QUELQUES EPIGRAMMES
Je voulu baiser ma rebelle. Riant, elle m'a refusé; Puis soudain, sans penser à elle.
Toute en pleurs elle m'a baisé :
De son dueil vint ma jouyssance.
Son ris me rendit malheureux ; Voilà que c'est, un amoureux A du bien quand moins il y pense.
Si dessus vos lèvres de roses Je voy mes liesses decloses, Mon esprit, ma vie et mon bien.
Vous ne pouvez me les delfendre :
Il faut que chacun ait le sien ; Par fout le mien je puis reprendre.
Blanche aux yeux verds, femme du vieux- Tilyre, Autant de fois que sa vache elle tire. Dit bassement d'un courage marry :
" Je ne voy point que ma tâche finisse, Car toute nuict je fay mesme exercice, Tirant le bout qui pend à mon mary. »
Tant de rapports fascheux indignes de notre ire, .Ne sortent que d'esprits jaloux ou malcontans,
IJl nF.RGERIES.
Je suis d'advis do faiiv ot de les laisser dire, Ils on auront la painc et nous le passelans.
J'airnois un pou Pliillis, mais lorsqu'elle m'aima Dans mon san;; (''ohan(Ti'' du soulplire elle som;i : Mes yeux auparavant la jufjeoient assez belle, Et depuis je la trouve une Venus nouvelle. Phyllis, continue/,, aimez lousjouis ainsi, Mes Ceux et vus beautez continueront aussi; Mais, en ne poursuivant les amours commencées, Vous rendez vos beautez et mes llammes passées.
Hier, Parthenie, entre cent damoiselles Sans y panser hautement soupira :
llelas I Amour, que n'avois-.je des ailes, Pour découvrir où ce soupir lira?
Je t'apporte, ô sommeil ! du vin de quatre années, Du laict, des pavois noirs aux testes couronnées, Vueilles tes ailerons en ce lieu desployer, Tant qu'.\lison, la vieille accroupie au foyer. Oui, d'un pouice retors et d'une dent mouillée, Sa quenouille chargée a quasi despouillée, Laisse choir le fuseau, cesse de babiller, Kt de toute la nuict ne se puisse éveiller; Afin qu'à mon plaisir j'embrasse ma rebelle. L'amoureuse Ysabeau, qui soupire auprès d'elle.
Quand )iar les rochers montagneux Pasiphœ, de fureur contrainte, Suivoit son amant dédaigneux.
On dit qu'elle fit cette plainte :
" 0 Venus, fdie de la mer!
(jui causes ma flamme enragée, Puis qu'un bœuf lu me fais aiiner, Qu'en vache ne m'as-tu changée'»-
STANCES
Jupiter, s'il est vray que tu fusse amoureux, Quand ton poil de toreau deceut une pucellc. Que tu pouvois te dire à bon droit bien-heuroux. Portant dessus le dos une charge si belle!
Dans l'eau que tu fendois d un pied souple et léger. L'heur si prest d'arriver t'enflammoit la pensée; .Et l'Amour te faisoit oublier de nager l'our voir ce que monstroit sa cotte retroussée.
Mais quel heur de ce dieu me pourroil égalei-, Si las! en quelque forme ou vraye ou contrefaite, Par la faveur d'Amour je vous pouvois voler. Vous qui trop plus qu'Lurope estes belle et i)arfaite?
Ah! non, je ne voudroy vers vous me déguiser. Et rendre en vous trompant ma grand' llame amorlie! Or ne vous faschez donc si j'ose vous baiser, Et si, troublé d'Amour, je pers la modestie*.
ODE
Quand tu ne sentirois aucun feu d'amitié, Quand tu ne connoistrois ny devoir ny pitié. Quand tu serois conceuë aux flancs d'une lyonne, Quand tu aurois le cœur d'une froide colonne. Tu ne pourrois souffrir de me voir en ce point
Transir de grand' froidure; Car, l'ayant veu venir, je n'ay pris qu'un pourpoint Pour toute couverture.
N'ois-tu les aquilons souldans horriblement, Qui font par leur effort mouvoir ce tremblement? .N'entens-tu point Caurus qui donne à la traverse. Et sens dessus dessous toute chose renverse? Les forests en font bruit, où superbe il combat
Contre les souches fortes.
N'ois-tu pas bien aussi le terrible dehat Des fenestres et portes?
La neige couvre tout, tout est pavé de blanc; L'excessive froideur m'a tout gelé le sang. Je ne puis plus parler tant la glace me serre;
' Ces stances sont imitées ou traduites d'un morcp.iu de Copela, qui débute par ce vers :
Chinmar beato è dio ben si polea, ftc.
i40 iiK i;r. Knir S.
Mos nerfs sont Ions rclrails, mrs (ipiils st> fonl l;i ^juonc ll'mi choi' conlimiol, ot loiito ma clialoiir
Au ('(Pur est ilcvaliV, Kt comiiimicc (losjà, comme ;nissi l'ait mon rnnnr,
A se l'aire gelée, llelas! aveugle Amour, (n'i esl. Ion granil |iou\nir'' (lu est ce t'en divin qui [mmU tout esmonvoir, (jui fies plus puissans diiMix l'ait liouillir la poilijne. Oui lu'ùln les enl'ers, la terre et la manne'/ J'estimoy (|ue Ion l'en fcroil à ma l'ioidenr
Altandonner la place ; Mais ce Iroid au contraire a changé ton ardeur
r.t tons tes traits en glace.
IMITATION IVllOliACi;
AiniVKRK, I.YCi;, 1)11 >1K A VOIX
F.n lin mes vœux sont exaucez, Lyce; tes beaux jours sont passez, Tu deviens laide et contrefaite.
Le temps ton visage a changé, Kt, ce qui me rend mieux vangé.
Tu fais la jeune et la doucette.
Avec des appas dégouslans Et quelques vieux mots du bon fans.
Tirez d'une bouche blesmie, Tu pense éveiller n(fs espris; Mais la dédaigneuse Cypris l'res de toy languist endormie.
Amour, du printans compagnon.
Est un enfant : c'est un mignon (jui seplaist au frais des herbages; l'army les Heurs il tend ses rets, F.t, fuyant les vieilles forests.
Fait son nid aux jeunes bocages.
Maintenant ce dieu glorieux Courtise Amaranthe aux beaux yeux, Des Grâces l'ayinable compagne; Tes carquans ne l'émeuvent point, Ky ton contrefait enhonpoint, Ny ton rouge et ton blanc d'Espagne.
Lyce, ne pers plus désormais I e temps et le fard que tu mets A couvrir ta face ridée, Ton poil n'en sera moins yrison ;
r:r;Rf.F.KiEs. 447
Pour revoir la jeune saison 11 faudroit les arts de Medée.
Las! hclas! que sont devenus Tant d'Amours et tant de Venus, Qui troubloient mon ame rharmée.'
I liauds ref;aids, propos ravisseurs, Feints soupirs, poignantes doueeurs, Tous ces feux sont moins que liiniéc
Apres Jane, unique en lieaulé, Le nom de Lyce estoit vanté; Mais Jane avoit l'ame nalisve, Etn'aymoit point à décevoir, Où Lyce tousjours s'est fait voir Mauvaise, inronstante et lascive.
C'est poniquoy les destins ami* Peu de jours à Jane ont permis, Et l'ont d'entre nous retirée.
Avant que sa jeune vigueur De l'âge esprouvast la rigueur.
Et mille amans l'ont soupirée.
Mais les dieux qui ne t'ayment pas, Lyce, te font vivre icy bas Autant qu'une vieille corneille; Afin que l'amant, s'eft'royant, Voye sa faute en te voyant, Surpris de honte et de merveille.
DIALOGUE
— Que ferez-vous, dites, madame.
Perdant un si fidelle amant?
— Ce que peut faire un corps sans ame. Sans yeux, sans pouls, sans mouvement.
— N'en aurez-vous plus souvenance .\pres ce rigoureux départ?
— Au cœur qui oublie en absance.
L'amour n'a jamais eu de part.
— De tant d'ennuis qui vous font gnerr^-. Lequel vous donne plus de peur '
— La crainte qu'en changeant de terre,
II puisse aussi changer de cœur
— iN'usez jamais de ce langage, A sa foy vous faites grand tort.
— C'est un évident témoignage l'our monstrer que j'aime bien forl.
— Son amour si ferme et si sainte
4i8 nERCF.niES,
Hoit tenir vosln» nspril fonlant.
— Je lin puis qiK^ je n'ayc ciaintp De perdre ce que )':nnii' lanl.
— Auriez-vdii.s lieauiouj) de Irislpsso, S'il vennit à chanfîPr de loy?
— Tout autant ipio j'ay «le liosso, S(,aeliant bien (pi'il n'aime (pie niov.
— Quel est le irial rpii vous oflence, Alteiidant ce ilépaiiemenl'
— Tel (pie d'un 'pii a eu sonlence Kt attend la inoil seiilenifint.
— Quoy? vous pensez donoqufîs, à l'Iicuic Qu'il s'en ira, mourir d'ennny'.'
^ Il no se peut (pie je ne meure, Mon esprit, s'en va ipiaiid et liiy.
— Si t(>l accident vous arrive, Vostre amour ne durera pas.
— La vraye amour est tonsjours vive Et ne meurt point par le trespas. ^
COMPLAINTE
Cherchez, mes tristes yeux, cherchez de tons costez, Vous ne trouverez point ce que vous souhaitez, Vous ne verrez plus rien qui vous soit ajfreable ; Et vous, riches Ihresors du |irintaiis désirable, 0 prez! témoins secrets de mou contenteinanl, Où pleine de désir j'attendoy iiKm-nniant, Accusant quelquefois sa trop longue demeure, l.as! portez le regret de son esloignement, Et plaignez de \)\l\i la douleur que j'endure !
Ce fut icy qu'il me dist sa pens(^e.
Dont. je feigny me sentir offensée, L'appelant téméraire; Mais ma feinte colère,
Voyant ses pleurs, fut bien soudain passée. Car eussé-je voulu contre Amour me deffandre? Helas! douce rivière, où est mon cher Pliilandre?
Voicy bien tous les lieux où je le souloy voir, Quand au commencement Amoui' par son pouvoir Rangea mon ame libie en son obéissance. J'en prés de ce buisson sa première accointance, Et sent^ dans mon cœur la sagelte d'Amour, Qui perça le rocher que j'avois à l'entour. Et le ctiaste rempart de ma poitrine dure.
BEKGEIUES. 440
Mais, si losl que je pense à ce malheureux jour, Je sens renouveler la douleur que j'endure : Je reconnoy cette basse valée, Où quelquefois, à l'écart reculée, J'entretenoy mon ame En l'amoureuse (lame.
Par un penser dont j'esloy consolée, Et disois en mon cœur, sans qu'on me peust entandre : Helasl douce rivière, où est irion cher l'hilaïuhe.'
Voilà le clair ruisseau si souëfvement coulant, (1ù, pour passer le chaud du soleil violant, Je souloy demeurer sur l'herliage estenduë, De mon fidelle amant bien souvent attendue. Eas ! tout est bien icy ! les bois délicieux, Les costeaux, les buissons et les prez gracieux : Je voy le clair ruisseau, j'enten son doux mui-mure. -Mais les voyant, sans voir le soleil de mes yeux, Je sens renouveler la douleur que j'endure.
Aucunes fois mon ame je contente,
('ar, la trompant, je me le représente Dedans celte praiiie.
0 douce tromperie,
Qui mes esprits heui'eusement enchante!
Mais presque aussi soudain mon mal me vient leprandi e llelas! douce rivière, où est mon cher Philandre '
Bien souvent je l'apiielle en criant dans ce bois, Mais rien, sinon Echo, ne respond à ma voix. Dont je meurs de douleur, s'il advient que je panse Qu'il ne me respond point faute de souvenance, Ou que quelque autre amoui' son cœur a fait changer. Eors, pleine de fureur, me pensant bien vangei', Je l'appelle infidelle, inconstant et parjure. Et dis en sanglottant : Helas! cruel berger. Regarde à tout le moins la douleur que j'endure !
Mais tout soudain ma triste fantasie
Avec raison perd cette jalousie.
Car sa foy trop louable Est constante et durable.
Et d'autre ardeur son ame n'est saisie; Car son cœur est à moy, nulle n'y peut pretandre. llelas! douce rivière, où est mon cher Pliilandre?
Quand je suis en ces lieux, je n'y fay que penser, Qu'esgarer mon esprit, songer et ravasser,
I'tO luiiit, i;nii;s.
Denipuivr sans mouvoir nirnmp imo soiiclip morto. I.rs pasteurs de ces fliauiiis, nie voyant ilp la sorte, Oliat'ini à (|ui mieux mieux vont priant après moy : Voy ti's troupeaux, bergère, esperdus comme loy, Demeurant sans repaistre et fuyant la verdure. I.asl tout cela ne l'ail (lu'augmentei- mon esmov, lit tousjours redonl)|pr la douleur que j'endure. Voilà comment, o ma seule pensée, Loin âe tes yeux mon ame est oppressée ! Je languy solitaire, Uien ne me spauroit plairp, Tiop est eu inoy la tristesse amassée, Qui l'iitde mes deux yeux deux grands tleuvesdespandre. llelas! douce rivière, où est mon cher l'iiilandre '
VILl.ANELLE
Rozette, pour ini peu d'absence, Vostre cœur vous avez changé, F.t moy, sçachant cette inconstance, Le mien autre part j'ay rangé; Jamais pins beauté si légère Sur moy tant de pouvoir n'aura :
Nous verrons, volage bergère, (Jui premier s'en repentira.
Tandis qu'en pleurs je me consume.
Maudissant cet esloigneinpnt, Vous, qui n'aimez que par coustinne, Caressiez un nouvel amant.
Jamais légère girouette Au vent si tost ne se vira ; Nous verrons, bergère lîozette, Oui premier s'en repentira.
Où sont tant de promesses saintes.
Tant de pleurs ven.ez en partant .' Est-il vray que ces tristes plaintes Sortissent d'un cœur inconstant' Dieux, que vous estes mensongère!
Maudit soit qui plus vous croira 1 Nous verrons, volage bergère, Qui premiei- s'en re])entira.
Celuy qui a gaigné iria place, Ne vous peut aimer tant que moy; Et celle que j'aime vous passe De beauté, d'amour et de foy.
Gardez bien voslre amitié neuve,
lîKUGEr.lES. 1M1