que la mort, que j'atteris, m'ouvrira quelque jour Les prisons de la Foy, de Fortune et d'Amour.