EPITAPHES. <S
Entre tant de milliers son coup malicieux A bien sceu remarquer ce chef-d'œuvre des cieiix, Et ravir tout l'honneur de ce monde oi'i nous sommes.
Ce qu'est l'herbe à la teire, à l'herbage les (leurs, L'or aux antres métaux, la blancheur aux couleurs, Cher amy, tu l'estois à la race des hommes.
DU LATIN DK M. DE PIMPO.M'
0 le plus doux soucy jadis de ma pensée! Maintenant le regret dont elle est si pressée, i}ui, sans moy, trop cruel, es party de ce lieu, Damon, je te salué, et si te dis adieu; .fe t'espan de mes yeux ces offrandes funèbres, Mes yeux ores couverts d'éternelles ténèbres; Je t'offre ces cheveux sur ta tombe semez, fresens de toy, mon cœur, autrefois tant aimez !
Voy comme un double amour un double autel se dresse, Voy de quels desespoirs j'entretiens ma tristesse! Et que la cendre, helas! qui reste icy de toy. Sente en beuvant mes pleurs, mon office et ma foy. Nostre amour plein de feu passe aux nuicts éternelles, Il traverse le Styx en ramant de ses ailes, Par tout il t'accompagne et te veut ramener, Mais en vain, car jamais tu n'en peux retourner.
Au moins donne-toy garde, ô seul bien de ma vie, Que des eaux de Leihé ne prennes quelque envie! Helien de nos désirs la mémoire à jamais, .Mnsi que saintement du cœur je te promets OueJa course des ans, la mort, l'onde et la llame N'effaceront jamais ton poilrait de mou ame.
Pourquoy, contre mon gré, ce corps est-il si tort •Jue ma juste douleur ne le puisse desfaire? Qui retient tant mon ame en ce lieu de misère, Sans revoler au ciel où gist tout son confort?
Las! tout ainsi qu'Amour avec un seul effort Traversa nos deux cœurs et n'en fist qu'un ulceii^, Pourquoy le ciel jaloux, envieux et contraire N'a-t-il finy nos jours par une seule mort?
La femme d'Amphion, justement afdigée.
Par son dueil excessif en rocher fut changée, Qui ses enfans meurtris semble encore pleurer
Que je serois heureuse avant telle advaiitiire'
i''-2 1. 1' n A l' in.s.
i:nr jp pomrois servir (r;iiina))lr< sppiiHiu !• A poluv ilonl In mnri no mo ppiil sppnriT.
0 bipn-licureux esprils, miuvciiix aii^^es do ( iciiv, l.p seul anlant desii' fie mon cœtii' iniscralilc, Dont la iiiemoiic sainte est eu inoy si diiialih!, One tousjniirs je vous porte en l'esprit et aux yeux,
Si (le la vraye amour rien n'est victorieux. Et que nostre amilié n'en eut onc de senddahle, Tournez vei-s mny la veuë et donre et favorabl.', V.\ ne ni'aliandonnez sans guide en ces has lieux.
Voyez-inoy tout en idcurs sur vcsire sepullure, Oui plains, non vostre mal, mais ma triste .nhanlme, Laissé seul icy-bas, de misères remply.
N'endurez plus lon?:-lans mon ame estre captif-, Mais impeirez du ciel ipie liientost je vous suive, l'uis que mon heur sans vous ne peut estre aceoniplv
Poui' l'aire mie guirlande à son ciief IdoudissanI La soigneuse pucelle, à qui le coeur soupire Pu plaisant mal d'amo\ir, cueille au mois de zi plni . La rose après l'œillet, puis le lys hianchissanl.
Ainsi la jjronte main du monarque puissani. Qui de tout l'univers a borné son emjjiir;, l'our couronner son clief, tiois lumières retire. Oui rendoient nostre siècle heureux et florissant.
France, qui, tousjouis folle, est sanglante et convei h Du massacre des siens, ne fist onc tant de perle, >i le ciel tant de gain qu'au jour de leur trespas.
I e snleil n'a depuis rien veu qui leur ressemlle. r.'estoit trois Jeunes Mais et trois Amours ensenild'', Oui. sous l'habil moitel, conversoient icy-bas.
Daphnis gisoit an licl luni iidleinenl ali;iiiil. l>aphnis, l'heur de noslreâge et sa gloiie iiifitini i-, >on œil, jadis si clair, defailloil de lumière, l'.omme un ray du soleil, qui la nuict se deslaird
\mour, sur son chevet, se tourmente et se jilaini. Nnnunant les cieux cruels et la Parque meurliieic; ■ n\ie ceste mort, dit-il, soit mon heure dernière,
El'lTAl'HE^. 48:1
l'lli•^ i(ue je perds les yeux, qui m'ont rendu si crainl. ■
Les amis de Daplmis aux regrets s'abandonnent, L'air se fend à leurs cris, les hauts cieux en résonnent, Seul, je ne pleure point, ô chetif ' que je suis !
Si c'est que la douleur tout en rocher m'enserre, Niobe, ainsi que moy, fut bien changée en pierre, Et ne laisse pourtant de pleurer ses ennuis.
DE L'ANM-r. Ml»l,\\
.le te dois bien hayr, malencontreuse année, (.lui m'as, durant ton cours, tant de maux fait .ivoir. Et tant d'ennuis divers sui' mon chef fait pleuvoir, <Jue j'en laisse ma vie au dueil abandonnée.
Le jour que commença ta course infortunée, .le fus remis captif sous l'amoureux pouvoir. Où j'en mille douleurs jionr cacher mon vou!<iir. Et receler ma playe au cœur enracinée.
.Pavois im seul amy, sage, heureux et parfait, La mort en son printans sans pitié l'a desfail, 1 onililant mes yeux de pleines et mon ame de rage.
hepuisje fus six mois dans un lict languissanl, El or' pour m'achever, quand tu vas liiiissant, le Iniuve que ma dame a changé de courage.
AUX OMBRES DE C. DE L'A l; BlSPI N E
SF.CIlEUir.E DKn C' mm.anoemfx^ -
Pensant à toy, jay finy cet ouvrage, Cher l'AiBEspiNE, heureux ange des cieux, Et ce penser tiroit de mes deux yeux ! es pleurs amers, roulans sur mon visage.
Tandis la fièvre envenimoit sa raae Au suc mortel de mon dueil ennuyeux, Pour tourmenter d'un bras plus furieux Mes sens troublez et faillis de courage.
Depuis six mois que tu partis d'icy, Hoste d'un lict, je languy sans mercy, Criant sans cesse à Dieu qu'il me deliv
Non, qu'il octroyé à mon corps guanson Mais que l'esprit franc de cette prison Oyseau léger, au ciel te pnisse.sui-.vr.
I Mol.piirPiix. Ces cinq pièces tradiiilps oni i-.-ipport ,nn\ niifriions lU' ll.nri III.
■ Vû\P' riiitpuilnrlinn.
481 i: rn Ai'iir. s.
lii:r,IlETS FUNEBRES Sl!U l, A MltlIT hl. DIANE
Entre les dons du ciel qui sont <le, plus liant prix, 11 n'est rien de si cher qu'une amour l'ernic et sainte; Uicun bien n'est parfait sans celte douce estraiute, i,>ui de chaisnes d'ayniant unil les beaux esprits.
Deux corps par sa veilu d'un vouloii' sont compris, Ils ont mesme désir, niesnic espoir, niesnie crainte, Tousjours d'un mesme trait leur poitrine est attainle, Et rien que vueille l'un de l'autre n'est repris.
Mais en tant de douceurs et d'agréables tînmes, S'il advient que la mort rompe une de ces trames, Quels desespoirs paieils et quels gemissemens '!
Est-il nuit infeinale en horreurs plus féconde? Dieux! vous deviez du tout oster l'amour du monde, Ou trencher d'un seul coup la vie aux vrais amans.
l'n soleil clair de llamnie apparut à nos yeux, Par qui des vrais amours la force estoit connur, Tousjours clair, tou.sjours beau, sans éclipse et .<ans nur Oni passoit en splendeur l'autre soleil des cieux.
Las! faut-il que l'envie ait place entre les dieux.' l'hebus, voyant sa gloire estre moins reconnut', Esmeut la mort cruelle à son secours venue, Qui couvrit d'un bandeau ses beaux traits radieux.
I omme quand l'arondelle a perdu sa nicht'e, File crie, elle vole amèrement touchée.
Ne peut laisser son nid, y fait maint el maint lour,
Ainsi le pauvre Amour gémit, soupire et pleure Sans partir du tombeau vole et rev(de autour, Avant perdu les yeux où il lîst sa demeure.
0 peu durables fleurs de la beauté morlelle! l'ne seconde aurore, )in soleil de ce tans, Dne jeune déesse, helas' en son printans. Sent l'injuste rigueur de la Parque cnielle.
Mais elle n'est pas morte : Amour la renouvelle F.n mille et mille esprils des amans plus conslan-.,
KPITAPHES. 4S'l
Qdi, des yeux et du cœur maintes larmes sortans, S'arraclient les cheveux rt Kanylottent sur elle.
(Juand le bandeau fatal ses beaulez nous voila, \inour, rompant son arc, d'entre nous s'envola, laissant ceste province en discorde et en guerre.
Le ciel, comme l'on dit, la voulut retirer, l'our apprendre aux mortels, trop pronts à s'égarei', Que la beauté parfaite est ailleurs <(u"en la tori-e '.
f.c cœur, qui l'aiina tant et (pii fut tant aiinr IV toy, chère l'hyllis, sera ta sépulture; 1.0 plus riche trésor du ciel et de nature bans un moindre tombeau ne doit eslre enfei iiir.
Mon reil, par ton trespas en ruisseau Iransfornu-, Ne voit plus d'autre object que ta douce peinlun-. Ilelas! pourquoy du ciel n'ay-je égale advantniv' \u sculpteur qui rendit son ouvrage animé?
Si le chaud et l'humeur sont causes de la \ii\ l'espère encoi' un jour l'eflel de mon envie l'ar tant d'eaux et de feu qui' je pousse dehors.
Mes yeux versent l'humeur, mon estomacli la fiani", r.t puis pour t'inspirer, il ne faut que mon ame : Nous n'en eusme> jamais qu'une seule en deux coip^.
Comme on void paimy l'air un esclair radieux Glisseï- subtilement et se perdre en la nuë, Ceste ame heureuse et sainte, aux mortels incnunnr Coula d'un jeune cœur poui- s'envoler aux cieux.
Mon penser la .suivit, au défaut de mes yeux, .lusqu'aux voûtes du ciel tout clair de sa venue, Et voit qu'en tant de gloire où elle est retenue, Elle a dueil que je sois encor en ces bas lieux.
Mais lu n'y seras guère, ô déesse! à m'attendie, Car je n'estois resté que pour cueillir ta cendre, Et ta mémoire sainte orner comme je doy;
Maintenant que j'ay fait ce devoir pitoyalde.
(mité d'un sonnet italien qui débute p,ir ces vers :
0 d' hnmana bellà caduclii lioi i !
£cco un;i, à oui ne questu m.ii, ne quella Fil pan al inondo; è gia morla, .• con eUa Tien sepolli d' amor tanli tesori !
Wfi r.i'iTAi'iii s.
1 .1'; (If pliMiii"!', lie \ivrp pl d'oslic inisoi'itli l'.tli.'iniloitiii' l:i lrn(' iM vnlp ;mpri's (li> lov
Vnnto-lDV maiiili'nanl, iputiayeiisc llees^e, n'avoir (ail toiil IVflnrl ilc la plus grand' rif-uciii , PrivanI Amour di' traits, d'ailc^'rrssc mon cœur, l.a lerro d'ornemonl, do gloire ot do richesse.
On ne srait plus quo n'osi do voiMu ny d'adresse, l/honiipur liisle languit sans force et sans vifiuenr; lirr'l', de eent deïlez Ion bras s'est fait vainqueur, Morte gist la beauté, la grâce cl la jeunesse.
l'ail-, la lerre et les eaux cet otilrage ont plcuif le innnde, eu la perdaul. sans lustre est deuieuri', ronnnc wn pré s.'uis cmileuis, un bois sans robe veilc.
T.indis qu'il eu .jouit, il ue la coimul pas; Moy seul je la connus, qui la pleure icy-bas, Cependant que le ciel s'enricliit de ma peile.
Avec un si beau uoju l'Amotir m'avoil coidrainl. Qu'encor qu'il soit rompu j'en sens lousjours l'estrainh Il m'avoit embrasé d'une llamine si sainte, ijue, quand elle défaut, ma cbaleui' ne si'eslainl.
Jamais plus, ù mou cœiu', tu ne seras attainl ! Je me suis despouillé d'espérance et de crainte. Contre un aveugle enfant je ne fay pins de plainic l.a mort, et non l'Amoui', a fait iiallir mou tainl.
T. a constance et la l'oy, de moy tant reveiée, l'Ius ferme que jamais au co^ur m'est demeurée, i.lui destourne bien loin toute autre passion.
Que la mort donc se vante, ayant fiappi' ma daiui-, Qu'elle a tranché d'un coup, dans une senle trame, l.a beauté. fie ce monde et mon affection.