BAISER
Fay que je vive, ô ma seule déesse !
Fay que je vive et change ma tristesse
En plaisir gracieux; Ciiange ma mort en immortelle vie, Et fay, mon cœur, que mon ame ravie
S'envole entre les dieux.
Fay que je vive et l'ay qu'à la mesme lieuro. Baissant les yeux, entre tes bras je meure.
Languissant doucement :
Puis qu'aussi-tost doucement je revive.
Pour amoitir la flamme ardanle et vive
Qui me va consumant.
Fay que mon ame à la tienne s'assemble. Range nos cœurs et nos esprits ensemble
Sous une mesme loy ; iju'.i mon désir ton désir se rapporte; Vy dedans moy, comme en la mesme sorte
Je vivray dedans toy.
Ne me défends ny le sein ny la bouche; Permets, mon cœur, qu'à mon gré je les touche
Et baise incessamment.
Et ces beaux yeux où l'amour se retire ; Car tu n'as rien qui tien se puisse dire,
JNi moy pareillement :
Mes yeux sont tiens, des tiens je suis le inaistrp; Mon cœur est tien, le tien à moy doit estre.
Amour l'entend ainsi ; Tu es mon feu, je dois estre ta flamme. Et dois encor, puisque je suis ton ame,
Estre la mienne aussi.
Embrasse-inoy d'une longue embrassée.
Ma bouche soit de la tienne pressée,
Surans également De nos amours les faveurs plus mignardes. Et qu'en ces jeux nos langues frétillardes
S'astreignent mollement.
Au paradis de tes lèvres décloses, .le vay cueillant de mille et mille rosiv
Le miel délicieux ; Mon cœur s'y paist, sans qu'il se rassasie De la douceur d'une sainte ambrosie
Passant celle des cieux.
Je n'en puis plus, mon ame à demy folle En te baisant, par ma bouche s'envolle.
Dedans toy s'assemblant; Mon cœur halette à petites secousses; Bref, je me fous en ces liesses douces,
Soupirant et tremblant.
412 iiFnr. r.iiiK?.
Oiianil ji' II' liaisc, un yriiiii'ux Zciiliiic, In pi'lil vcnl iiioilp pt flonx i|ui sdiipirr.
Va mon ca'ur (''Vpnlîint; Mais laul s'pii laul t|u'il cslci^iic hm ll.iiiic. i)\U' In chaloiir (|iii (Ipvorp inmi .nnc
S'pii au^siiipiitp il'niilant.
(le IIP sniit pdiiil ilps liaisiTs, ma ii[i;;iiciiiim' Ce lu; sont poiiil iIps liaispis que In ilnnnr :
(> sont cip ilnnx a|)|ias Fails dp iiptiar, dp sucrp pl dp «anellp, Afin dp rpndro inip ainnnr mulucllp
Vive ajirps |p lippas.
(!p sont niiiissiins dp l'Ai-aliic llpini'nsc, C.p sonl jiarl'nnis ijni Ibnl l'anic annmi'cnsi'
S'psjoiiyr PII son fpu ; C'pst un doux air einbansmé dp IIpui'pIIps, On ponniip, oispaux volpnt Ips aiiioiirpllps,
l,ps plaisirs et 1p jeu.
l'anny Ips lleurs de ta honelip vpiiiipilii>, \irionr oiseau voile comnnc une abeilliv
Ainonr plein de rigueur, <Jui PSi jaloux des douceurs de la liomlic; Car, aussi losl qu'A tes lèvres ji^ loncli/ ,
Il me pique le rnpnr.
\li! mou Dieu, je me meurs ! il ne lant plus aUeniJK [te remède à ma inoil, si tout suuilainement, l'Iiylis, je ne te vole un baiser seulement. In baiser (pii pourra de la mort me défendre.
fiertés, je n'en puis plus, mon cœur; je le vay prend i c .\ou t'eray, car je crains toi> courroux véhément. Ouoy.' me faudra-t-il donc mourir cruellement, l'rés de ma guarisoii (pi'iin bai>er me ppnt rendre .'
Mais, las! jecrains mon mal eu punrciiassant mon bien Le d«y-je prendre ou non'.' Pour vray, je n'en sçay i ien Mille débats confus agitent ma pensée.
Si je relarde plus, j'avance mon trespas : Je le preiidray! mais non, je ne le prendray pas, Car j'aime mieux mourir que vous voir courroucée.
STANCES
S'il est vray, comme on dit, (jue les plus belles aine: McMxent les plus beaux corps et leur donnent )iou\uii ,
BERGKRIES. iio
Quelle ame est assez belle afin de vous mouvoir, Astres clairs, qui versez tant fie célestes flammes'
Il pleut de vos regars une douceur extrême, CoHihlant les chastes cœurs d'aise et d'enibrasemcnl, i.iui fait croire qu'Araour, quittant le firmament Pour vous donner esprit, s'est lail c^sprit luy-mi'me.
Beaux yeux, mes chers soleils, las! par quelle avenlnn' Faut-il que si souvent vos rais me soient celez'.' Ceux du commun soleil ne sont tant reculez, Et la nuict pour chacun si longuement ne dure.
Je suis vostre Phénix, ô lumière immortelle! En cendre à vos rayons je me vay réduisant. Ainsi parloit Philon, baisant et rehaisant, Devôt, les yeux divins de Licaste la belle.