‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 133 sur 150 · SUR LE M ES ME SUJET · texte numérisé non relu

SUR LE M ES ME SUJET

Portez cette mort elfroyahle.

Afin d'estrc moins pitoyable.

Et rendre vos yeux bien aimez A meurtrir plus accoustnmez.

SUR LES VERS DE (', ALLIAiNTIlE

Mirtis, Corinne et la muse de Grèce, Sappbon qu'Amour fisl si haut soupirer, Tous leurs escrits n'oseroient comparer A ces beaux vers qu'a chantez ma maisiresse.

Qui veut sçavoir de quels traits Amom- blesse, Sans voir vos yeux trop pronls à martyrer,

DIVERSES AMOURS. i29

Lise ces vers qu'habile il sçeut tirer De vostre esprit, digne d'une déesse.

Pensers, désirs, soupirs, feux et glaçons. Sont les sujets de ces belles chansons. Où seule à part vous retenez vostre ame.

Cœur n'est si froid qui n'en fust allumé; Cachez-les donc, ô mon mal bien-:aimé ! Car sans les voir je n'ay que trop de flame.

POIT. l.NE FAVEUR SEMÉE DE DIVERSES RUWCllES

DÛXNÉE A MO.NSIE'iP, LE DIT d'aNJOL'

Le ciel, qui mieux que moy vous peut favoi-iser, Soit à vostre grandeur pour jamais favorable, Couronnant vos vertus d un renom si durable, Que la foice du tans ne le puisse briser.

Desjà vos faits guerriers partout vous font priser, Plantant sur vostre front maint trophée honoralde. Puis ceste grand' douceur et ce cœur immuable Malgré les ans vainqueurs vous peut éterniser.

11 resloit que l'Amour vous mist sous son empire, Comme il fait tous les dieux, afin qu'on vous peiist d ii Pacifique, immuable, amoureux et guerrier.

.Et qu'une, qui vous est saintement asservie, Vous otfrist à bon droit, en vous offrant sa vie, L'ollivier, le palmier, le meurte et le laurier.

A MADEMOISELLE DE SURGERES

IIEIE.NE PE FONSEnCES

Comme on voit au prinlans le bouton rougissant, Amoureux du soleil, languir en son absance, Puis en le revoyant changer de contenance, D'odeurs et de beautez le ciel resjouyssant.

Tout ainsi mon esprit tristement languissant. Durant l'obscure nuict des misères de France, Voyant de vos beautez l'agreable presance, S'égaye et veut encor se monstrer florissant.

Or si la saincte ardeur qui vient de vous l'enflame. Je vous nomme à bon droit le soleil de mon ame, M'efforçant de monstrer sa divine clarté;

Que, si selon mon cœur j'y pouvoy satisfaire, Le vice deviendroy de soy-mesme adversaire. Voyant de vos vertus l'admirable beauté.

•150 m vKi;si:s a m d in; s.

A M ADKMOIsr.LLE DE DIUSSAC je.wm; m: i;oj>i';

(!ommc f(nancl il ailvirnt qno riminaino ]ionS('o, Cmiipaync il'un désir vaiiiiMiii'iil curieux, Eull'Oiireiiil (io voler jusqu'au plus liaul ilos cioux Pour voir des deïtoz la grand' troupo amassée.

Alors qu'elle présume esire liien avancée, r.'est lors qu'elle connoist son vol audacieux ; V.nr tousjours le elicinin s'esloiyue de ses yeux, Et ne voit point île lin à l'œuvre commencée.

Tout ainsi qui voudra, plein de temerilé. S'essayer de trouver fin à l'infinité lies grâces, qui vous font divinement reluir(>,

l!n pensant .'-'avaneer ses labeurs aceroislninl , Car d'un sujet finy cent mille autres naistront, El faudra qu'à la lin tout court il s'en retire.

A M\DE\I(tISELI.K DE lA CIIASTAUi.MUiAYE iiF.i.ii;rir. im-: vivoxne

O l)eau\ cheveux cliatains d'une qui ce nom poile, Ondez, crespes et longs, où les Jeux inconslans Et les petits Amours, comme oiseaux voletans. S'emprisonnent l'un l'autre en mainte et mainte soile,

0 bel œil, qui d'Amour rend la rnnjesté forte, CAair, brun, fier et piteux, seul soleil de ce tans. Le bois sec reverdit au retour du printans. Et le tien fait fleurir mon espérance morte !

Il faudroit estre roche, acier ou diamant, Pour ne devenir flamme et mourir doueemanl Auprès d'une beauté de beautez si pourveuë.

0 célestes rayons, qui me donnez la loy, Je vûudrois estre Argus alois que je vous voy Et, ne vous voyant point, estre privé de venc ' !

' Pniir le- Iniis derniiTes personnes, vomv. rinlrniiiiiMiun (il.n hh (lu volume.

cllA.^so.^

0 Ijien-hcurt'iix qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie, Panny les champs, les forests et les bois, Loin du tumulte et du bruit populaire, Kt qui ne vend sa liberté poui' plaire Aux passions des princes et des rois !

Il n'a soucy d'une chose incertaine, 11 ne se paisl d'une espérance vaine, INulle faveur ne le va décevant, De cent fureurs il n'a l'ame embrasée, Et ne maudit sa jeunesse abusée, •Juand il ne trouve à la tin que du vaut.

Il ne fremist, quand la mer courroucée Enfle ses Ilots, contrairement poussée Des vens esmeus,soufllans horriblement; rt quand la nuict à son aise il sommeille, Une trompette en sursaut ne l'éveille.

Pour l'envoyer du lict au monument.

L'ambition son courage n'attise; D'un fard trompeur son ame il ne déguise, 11 ne se plaist à violer sa foy; Des grands seigneurs l'oreille il n'importune. Mais en vivant contant de sa fortune, 11 est sa cour, sa faveur et son roy.

Je vous rens grâce, ô deïtez sacrées Des monts, des eaux, des forests et des prées,

432 HKliGHllIliS.

Qui me privez do piMisers soucieux, VA (|ui rendez ma volonté coiUenle, Ciiassant bien loin ma miseral>le iilloiilc El les désirs des ciinirs ambitieux !

Dedans mes eliamiis ma pensée rsl eneUue; Si mon corps dori, mon os|)rit se repose, Un soin cruel ne le va dévorant.

An pins matin la fiaisclienr me soulafje; S'il t'ait trop eliaud, je me mets à l'ombrage, Et, s'il fait froid, je m'échanfTe en courant.

Si je ne loge en ces maisons dorées, Au front superbe, aux voûtes peinturées D'azur, d'esmail et de mille couleurs.

Mou œil se paist des thresors de la plaine, Riche d'oeillets, de lis, de marjolaine, Et du beau teint des printaniercs llenrs.

Dans les palais enllez de vaine pompe, L'ambition, la faveur qui nous trompe, Et les soucys logent communément; Dedans nos champs se retirent les fées, Roines des bois à tresses décoiffées.

Les jeux, l'amour et le contentement.

.\insi vivant, rien n'est qui ne m'agrée : J'oy des oiseaux la musique sacrée.

Quand au matin ils bénissent les cieux, El le doux son des bruyantes fontaines, Qui vont coulant de ces roches hautaines, Pour arrouser nos prez délicieux.

Que de plaisir de voir deux colombelles, Rec contre bec, en trémoussant des ailes. Mille baisers se donner tour à tour, Puis, tout ravy de leur grâce naive, Dormir au frais d'une source d'eau vive, Dont le doux bruit semble parler d'amour !

Que de plaisir de voir sous la nuicl brune, Quand le soleil a fait place à la lune. Au fond des bois les nymphes s'assembler, Monstrer au vent leur gorge découverte.

Danser, sauter, se donner cotte-verte, Et sous leurs pas tout l'herbage trembler!

Le bal finy, je dresse en haut la veuë. Pour voir le teint de la lune cornue, Claire, argentée, cl me mets à penser Au soit heureux du pasteur de Lalmie; Lors je souhaite une aussi belle amie, Mais je voudrois en veillant l'embrasser.

BERGERIES. iôS

Ainbi la nuict je contenle mon ame, Puis, quand- Phebus de ses rays nous unllauie, J'essaye encor mille autres jeux nouveaux,- Diversement mes plaisirs j'entrelasse, Ores je pesche, or' je vay à la chasse,. Et or' je dresse embuscade aux oyseaux.

Je fay l'amour, mais c'est de telle sorte Que seulement du plaisir j'en rapporte, N'engageant point ma chère liberté; Et quelques laqs que ce dieu puisse l'aire . Pour m'attraper, quand je m'en veux distraire, J'ay le pouvoir comme la volonté.

Douces brebis, mes lidelles compagnes, Hayes, buissons, foresls, prez et montagnes, Soyez témoins de mon contentement!

Et vous, ô dieux! faites, je vous supplie. Que cependant que durera ma vie, Je ne connoisse un autre changement.

Recherche qui voudra les apparens honneurs, Les pompes, les thresors, les faveurs variables. Les lieux hauts élevez, les palais remarquables, lietraites dç i)ensers, d'ennuis et de douleurs;

J'aime mieux voir un pré bien tapissé de Heurs, .Arrousé de ruisseaux au vif argent semblables. Et tout encourtiné de buissons délectables. Pour l'ombre et pour la soif durant les grand's chaleurs.

Là, franc d'ambition, je voy couler ma vie Sans envier aucun, sans qu'on me porte envie, Roy de tous mes désirs, contant de mon parti.

Je ne m'appaste point d'une vaine esiierance, Fortune ne peut rien contre mon asseurance, Et mon repos d'esprit n'est jamais diverli.

Quel destin lavorable, ennuyé de mes paines, Rompra les forts liens dont mon col est pressé'.' Par quel vent reviendray-je au port que j'ay laissé. Suivant trop follement des espérances vaines?

Verray-je plus le tans qu'au doux bruit des fontaines, Dans un bocage espais mollement tapissé, Nous récitions nos vers, moi, d'.\mour ofl'encé, Toi, bruyant de nos rois les victoires hautaines'/

154 iiiiiii. I. liiKs.

Si j'cscliappi" d'ity, Douai ', jo le promets Ou'Apolloii el Cypris je suivray (IcsoriniUN, Sans qui' l'aiiiliilioii mon repos imporlune;

1,1'S veilleuses l'avems ne pouironl me leiitei , i.l il(! peu je seauray mes ilesiis coiiteiiter, l'ieiiaiil coiiyé île vous, espeiance el lorliine !

IMMC IDMAIMi

(Vile rmitaine esl Iroiile, el son eau iloux-coulaiile, A lu couleur iraiiienl, semlile pailcr irAiiioui'; Un liei'bage mollet revenlil loul aulour, tl les aunes font ombre à la elialeiir liriilaiili'.

l,e fueillafje oheyt à Zéphyr qui l'évanle, Soupirant, amnui-eux, en ce ]ilai.sant séjour: l.e soleil elalr île llame esl, au inilien du jour, El la terre se fenil de l'ardeur violante.

l'assaut, par le travail du long chemin lassé, lUiiléde la chaleur et de la soif pressé, Arresle en cette place où ton boii-heur le luainc':

l.'agreahle repos ton corps délassera, 1, 'ombrage et le veiil frais Ion ardeur chassera, l'I la soif se iierdra dans l'eau de la fontaine.

^1 i; i,A UKW.l'.Mli: lii: la \n i;i i.i.i. ai -

ijuand je ly, lout ravy, ci; discours qui soupire Les ardeurs des bergers, je t'appelle menteur, (Pardonne-moy) 1!eli.eau, de t'en dire l'authenr; l'.ar un homme mortel ne scauroil si bien dire.

\mour, qui tient les dieux au joug de son empire, A derechef contraint l'hebiis d'estie pasteur, ijui, poui' charmer sa iieiuc et l'œil son enchanteur, Doit avoir fait ces vers, témoins de son martiir.

0 Phebiis! o grand dieu des iioétes invoqué I l'army nos chanqis fiançois si lu as remaïqué Huelqueherhe, ouquelqnelleni,qui lesctuurspeulconti ;iiiidi i

Change cil d'Ilippolyle el lerend enllainmé! Ou bien, s'il faut que j'aime et ne sois point aimé, Fay qu'eu si beau.x regrels mon mal je puisse plaindre.

I Voyez la note de la jiage 2.

- Voyez la noie de la page 21.

PERGERIES. 453

I) 1 S C 0 U li S

(Jiu; l'ailes-voiis, iiiiynons, mon désiré souci, Le soucy d'Apollon et des Muses aussi, Amis que j'aime mieux qu'mie jeune pucello N'aime les belles fleurs de la saison nuuvellc, Ores que faites-vous à la suite du royV Est-il possible au moiris qu'ayez soucy de uioy. Ile moy qui, chacun jour, au ciel rien ne dcniaudi! Hue l'heur de tost revoir une si chère bande? l'.t bien qu'absent de vous mille contentemens • niassent de mon esprit tous fascheux pensemen^. Je ne puis toutesfois, quelque esbat qui me tiemie, l'aire tant que tousjours de vous ne me souvieiuic; .)e ne rêve autre chose, et l'obstiné désir Que j'ay de vous revoir amoindrit le plaisir Dont je llatte ma vie, or' que la chieune ardaule De chaleur et de soif à l'égal nous lourmante, Et qu'au clair de la nuict les satyres cornus, Les silvains chèvre-pieds et les faunes tous nu> Virevolent en lond et font mille gambades, Pour eschauller les cœurs des fuitives nayades Et des nimphes des bois; et or' que sans cesser Le forgeron des dieux, haslif, fait avancer. Haletant et suant et tout couvert de poudre. Le tonnerre grondant, les esclairs et la foudre.

Dés la pointe du jour, que l'aube qui reluit A fait esvanouyr les frayeurs de la nuit. Je choisi quelque mont dont lu cime est haulanie, Et, m'y traçant chemin, tout pensif je rameine Et tourne en mon esprit mille et mille discours Des succez incertains de vos vaines amours, .le crains la cruauté de vos lieres maistresses, J'ay pai t à vos soupirs, je gouste vos tristesses, Et tout ce qui vous vient d'amertume et de doux, Fidelle compagnon, je porte comme vous.

Puis je beny le ciel, qui contant me fait vivre, Je rens giace au démon qui m'a gardé de suivre Les faux pas d'un aveugle, et qui fait reboucher ï^es traits, lors qu'il les veut contre moy décochei'.

Un autre jour plus gay je m'en vay à la chasse, Je cherche un lièvre au giste ou le suis à la trace, Ou avecques les chiens, qui de leurs longs aboi.'î Font éclater les monts, les rochers et les bols» Or' avec un autoiu' je fais tomber de crainte

l.iO i; I. r. <. Kiii i:s.

l.'iimoieulc perdrix, or' sous une voix faillie .le prcns la simple caille ciitr'iniilant son cliaiil. tJurl<piefois ji> reloiirne avec le cliicn couclianl l.uy dresser nuire einlinsclie, el le soir je devise, Ou:iud elle esl dans le plal, eoinme je l'ay surprise.

l'uis, las de ce ineslier, j'en choisis un nouveau, l'.l, yarny de lilés, je vay chasser sur l'eau .\ la Iruite cl. à l'uinhre, on si hien je m'cspieuve (Ju'un saumon quclipielbis dans mes filés se Ireuve. Or' avec(|ues la liyne et le Iraistre hameçon. Or' avectiues le feu je l'ay finerre au poisson; .l'on salle niic partie, el l'aulre frais je mange, V.I mille fois le jour de passelaiis je change.

Je l'ay faucher le foin, dont les diverses lleiirs Gisent également veufves de leurs honneurs. Ores demy lassé je me couche sur l'herbe, Ores plus mesnager j'aide à serrer la gerbe, A faire des plongeons el les bien entasser. De crainte que le vent les fasse renverser.

Si c'est un jour de feste ou de quebiue reinage, Ou qu'on chomme le jour d'un patron de village. Je m'en vay à la dance, où courent à monceaux De tous les lieux prochains les jeunes pastoureaux; Mon Dieul que de plaisir de voir nos monlagneres lîlanches cuiinne le laict, dispostement légères, r.oiidir en petits sauts, reculer, avancer. Et de mille façons leurs l>ranles compasserl

l,;'i le i)lus amoureux à qui mieux mieux s'efforce, Car Amour tout par tout tait connoislre sa force, El travaille aussi bien à ranger sous ses loix Les plus simples bergers, comme les plus grands rois Adon en sert de preuve, el le pasteur d'Arnphrysc, Kl l'amy de la Lune, el le vieillard Anchise, El le sac d'Uion, pastoureaux amoureux, Oui furent en aimant mille fois plus heureux, Jouissant à souhait des plus grandes déesses, ijue mille et mille rois chargez de leurs richesses. Cir l'Amour au village est simple et peu rusé; Il s'est tant seulement pour la cour déguisé, Et pour les grands seigneurs, dames et damoiselles; Mais il retient aux champs ses façons nalurelles. Il y demeure enfant plein de simplicité, Il va nud pour monslrer qu'il n'est point acqueslé l'ar argent ny |)resens, el, sans user de feinte, Il guarisl aussi losl comme il donne l'alleinle, i;t non comme en ces lieux, où les don.? ont pouvoir

BERCKRIES.

Par dessus la heauté, la giace tt le sçavoir.

Mais moy, qui n'ay senty la cuisante pointure De l'archer Paphien, j'aime mieux la verdui'e, L'ombrage et la fraisclieur des foresls et des l>ois, Que les saults et les jeux ûe tons ces villageois. Aussi, le plus souvent, tout seul je me retire Au milieu d'un taillis, où je me mets à lire; Mais je n'ay commencé, qu'un sommeil gracieux Me clost, sans y penser, la paupière et les yeux.

0 cliamps plaisans et doux! ô vie heureuse et sai.nio 1 Où, francs de tout soucy, nous n'avons point de crainic D'estre accablez en bas, quand, plus ambitieux F.t d'honneurs et de biens, nous voisinons les cieux! Où nous vivons contens, sans que la chaude rage D'avancer en crédit nous brûle le courage; Où nous ne craignons point l'etfort des rnedisans, Où nous n'endurons point tant de propos cuisans. Où nous n'avons soucy de tant nous contrefaire Et ployer le genouil, mesme à nostre adversaire; Où tant de vains pensers, d'erreurs, d'afflictions, Ue veilles, de travaux, d'ennuys, d'ambitions, De gesnes, de regrets, de désirs, de misères. De peurs, de desespoirs, de fureurs, de colères. De remords inhumains et de soucis mordans. Comme loups affamez, ne nous rongent dedans. Nous jaunissans la face, et la despile envie D'une seule douleur ne trouble notre vie.

0 gens bien fortunez, qui les champs hal)ilez, Sans envier l'orgueil des pompeuses citez ! Que je plains Nicolas, Bonnet et la Fallaise, Qui, contens comme moy, ne jouysseiit de l'aise Que je reçois icy, délivré de l'Amour Et du soin importun qui les suit à la cour.

Voilà, mignons des dieux, les plaisirs qui mesnivru! Compagnon des Sylvainsqni par les foresls vivent : Voilà ce que je fais, or' que l'esté Ijrùlant Tousjours en s'avançant se fait plus violant, Et que Phebus, laissant le lion eflioyable. Visitera bien tost la vierge pitoyable.

Mais tant d'heureux plaisirs qu'icy je puis avoir, Sans regret j'abandonne, afhi de vous revoit , Et la beauté des champs, et l'abry des bocages, Et la couleur des prez, et le frais des rivages: Car je vous aime plus cent mille et mille fois Que les cl^mps, que les prez, les rives et les bois.

4vW i:i i;i; l'it I Ks

m \ i.ni.

— IJeii-tM', as-lu quelque lunyueur?

Je le voy Ibrl mauvais visage.

— C'est iiu mal qui nie tient au eceur ; Ne t'en rnquiers point (iavanla!,'e.

— Que n'y ciscicln'S-tu du secours, Avant que plus il s'cniaciiie/

— Las! à qui puis-je avoir recours, Puisque la cause en estilivine.

— Il faut l'ouvrir plus clairemcul, Si lu veux avoir allégeance.

— - Mon mal est sans allégement, Sans remède cl sans espérance.

— Découvrant l'ennuy <|ui te i)oiMl, Sa fureur seroil moius cruelle.

— C'est pourquoy je n'en parle poiul, Car je ((niseiis ipTelle soil lelle.

— Tes soupirs nu' trouqienl bien l'orl, Ou je seay quel est Ion inartire.

— Si lu le sçais, as-lu j)as loil De me contraindre à U'. le dire.'

— Tu ne peux enipesclier de voir, Ces jaloux «nt trop lionne vue.

— Ma mort se pourra bien savoir, Mais non la cause qui me tiu';.

— (jiii lii))) sage laisl sa douleur, En fin à liante voix la cii(^

— Las! je crains fuit tpi'.i mon uinllienr Di' nioy ce jiroverlie se die.

M ET A MO liP 11 OSE S

Mon pront et ]^o^^ sage penser, Qui i)evit liaut et lias s'élancer.

Et se feint cent formes nouvelles, l'n joui', fantastique et léger.

En rose voulut me changer, Pioyne des lleuietles plus lielles;

Croyant (pie la jeune heanic, Oui rend mes jours sans liheité, l'oiinoit sur moy jetter la veiië, Et de ses doigis victorieux Me poser au sein glorieux, ,

Le séjour du dieu qui me lue

BKRCKniKS.

Espoir trompeur, lu m'as deceu !

Si grantl prix je n'ay point receii ; Car sa riyueur, qui me fait guei re, :Ne m'a d'un regani consolé, Mais d'un pied cruel m'a foulé, Comme un ver rampant sur la terre.

Depuis, quand la vive clarté Du ciel, aux jilus grands jours d'eslé, De chaud et de soif nous marlyre, La voyant languir foiblement, Il me change aussi proutenient Aux moites soupirs de Zephyre.

L'éventant d'un air adouci, J'esperoy de pouvoir aussi Tempérer mes liâmes cruelles, liaiser ses yeux, mes ennemis.

Et du sein, quî ne m'est permis, Refraichir les pommes jumelles.

Mais tousjours contraire à mes vœux, Dès que ses jilus tendres cheveux S'émeurent sous ma douce haleine.

Et que ma IVaisclieur la toucha.

Toute en ses habits se cacha.

Trompant mon attente et ma peine.

En rosée il me change après, En ombre et en brouillas espès, Que Phelnis des vapeurs esleve :

Ombre pour la suivre en tous lieux, Diouillas pour couvrir ses beaux yeux.

Humeur pour arroser sa grève.

Mais cet art peu me secourut, r,ar, dès que le l'eu in'appai'ut, Dont mon ame est toute embrasée.

L'ombre à sa clarté se perdit.

Le brouillas pronte elle lendit, Et sécha l'humide rosée.

Lycaste et l'hilemon ((u'un seul Irait a lilessez. Et qui n'ont leurs pareils en amour pure et sainte, 0 céleste Venus! te consacrent en crainte, .\vec des myrthes verts, ces lys entrelace/.

Favorise leurs vœux, à toy seul adressez, Fay que leur claire ardeur ne soit jamais esteinle Et q\ie leur pure foy chasse au hihi lontc feinle,

410 RKnr, EttiEs.

Hrndant par sa hlancliciir les beaux lys effacez.

Ainsi (|u'iiii spul lilet ces llpurctles asscnihlc, Ou'iin spui iiœu ])Our tousjouis lace.lpurscœuiseiispinlilp, r.l (|ii'aiu'uii acciiipiit iip lp imis.-.t' IraiiciuT.

l'ay (|i\'iin iiipsiiip vouloir rcgiip pu Icui- l'aiitaisip, (Jii'ils u'espieuveul Jamais (luc c'est que jalousip, El l'envieuse dent ne les puisse loucher.

DIALOO L r,

— lîprgpi", qupUp ailvautiu'p pstran^P D'ennuis fraischenipnl t'a |)i ivé?

— Amour est cause pn moy d'un change, Dont tant de bien m'est arrivé.

— Ouel succez assez favorable Pouvoit l'exempter de souey'.'

— Aimer d'amour l'ei-me et durable En lieu qu'on m'aimast tout ainsi.

— La gloire, où ton esprit se fonde.

Est-elle po\ir long-tans durer?

— Si rien de ferme est en ce monde, Je m'en dois tousjours asseurer.

— Si la maisiresse estoil volage, Ton mal seroit-il véhément?

— Las I changez ce triste lang-age, Je meurs en l'oyant seulement.

— Qui seait si quelque autre plus belle Ponrroil ton cœur faire changer?

— Je n'ay point de cœur que pour elle, Et d'antre je ne puis jugpr.

— Feins un peu que dedans ton amc Se loge une autre alfeclion.

— Pour Dieu qu'en vous servant, madame. Je n'use point de fiction.

— Dy vray, l'amour qui le surmonte Est-il si plein de fermeté?

— Qui vous en deut mieux rendre conte Que vostre admirable beauté?

— Quelquefois j'en prends asseurance, D'autres fois j'en doute bien fort.

— L'heur favorable à ma constance En ce seul point me fait grand tort.

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