PRIERES
AUTUES ŒUVRES cnRESTlE>>ES
l'LAI.M E DE L'AI 1 H K L I!
liLi;.\.\T UNE hlENMi LONGUE MAI.AUIL.
Ma chair comme eau s'est escoujéc, El ina peau defaicte est colée Sur mes os pourris par dedans; Tout mon bien est mort en une lieurc, Et rien de moy ne me demeure (Jue la lèvre auprès de mes dens.
Mes yeux ont tari leyrs fontaines, Mes nuits d'amertume sont pleines, Mes jours sont horribles d'effroy; Le sommeil jamais ne me touche, Et la puanteur de ma bouche Fait que j'ay mesme horreur de mu\ ,
Ayez de pitié l'ame atteinte, Au moins vous qui m'aimez sans tniilc, Et me pleurez amèrement :
La main du Seigneur courroucée S'est en fureur sur moy poussée, Et me presse ainsi rudement.
Je soupire avant que je maii^'e.
Et mon gémissement eslrange i'-ruit comme un torrent retenu ;
191 ŒLIVllLS (:flilKSïIU,NNKfi.
i.as! j'ay liioii raison de me plaimlic! Ln iiKillii'ur (nii me laisoil craindre, (loinine en sursaut m'est advenu.
0 ([ne ma peine est excessive!
l'sl-il possible que je vive, Si l'oilile eu si forle langueur?
Seigneur, punisscur des oll'ances, On ivnianiue ici tes vengeances r.l les forces de ta rigueur.
lié rpioy! d'un courage advei'saiir M'^is-lu l'ormr pour me deslaiic, M'ayaul tait soullVir longuenieiil.' >i'as-lu lire de la matrice l'our me reserver un supj)lic(; ^Hii serve à tous d'estonnemeiit?
I.e soleil, corps de la lumière, Six l'ois a fourni sa carrière Dei)uis (|ue ta cruelle main Dessus inoy s'est appesantie.
Kl (pie la fuieur j'ay sentie, !• ureui- d'un Dieu trop inhumain, l'ardoniu'-iiioy si je l]las])lieine; Uuand je sens ta rigueur extrême, .le ne sçauroy doux te nommer; l'uis ma Ijouehe, infecte d'ordnie, Qu'à peine, lielas! jiresque j'emlurc, No sçauroit |ilus que Idasplieuicr. l'urgc-la, s'il te plaist, ô sire !
Alin qu'elle api)renue à bien dire, l'our tes louanges réciter :
Car, si la main ne la neltoycî, Celtes, Seigneur, je ne sçanroyc (Jue maudire et me despiler.
.\lors que ton courroux me presse, Tant de cris vers le ciel je dresse, Ou'on voit l'air d'iiorreur se troubler; •le maudi la céleste grâce.
Kl voudroy que cesle grand' masse Se renversast pour m'accabler.
l'ourquoy permet ta rigueur forte <,tue la rage ainsi me Iransporle?
Car si tu es père de tous, ,1e suis ton fds, et toy mon ]K'rr; ■\ Ion lils donc, eu la colère, I se d'un cliastiment plus doux.
Si ma parole est Irop cuisante,
ŒUVRKS CKBESïIE.N M:S.
Aussi ton ire est trop pesantp; liaste-toy donc ponr mon confort, On souiïre mos cris pitoyable^, Ains quc.j'aillo aux lipnx ofrniy.ililcs D'iiorreuis, de silence et de morl.
Le ver, avorton de la terre, Se rebeeque alors qu'on le serre, Poussé d'un naturel devoir :
Et moy, portraict de ton image.
Quand ton pié me foule et m'onlrn^;.-, Voseroy-je un peu m'esmouvoii' .'
Entens moy donc quand je te prii-, Re.spons alors que je m'escrie, Monstre moy quels sont mes peelnv ; Et si l'erreur de ma jeunesse Mérite la grande rudesse r>es traits contre moy décodiez.
Si la vengeance est trop petiie.
l'uny moy selon mon mérite, Seigneur, ne me pardonne jien; Hausse ta main rouge de fondre.
El reduy tous mes os en pondre, .le n attens point de plus grand l.icii.
Ou si dans ta poitrine sainte La pitié n'est du tout estainle, Sauve l'ouvrage de tes mains; Ta force m'est assez connue, Et ma passion continue Sert de crainte à tous les luimainv.
Ta beauté luira davantage, dardant le pécheur qui l'outrage, El le retirant du trespas.
Qu'à guarir le petit ulcère It'un que ton secours salutaire .lamais n'abandonne d'un pas.
P Pli ERE
Las! que feray-je? oseray-je hausser Les yeux au ciel, pour mon cri t'adresser. Durant la peur qui mon ame environne?
.le suis confus, tout le sens me défaut. Mon œil se lro\ible, et mon co'iir qui Iressaiil Me fait trembler, tant mon forfait m'estoniiel
Je veux fuir, je veux fnïr devant L'ardenI courroux de ce grand Pieu vivant,
<% (i: Li \ H li s t,iiiu;« i ii;.\NKS.
Qui lifnl on main l'orage ot la tcmposlf; Car mon iiochi'', qui le rend couiroun-, Morite Iticn que son foudre eslancé En mille esdals me partisse la leste.
Cachons-nous ilonc, mais où pounay-je nllcr, Au ciel, en l'onde, en la terre ou en l'air, • 1 Seigneur Dieu, pour évilei' ta l'ace'' >i je me cache en l'obscur de la nuit. Ton œil divin par les ombres rcluil, l'.l tout soudain remarquera ma trace.
n'aller au ciel, tu es là présidant; Il vaiit donc mieux l'uïr en descendant Kl me musser au plus creux de la teire. Mais ce seroit redoubler mon tourmenl.
Car aux enfers tu as commandemenl.
r.t jusques là tu me feras la guerre.
Soit que je veille ou que je sois coucln'', liien que Je fasse, helas! ne l'est caché; Tu me descouvre et cognois ma pcnséi-.
Veux- je fuir, tu me viens attraper, l'.t, pour courir, je ne puis escliappi'r Devant ta main justement courroucée.
.^e pouvant <lonc (a fureur éviter, .l'ose, (■) mon Dieu I j'ose me i)resenter, Palle et tremblant, à ta majesté sainte, l.a veué en bas mille pleurs dégoûtant, L'ame débile et le cœur tout bollanl l>ans ma poitrine horriblement atlainle.
Darde sur moy la fureur de ton bra-;, Saccage moy, fais ce que tu voudras, l,ance du ciel la llamme estincelanle; Je sçay, Seigneur, que je l'ay mérité, F.t plus encor po\ir mon iniquité, Hui sans cesser devant moy se presenle.
Tu peux, helas ! tu peux me foudroyer : Mais que le sert île la main desployer Encdntre moy, qui ne suis rien que poudre? Tu es tout grand, tout juste et tout puissant ; .le ne suis rien; et, en me punissant, Tu pers. Seigneur, et la jieine et ton foudie.
Me chasliant, tu le rens poursuivant Contre un festu qui est poussé du vent; Tu veux inonslrer ta force à un ombrage, A un coips mort, à un bois desseiché, A un boulon qui languit tout panché.
Et Du bouïllnn enflé sur le rivage.
ŒUVRES CHRESTIENNES
Ayes pitié, ayes pitié de moy !
Tu es mon tout, mon Seigneur et mon roy; Seul je l'invoque en ma plainte ordinaire. Souvienne toy que tu m'as façonné, D'os et de nerfs tu m'as environné ; Donc, ô mon Dieu, ne me vueilles desfaire!
Si je ne suis qu'un bourbier amassé.
Tes mains pourtant, tes mains m'ont cnmpos('', Tu m'as couvert de charnure et de veines : Quand tu voudras, tu me feras déchoir Comme la fleur qui flestrit sur le soir. Et découler comme l'eau des fontaines.
Desjà, Seij,meur, desjà j'ay bien senti Sur moy, chetif, ton bras appesanti; Je n'en puis plus, tant la rigueur me ])resse! Un voile obscur me va bandant les yeux, Mille remors m'agitent furieux, Et ma vigueur d'heure en heure s'aliaisse.
Soit que le jour se monstre en relnis.uil, Soit que la nuict, toute chose appaisani, Couvre la terre et guide le silence, Las ! je ne puis, je ne puis reposer ! Et rna douleur, qui ne peut s'appaiser, lîedoubic en force et croist sa violence.
Ton trait vengeur, contre moy décoché, De son venin m'a cuit et desseiché ; il boit mon sang, il brusie mes entrailles; .le suis pressé par ton dur jugement D'une fi ayeur et d'un estonnement.
Et sens au cœur mille rouges tenailles.
Si quelquefois je souhaite la nuit, l'ensaut chasser le souci qui me suit El la fuieur de mes peines terribles, l.as! je n'ay clos les yeux pour sommeiller, Que tout tremblant il me faut reveiller, rspouventé de visions horribles.
Mes tristes jours coulent légèrement, ,1c n'allen rien qu'un obscur mcnumeut, ,1e ne voy rien qui ne soit effroyable; T(nit me desplaist, et suy si plein d'esmnv Que mesme, helas! je me fasche de moy, .Me cognoissantsi pauvre et misérable.
0 Seigneur Dieu, qui vois ma passion, Ne me délaisse en ceste afiliction 1 Chasse ton ire, adoucis ton courage, Vueille en doucein- la colère chantier,
Ifts n: LVUKS c. uni; sti k, nm-. s.
T(^iis iiioy la iiKiiii, >,nivi' iiKiy du tlanjjor, Qui m'est pri>cli:iiii ii.ir ro ci nrl (ii'a;;o.
I' Alt AI' Il IIASK sriî i.K i.iri:i;A mk, iiiimim:, m: moi;ii iïiiiva.
|t, IImc iiiiiy, Sciyiifur, di- la iiidi I rliTiiclli', l'.l l'pganlo on pilit'- mon amc i-i lininclli', l.anguissanlp, cslouiiùc ol. tronililaiilc irciVniy ; Caclip-la sons ton ailo au jonr psiiiHivaulalilc, Oiiand la tori'c ol les cieux s'enluironl devant loy, En te voyants! grand, si saint, si rcdoutalilc,
Au Jonr qno tu viendras en ta majosié sainio, Pour juger ce giand loni, qui (Vrmira de eraiiile. Le repuigeant de neuf par les feux 'illuiuez. 0 jour, jour plein d'horreur, ph-in d'ire et de misères. Do eris, d'ennuis, de plainK, de soupirs enllauunez, De grincemens de dénis el de larmes ameres!
Las! j'en Ireudde en inoy mesnie, el la eraiule asMuddr Qui se campe en mon creni', rend mou ame troulilr(>, Ma force esvanouye et mon sang tout gelé; Le poil dessus mon chef luiriililemenl se dresse. Et mon esprit de crainte est si fort désolé Que je n'ose crier, au fort de ma tristesse.
Les anges freuiiiont au regard de ta face; Helas! où pourront donc les mesclians trouver plaee'^ Où se pourront cacher ceux qui sont lepronvez' Où faudra-t-il, Seigneur, que lors je me relire, Si les justes seront à grand'peiue sauvez, Misérable pécheur, pour appaiser ton ire?
Que diray-je"? o clietif ! «pie me faudra-t-il faire? Je ne trouveray rien <|ui ne me soit contraire .le verray mou péché s'élever contre moy. Mon juge est juste et saint, je suis plein d'injci-licc Helas! je suis relielle! et je veiiay mon roy, .Mon roy clair et luisant, et moy noircy de vice.
Une bruyante voix, tout par-tout espandue, r.st du plus liant des cieux eu la lerre enlendue: « 0 vous! morts! qui gisez nourriture des vers. Laissez les monnmeus, reprenez la lumière, .Noslre grand Dieu se sied ]ionr juger l'univers : Accouic'z et oyez la sentence dernière, »
0 Seigneur, dont la main toutes choses enserre, l'eie clernel de tout, nui m'as formé de terre,
lEUVRES CIIRIi.STIE.N.NES. iPil
Oui rens par Ion pur sang nos pclit^z nettoyez, Et qui feras lever mon corps de pourriture, Enlens mes tristes fris jusq\rau piel envoyez. Et prens pitié de moy, qui suis ta créature.
Exauce, exauce, ô Dieu! nia i)riere eullannui'e ! Destourne loin de moy ta colère allumée, Fay porter mon esprit par un doux jugement Dans le sein d'Abraham, avec tous les fidelles, Afin ([ne ton sainct nom je chante incessamment, .ioufssaul bien-heureux desclairtez etei'nelles.
PADAPIIR \SF.
■■Ili I.I-: lA.NTinCK llES TROIS r.\FAN>. riANlEI , 111
r,enedic!U- ntiinia opero bnnitn. eti-.
0 vous! du Seigneur les ouvra;jc s, Clairs miroirs, virantes images, Qui par tout son art faites voir, Effets que de rien il fist eslre, Tous, tous, bénissez vosire maisire, l.nuez et haussez son pouvoii'.
Anges, ses ministres fidelles, Purs esprits, lumières très hell.'s, Cieux SI règlement mesurez.
Humeur en crystal congelée Plus haut que la vouste estoiléc, Le Seigneur, sans fin, rêverez.
Vertus, dont l'Iieureuse infnieiii ;i Aux elemens donne puissancf, Estoiles, fieurs du firmament.
Œil du jour, œil de la nuict liuiie.
Soleil ardant, humide lune, l.oûez le Seigneur luiutemeiil.
Bénissez le, pluye et rosée, Confort de la terre embrasée.
Vents légers, espiits agitez.
Feu, dont la nature est si vivi\ Hiver pesant, rlialem- active.
Sur tout le Seigneur exaltez.
Frimas et liriiine menue Flocons blancs tombans de li ii'ie Gelée el glaçons condensez .iours et nuicts, terrestres ombrasis
KflO œlvuf.s ciirks 1 if.nnes.
Tourbillons, fouilros el nuages, Sans lin le Seigneur bénissez.
Bénissez sa Ijoiité proi)ice, Terre, des vivans la noui'iice.
Monts et cousteaux moins relevez, Tout ce qui se germe en la terre, Et les minéraux qu'elle enserre, Tous, tous, le Seigneur élevez.
Fleuves, mers, ruisseaux et fontaines, Benissez-le; lourdes baleines.
Poissons, qui dans l'eau vous jouez, llostes de l'air de tous l'amages, Animaux privez et sauvages, D'un accord le Seigneur louez.
Haussez-le sur toute puissance, Vous bumains faits à sa semblance.
Bénisse Israël sa bonté; Ministres des divins offices, l'restres vouez aux sacrifices, Par vous le Seigneur soit chanté.
Serfs du Seigneur, donnez-luy gloire; Esprits, célébrez sa mémoire.
Oui purs la justice embrassez ; Humbles de cœur et de pensée, Dont l'ame est toute à lui dressée, Sans fin le Seigneur bénissez.
Entre tous qui gloire luy donneni.
Que nos voix plus hautement sonneni, Nous qu'il a d'enfers retirez Kt des mains d'une mort certaine, F.t de la fournaise inhumaine, (Jui nous eust à coup dévorez.
Confessons qu'il est débonnaire, Que sa grâce à jamais eselaire, El. qu'il est le grand Dieu des Dieux. \insi levans au ciel leuis âmes.
Et s'esgayans dedans les (lames, Ohantovent les trois enfans hebi'ieuv.
PLAINTE
Depuis six mois entiers que ta main conirourée Se retira, Seigneur, de mon ame oppressée. Et me laissa débile au pouvoir des malheurs, J'ay tant souffert d'ennuis, qu'helas! !e ne puis dire
(T.CVP.ES CHP.ESTIEN.NES.
Comment mes tristes yeux aux pleurs ont pu suflire, Aux complaintes ma bouche et mon cœur aux doulem s.
Je n'y vois point de cesse, et ma peine cruelle, Que le temps deust vieillir, sans lin se renouvelle. Poussant maint rejetton espineux et tranchant; Une nuict de fureurs rend horrible ma vie. Le deconfort me suit encor que je le fuye, Et la raison me fuit plus je la vay cherchant.
0 Dieu! mon seul refuge et ma guide asseurée. Peux-tu voir sans pitié la brebis esgarée, Kstonnée, abbatue, à la merci des sens. Qui, comme loups cruels, taschent de s'en repaislreï Presque le desespoir s'en est rendu le maistre, b'efîrayant de regars et de cris menaçans.
N'abandonne ton œuvre, ô Dieu plein de clemeuci- ' Si je t'ay courroucé jiar trop d'impatience. Plaignant de mes plus chers l'infortuné trespas ; Si je me suis matté d'excessive tristesse, Excuse des mortels l'ordinaire foiblesse : Seigneur, tu es parfait et l'homme ne l'est pas.
Toy-mesmc, ô souverain, nostre unique e\em|dnire, Quand tu vois ton amy dans le drap mortuaire, l.'œil clos, les membres froids, palle et défiguré. Ne te peus garantir de ces piteux allarmes; Les soleils de tes yeux furent baignés de larmes, Et du Dieu de la vie un corps mort fiist pleuré.
Moy donc qui ne suis rien qu'un songe et qu'un ombragi- Se faut-il estorrter, en ce terrible orage. Si ce qui t'a touché m'a du tout emporté? Si pour un ûié-cs pleurs j'ay versé des rivières, Tcy, soleil Wmboyant, seul père des lumières, Moy, nuage espaissi, moite d'obscurité?
ijuand de marbre ou d'acier mon ame eust été faite, Las! eussé-je peu voir tant d'amitié desfaite. Sans me dissoudre en pleurs, sans me der.onforter ' Voir de mon seul espoir les racines seichées Et les plus vives parts de moy-mesme arrachées. Mon cœur sans se douloir l'eust-il peu supporter'
Je n'y pense jamais (et j'y pense à toute heure" Sans maudire la mort, dont la longue demeure Apres vous, chers esprits, me retient tant ici. J'estoy premier entré dans ce val misérable : Il me semble, ô Seigneur! qu'il estoit raisonnable Que, le premier de tous, j'en deslogeasse aussi.
Mais en tous ces discours vainement je me fonde ; Tu les avois prestez et non donnez au monde,
Il I \ Il I s (. Il m, > 1 UN .\ 1, >;.
Il ,1^ |n II riiliiliir liril> il lov les rclili'l.
Ilrlii>: )!' le M,;iy liit-n, mais ma l'oilili' ii.iliur Trouve poiirlanl, Sni^jiiriir, crste nidomianci' iliirr, 1.' 110 ixHitsiir son mal li apiiaroil pndiirci'.
l'Iaise-toy l'aiifiimMilor île l'oice ri de roma^îf; S«^rs (le guido à nu's pas, t'ens l'omljic! et le miai;!', Qui m'a l'aicl esgarLT si loiig-li'iii]is do mou liirn, Kt surlout, û bon Dieu, donne à mou impiiissauic On moins de passions, ou plus de palicnc, Afin que mou vouloir ne s'esloigne du lien.
Donne qno les esprits de ceux que Je sonpiic N'espronvenI point, Seigneur, Injustice et loii ire ; Uens-les pnrilie;! par ton sang précieux, (lancelle leurs péchez et leurs folles Jeunesses, ray-l(!ur part de ta grâce, et, suivant les promesses liessuscile leurs coi'|is et les mels dans les cieux.
s(i\ M T^ Nl'lll II If I. S
Depuis le trisie poiiil de ma l'resle naissance, Ft (jne dans le beicean, pleurant. Je fu posé, i.inel Jour marqué de blanc m'a tant favorisé i.lue de l'onibie d'un bien J'aye eu la joiiissanee?
A peine estoieiit seicliez les pleurs de mon enfance, Uu'au froid, au chaud, à l'eau, je me veis ex))osé, D'Amour, de la fortune et des grands maistrisé, (,liii m'ont payé de vent pour toute récompense.
J'en suis fable du nioiide, et mes vers disperse/ Sont les signes piteux des maux rpie J'ay passez, ijuand tant de fiers tyrans ravageoyent mon c(iiua:;e.
Toy qui m'ostes le jon» et me fais respirer, n Seigneur! pour Jamais vneille-moy relirer De la terre d'Egypte et d'un si dur seivage.
Si la course annuelle eu serpent retournée Devance un trait volant par le ciel emporté. Si la plus longue vie est moins qu'une Journée, l'ne lieure, une minute, envei's l'eteinité;
Que songes-tu, mon ame, en la teire enchaisnée? Quel appast tient ici ton désir aneslé? Faveur, thresors, grandeurs, ne sont que vanité, Trompans des fols mortels la race infortunée.
ŒUVRES CUr.ESTIENNES. 505
Puis que l'heur souverain ailleurs se tloit chercher, Il faut de ces gluaux Ion plumage arracher Et voiler dans le ciel d'une légère traicte.
Là se trouve le bien affranchi de souci, La foy, l'amour sans feinte et la beauté parfaicte Qu'à clos yeux, sans piolit, tu. vas cherchant ici.
Puis que le miel d'amour, si comblé d'amerluiiic, M'altère plus mon cœur comme il 11! aulrel'ois; Puis que du monde faux je mesprise les luis, Monstrmis qu'un feu plus saint maintenant nous alkunc.
Seigneur, d'un de les doux je veux faire ma plume, Mou encre de ton sang, mou jiapier de ta croix. Mon suliject de ta gloire, et les chants de ma voix Ue ta mort, qui la mort élernelle consume.
Le feu de ton amour, dans mon ame eslanci'. Soit la sainte fureur dont je seray poussé, Et non d'iui Apollon l'ombrageuse folie.
Cet amour par la foy mon esprit ravira. Et, s'il te plaist. Seigneur, au ciel l'elovcia Tout vif, comme sainct Paul ou le prophelo Klie.
Le jour chasse le jour, comme un Ilot l'autre clinssc, Le temps léger s'efivolle et nous va décevant, Misérables morlels, qui Iramons en vivaut Desseins dessus desseins, fallace sur fallace.
Le cours de ce grand ciel, qui les astres endjras^c, l'ait que l'âge et le temps passent comme le vent; Et sans voir que la mort de près nous va suivant, En mille et mille erreurs nostre esprit s'entrelasse.
L'un, esclave des grands, meurt sans avoir vescii, L'autre de convoitise ou d'amour est vaincu; L'un est ambitieux, l'autre est chaud à la guerre.
Ainsi diversement les désirs sont poussez. Mais que sert tant de peine, ô mortels insensez? II faut tous à la lin retourner à la terre.
Seigneur, preste l'oreille aux soupirs douloureux b'un pécheur, qui sans toy de tout bien se desfie ; Que ton injuste mort sou péché justifie. Et l'eleve par grâce au lieu des bien-heureux.
o04 ŒUVUKS ClIUKSTlKiNNES.
Loin, loin, hicii loin de iiioy, venin trop danyiix-ux Dfi ce lioii|ieau vanteur, qui lonl en soy se lie ! I.eur audace, o Seigneur ! sans fin te crucifie, Avec plus de mespris que les juifs rigoureux.
Sainct Pierre, avant ta prise, ainsi fier desoy-niesnie, S'offre à mourir pour toy, hrusle en ardeur extrême, l'uis au nioiiulre péril tout aulre il se fait voir;
Kt pour une servante il renonça son Maistre. Cet exemple, o Seigneur! assez nous fait cognoistrc <:ombien sans ton secours foible est nosire pouvoir '.
Chargé de maladie et jdus de mon oll'aucc, 0 Seigneur! tu me vois dans un lict périssant; Ma vigueur ditninue, et ma douleur croissant Fait chacun s'estonner de ma grand' patiance.
Continue, ô mon Dieu ! donne-moy la puissance De sujiporter ce mal, qui le coips va forçant. Et fay que mon esprit soit tousjours bénissant. An plus fort des douleurs, la gloire et ta elemance.
Donne de l'eau, Seigneur, à mes yeux espuisez. Pour rendre avec mes pleurs mes péchez arrosez, Et les lave en ton sang avant que je trespassc.
Je ne demande point de vivre plus long-tans. Du monde et de ses jeux mes désirs sont contans; Assez j'auray vcscu si je meurs en fa grâce -.
Sui des abysmes creux les fondemens jjoser De la terre pesante, immobile et féconde, Semer d'astres le ciel, d'un mol créer le monde, 1-a nier, les vens, la foudre à son gré maistrii-ei-,
De contrarielez tant d'accords composer.
' liiiilc d'un soniiut ilalieu qui cuiiiinciico par telle !>lio|)lic
Conie, Dio, dit' poiro di imler sohi, Senza la grazia tua. cli' affieiia o oproiid, Aci|uiàlariiii la sii palina et coroiia. S'a mia ver^ogiia ad à mia rnorle volo?
' Imité d'un sonnet italien qui débute par ces vers :
Caico già d'anni e più di colpe ^rave, Sigiior, i;iace il tuo servo, e 'I doppio inci'rco ni due l'noi'te lo slida, e d'ambe ef varco. >i vedc fjiunly, onde sosj)ira e pave.
Il L'Vr.ES CUUESTIENNES. oOo
Ln iiialicic (liiroiiiic orner de forme ronde, Kl par ta prévoyance, en merveilles profonde, Voir tout, conduire tout, et de tout dispose)'.
Seigneur, c'est peu de chose à la ma.jesié liaule; Mais fpie toy, createiu-, il t'ait pieu pour la faute De ceux qui t'oll'ensoyent en croix estre pendu,
Jusiiu'à si haut secret mon vol ne peut s'estendrc; Les anyes ny le ciel ne le sçauioyent coniprendie; Apprens-le-nons, Seigneur, qui l'as seul entendu ' !
b^i mes ans les jilus beaux, hehis! Iiop mal perdus Au volage appelit d'amour et d'une dame, l'Iein de chaude espérance et d'amoureuse (lame, A la gloire, ô Seigneur! eussent esté rendus;
Mes soupirs et mes cris ne seroyent entendus Maintenant, que liop taid le repentir m'entame, Kt ces vers, messagers de l'erreur de mon ame, Seroyent en Ion honneui' çà et là respandus.
Au moins puis qu'à la fin sorti de servitude, Je cognoy ma sottise et leur ingratitude, l'arfais en moy. Seigneur, ce qu'as hien commencé.
Ta bonté pour jamais de leurs fers me délivre, Et le reste des ans que tu me feras vivre, En si stérile champ ne soit ensemencé^.
Voyant tant de grands Ilots et de veiils s'eslever Pour submerger ma barque errante et jiassagere, Eussé-je, ô souverain I comme le second père. Au naufrage du monde, une arche à me sauvci !
l'eussé-je à mon besoin ta\lemence esprouver Et, comme les Hébreux en la teire eslrangere,
' Traduction d'un sonnet italien qui commence par ces mots :
l.oc.fi- sovra gl' ahissi i rondameiili Heir aujpia lerra, e quasi un pitciol veto L'aria spiegar, con te luo mani il cielo E le slelle foiinar, ctiiarc e luienli, etc.-.
- Traduit uu imité d'un sonnet italien qui délAile par cette slioplii
Se ili quei di, ttie vanneggiando lio sposo Dieiro a lalse speranze e liero ai dore Iti donna e di siguor, clie'l nieglio e'I fiorc Di lor s'Iian lollo inulilmente e picso, etc..
Il i: \ 1. 1 s cil i; i.,s I I i:.NMi3.
l\i>MT 1,1 iiiiT a >cr d'iini' |il inli' li'^prc, l'uis an pais iiroMiis par la ;;ia((' arriver!
(lu (|H(' mon ciriir li<iiilik\iit, inic l'nrago rspoiivaiilp, Soulisl commo saincl l'icrie au l'oil de la lourrnaule, (Juaiiil sa foy doslailloit, de la main le secours!
Ta lionlé par le tans n'est en rien plus pelilc; Sauve donc pai' ta grâce un qui moins le mérite, Ll qui durant ses maux n'a qu'à toy son recours.
Tourne un peu devers moy ton regard pitoyable, Soleil, père de vie, en qui seul je m'allans; Sers de guide à ines sens esgarez et llottans l'ar les ))ancs périlleux du monde misérable.
Purge et guari mon ame, lielas! presque incurable! l'rive mon cœur troublé de désirs inconstans Et d'espoirs enclianleurs, qui m'ont faict si long-tans Battre l'air, ))eindrft en l'onde et fonder sur le sable.
Je cognoy liien ma faute et la vay maudissanl; Mais pour m'en garentir je me trouve impuissant. Le monde en ses crieurs trop encore m'enserre.
Si l'esprit quelquefois veut s'eslever aux cieux, Tousjours derrière moy je retourne les yeux, Comme la femme à Lot ayant quitté sa terre.
lielas! si tu prens garde aux erreurs que j'ay faites, Je l'advouë, o Seigneur! mon martyre est bien doux; Mais si le sang de Christ a satisfaict pour nous, Tu décoches sur moy trop d'ardentes sagettcs.
Que me demandes-tu '.''.mes œuvres imparfaites. Au lieu de t'adoucir, aigriront Ion courroux; Sois-moy donc pitoyable, ô Dieu! père de tons. Car où pourray-je aller si plus tu me rejettes?
D'esprit triste et confus, de misère accablé, l'n horreur à moy-mesme, aiigoisseux et troublé, Je me jette à tes pies; soy-moy doux et propice!
Ne tourne point les yeux sur mes actes pervers. Ou si tu les veux voir, voy-les teints et couvcrs Du beau sang de ton Fils, ma grâce et ma justice '.
' liaiiiiil di 11 soiliiel ilalieii de Molz.i, que iiuiis avuuî cilù daiia la plelace lU' ce YoUimei
ii:l' vniis cil i; liM I li > NE:
La vie est une lleur espineuse el iioigiianle, Belle au lever du jour, seiclio en son occiilent; C'esl moins que de la neige en l'esté plus ardent, C'est une nef rompue au fort de la tourmente.
L'heur du monde n'est rien qu'une roue inconslanic, D'un labeur éternel montant et descendant; Honneur, plaisir, profirl, les cspiits desbordant. Tout est vent, songe et nue et folie évidente.
Las! c'est dont je me plains, nioy qui voy commeucei Ma leste à se meslcr, et mes jours se passer, Dont j'ay mis les plus beaux et ces vaines fumées ; g?
Et le fruict que je cueille, en que je voy sortir ^f
Des heures de ma vie, hclas! si mal semées, C'est honte, cnnuy, regret, dommage et repentii-.
Si j'ay moins de pouvoir, plus j'ay de coguoisbanie. Si ma vie est un but immobile aux malheurs, Si mon feu se nourrist dans les Ilots de mes pleurs, Si la lin d'un travail d'un autre est la naissance.
Si rien qu'en des tombeaux nuict el jour je ne pense, Si je n'aime que l'ombre et les noires couleurs, Si le jour me dcsplaist, si mes fieres douleurs An repos de la nuict croissent leur violence,
Si sans s^avoir pourquoy je ne fais que pleurer. Si du monde inconstant l'on ne peut s'asscurer. Si c'est un océan de niiscre et de pPines,
Si je n' espère ailleurs ny salut ny secours, 0 mort! n'arreste plus, romps le fil de mes jours, Et meurti'is quant et moy tant de morts inhumaines 1
Ouand quelquefois je pense au vol de ceste vie, Et que nos plus beaux jours plus vistement s'en vont. Comme neige au soleil mes esprits se desfont, Et de mon cœur troublé toute joye est ravie.
(1 désirs! qui tehiez ma jeunesse asservie, Semant devant le temps des rides sur mon l'ronl, Ma nef par vos fureurs ne sera- mise à fond ; Je voy la rive iiroche où le ciel me convie.
.Muis pourquoy, las! pluslost ne me suis-je ad\ibe
oOS ir. i: V R 1, s r, uni. s i i k n .n j; s.
i.hip le liirii ili' ce iiiiiii le cl riidiiiii'lir plus |MiM',
.N'c'.sl (lu'uii Milice, 1111 raiitusiiic, uur. iiiiilii o, un vain niKigc :
T('ll(! oiionr si loiii;-l;tiis ne m'ciisl pas aii(!sli'', ('.iiiiiiMc 1111 st'i'iiiicl .Nairis, aiiioiiit'ux do l'oiiiliiayc, Au lieu ilu liicii parraict cl de la vcrilc.
1>(' foy, d'ospoir, d'amour et de ilniilcur coiiiliioe, Oollo (|ue les pcclifiurs doivent tous iiiiilci', I' Seigneur! vint ce jour y les jiics se jelter, l'eu craignant le rnespris de toute une assciiildi'c.
Ses yeux, sources de (eu, d'où l'Amour à l'einhice Souloit dedans les cœurs tant de traits blueter, riiangez en source d'eau, ne font que dégoûter L'amertume et l'ennuy de scm ame troublée.
De SCS pleins, ô Seigneur I tes pies elle arrosa, Les iiarfnma d'odeurs, les seielia, les baisa, l'e sa nouvelle amour inonstrant la vcliemencc.
0 bieii-lieui'euse femme! o Dieu tousjours ilemenl! 0 pleur! ô cœur lieureiix! ipii n'eut pas seulement Pardon de son erreur, mais en eut reeoiii))eiise '.
Quand le Verbe éternel, par qui Itiul est forini', Lut enduré la mort pour nous donner la vie. Trois disciples secrets, pleins d'amour infinie, Dedans un monument ont son corps eiifermé.
Mais avecques ce corps de Ion fils bien-aimé Fut enterré ton cœur, ô dolente Marie ! Le tes yeux ruisselans la splendeur fut tarie, Et de mille couteaux ton esprit entamé.
Le ciel, les elemens alors tous se troublèrent, De ce grand univers les fondemens tremblèrent, Et le soleil luisant esteignit son llambeau.
0 secret que les sens ne sçauroient bien entendre! tleluy qui comprend tout, et ne se peut comiirendre, Est clos pour nos pescbez dans un pelit tombeau!
ïnidiiil 011 imité d'un snniiot il:ilien qui débiilc par ces vers :
Da speiiie, da dolor, da viva fecle •
-Mossa colei, al cui liel nome lioiiorc liend' og>,'i il inoiido, venne al suo si;;Moic, Cil' eternamciile il lullo reK" e vede.
(TL'Vn i:s Clir. ESTIENNES.
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Qii;iikI, iniroiidf inoy-inesme, en mo>' je me leyaido, .!(> voy comme le lans m'est sans finict cscoulé, Tandis que, de jeunesse et d'amour affolé, Ce monde en ses destours m'amuse et me relarde.
La beauté de mes ans, comme un songe fuyarde, Me laisse en s envolant le poil entremeslé, Le teint palle et lleslri, le cœur triste et gelé, Qui pour tous beaux pensers la repentance garde.
Jle trouvant si changé, je dy morne et confus : Tu n'es plus, ô chetif! ce qu'autrefois lu fus, Voy ta nuict qui s'approche et pense à la retraite!
R'acquiers le tans perdu, doublement tiavaillnul, Comme le voyageur trop tard se resveillaiit Cligne en doublant le pas la perle qu'il a faite.
Je regrette en pleurant les jours mal employez. A suivre une beauté passagère et muable. Sans m'eslever au ciel et laisser mémorable Maint haut et digne exemple aux esprits desvoyez.
Toi qui dans ton pur sang nos mesfails as noyez, Juge doux, bénin père et sauveur pitoyable. Las! relevé, ô Seigneur! un pécheur misérable, Par qui ces vrais soupirs au ciel sont envoyez.
Si ma folle jeunesse a couru mainte année Les fortunes d'amour, d'espoir abandonnée, Qu'au port, en doux repos, j'accomplisse mes jours,
Que je meure en moy-mesme, à fin qu'en toy je vive. Que j'abhorre le monde et que, par ton secours, La prison soit brisée où mon ame est captive.
ODE
Arrière, ô fureur insensée !
Jadis si forte en ma pensée.
Quand d'amour j'estois allumé :
Rempli d'une flamme plus sainte.
Je sens maintenant toute estainte L'ardeur qui m'a tant consumé.
C'est trop, c'est trop versé de larmes. C'est trop chanté d'amours et d'armes,
u; u V i\ y. s c ii r k s t i e .\ n i'. s .
<.Vsl. trop semé sas cris au vciil, l'.'fisl Irop, plein de jeunesse folle, l'cidro tans, lal)onis et paiollp, Pour lo corps l'ombrage suivant.
Seigneur, change cl uiouto ma lyre.
Afin qu'au lieu du vain martyre Qui se paist des cœurs ocieux, r.lle ravisse les oreilles, llesonnant les hautes mei'veilles, (iiiand (le rien tu formas les cieux.
0 l'iMc! à t(iy seul Je m'adresse, l'eclicur (jui prens la liardiesse D'élever le regard si haut; F.t, te descouvrant mon ofTence, J'invoque, en pleurant, ta clémence Pour me purger de tout défaut. Si je suis tout noirci de vice, Tu peux m'appliquer ta justice.
Comme j'en ay parfaictc loy ; Si je ne suis que pourriture, Pourtant je suis ta créature, (.lui ne veux m'adresser qu'à toy.
Kay moy voir ton œil pitoyable, l.t, bien que je sois misérable, Monstre-toy gracieux et doux; Ne me chastie en ta colère :
Car, helas! si lu le veux faire, Qui pourra porter ton courroux?
I.e ciel, qui toute chose embrasse, Fuiroit tremblant devant ta face.
S'il te cognoissoit irrité; Et des anges la troupe sainte N'oseroit paroistre, en la crainte De ta juste sévérité.
(,'est toy, qui d'une main puissante Dardes la foudre punissante, Kt qui d'un clin d'œil seulement Fais tourner ceste masse ronde; La llamme, l'air, la terre et l'onde Sont serfs de ton commandement.
C'est toy qui n'as point de naissance, Triple personne en une essence, Tout saint, tout bon, tout droiturier, Ton doigt ce grand univers range, F.t, bien que toute chose cliange, Tti deinenres sans varier.
ŒUVRES CIir.ESTIENNF.S. MI
Ta parole est seule asseurée, Et quand plus n'aura de durée Du ciel l'assidu mouvement, Elle encor demeurera forme, Comme n'ayant ny fin ny terme, Non plus que de commencement.
Seigneur, c'est sur ceste parole Que je m'asseure et me console Quand mon cœur se pasme d'effroy; (/est elle qui me fortifie V.l qui fait qu'ainsi je me fie En Christ, mon sauveur et mon rny
Fondé sur chose si certaine, Auroy-je une espérance vaine?
.N'auroy-je ce qu'ay désiré?
îlon attente est en ta clemance, Ta parole est mon asseurance :
Sçauroy-je mieux eslre asseuré?
C'est pourquoy desjà j'ose dire Que rien n'a pouvoir de me nuire, Le péché, l'enfer ny la mort.
Ta bonté me donne courage; Qui peut m'asseurer davantage Qu'un Dieu si puissant et si fort'
Continue, ô Dieul continue, Afin que ta force connue Soit tousjours mon seul argument.
Délaissant les faulses louanges De mille et mille dieux estranges Que j'ay cliantez trop follement.
Qu'en mes vers désormais j'efface Tant de traits, d'ardeurs et de glace; Qu'on ne m'entende plus vanter Les yeux d'une beauté mortelle, Qui, par quelque douce cautelle, Auroient sceu mes sens enchanter.
Je m'en rcpens, rouge de honte, Quand je mets quelquefois en conte Tant de propos que j'ay perdus, Tant de nuicts vainement passées.
Tant et tant d'errantes pensées, Et de cris si mal entendus.
Ores troublé de jalousie, Ore ayant dans la fantaisie Quelque autre élancement nouveau, Selon que les vagues soudaines
RI2 iruvr.r. s r.iiu i-stii:nm:<:.
Itp millo lompostes nioiidiiiiios ALjiloyoïil mon l'oiltle corvciii.
Ln inor qui gronrie et se roniTOussf , (Jnimil iriaint vont la pousse el repousse, N'cscunie juiint en tant de (lots, Connue ']c portois dans la teste Ihirant r;nn(inrense teinpeste IVoia^eux tourbillons enclos.
Soit (p\'on veit la belle lumière, On soi! ([ne la nnict coustumiere A son tour se vinst présenter, Jamais cesle rage inluimaine >'e donnoit relasclie à ma peine, Obstinée à me tourmenter.
Mais fjuoy ? veux-je faire revivre Tiuit de moits dont tu me délivre?
Veux-je me plaindre une autre fois?
F.t par mes accens lamentables Tascher à rendre pitoyables Les monts, les rocliei-s et les bois?
I,as! non; mais, plein de repentanee, .l'en veux perdre la souvenance, F.t l'avoir tousjours en horreur.
0 Seigneur! à qui je m'adresse, .\e souflre, bêlas! que ma jeunesse lletombe plus en ceste erreur.
Un cœur net en moy renouvelle, Min (pie plus je ne cbancelle.
Suivant mon instinct vicieux; l'.l quelque chose que je face, l'.aille-moy pour guide la grâce, (,)ui m'adresse au chemin des cieux.
Fay que mon lut tousjours te sonne, Fay que mon doigt rien ne fredonne Oue tes œuvres grans et parfaicls; (jue ma bouche se tienne close, Si je veux parler d'autre chose iiue de ta gloire et de tes faicts.
PLAINTE
Des abysmes d'ennuis en l'horreur plus extresme, Sans conseil, sans confort d'autruy, ny de moy-nitsme, (Car, helas! ma douleur n'en sçanroit recevoir) Outré d'aine et de corps d'incurables atteintes,
œiJVr.KS CIIRESTIENNES. ol'
Mon cœur, qui n'en peut plus, s'ouvre en ces tristes plaintes, Puisque ma voix, Seigneur, n'en a pas le pouvoir.
Ton ire en sa fureur si durement me touche, Que pour ne crier point tu m'esloupes la bouche, Et ne puis envoyer mes querelles aux cieux. Mon chef tout à la fois a tari ses fontaines; Je n'ay ])as seulement du sang dedans les veines l'nur rcspandre à bouillons par la bouche et les yeux
Tu m'as posé pour butte aux angoisses anieres, Aux malheurs, aux regrets, aux fureuis, aux misères; Mon mal n'est toutesfois si grand que mon erreur. Mais si, pourray-je dire en ma peine elTroyable, liien que je le reclame et doux et pitoyable. Tu me fais trop sentir les traits de ta fureur.
De foiblesse et d'ennuis mon ame est esgarce, Les os percent ma peau, ma langue est ulcérée, Comme Ilots courroucez mes maux se vontsuivans, Pour tout nourrissement j'engloutis ma salive, Et croy que ta rigueur ne permet que je vive Que pour servir d'exemple et de ciainte aux vivans.
Depuis quatorze jours je n'ay clos les paupières, Et le somme, enchanteur des peines journalières, De sa liqueur charmée en vain me va mouillant; Il est vray que l'effort du mal que je supporte Rend ma teste assommée, et m'assoupit de sorte Qu'on me jugeroit mort, ou tousjours sommeillanl.
En cest estonnement mille figures vaines, Tousjoursd'effroy, de meurtre et d'horreur toutes pleines. Reveillent coup sur coup mon esprit agité; Je resve incessamment, et ma vague pensée, l'uis deçà, puis delà, sans arrest est jioussée. Comme un vaisseau rompu par les vents emporté.
llelas 1 sois-moy propice, ô mon Dieu! mon refuge' Puny-rnoy comme père, et non pas comme juge. Et modère un petit le martyre où je suis; Tu ne veux point la mort du pécheur plein de vice, Mais qu'il change de vie et qu'il se convertisse; Las! je le veux assez, mais sans toy je ne puis.
Je ressemble en mes maux au passant misérable, Que des brigans pervers la troupe impitoyable Au val de Jéricho pour mort avoit laissé; 11 ne pou voit s'aider, sa fin estoit certaine, Si le Samaritain, d'une ame toute humaine, N'eut estanché sa playe et ne l'eust redressé.
Ainsi, sans toy. Seigneur, vainement je m'essaye, Donne m'en donc la force et resserre ma playe,
5|/i H'UVRES CllRF.ST I FNNES.
l'iirgo (H niiari mon mnir que Ion ire a lonelié, Kt qno la saiiu-lo \o'\\, qui foira la nalun\ Vnac'liaul le la/aro hors di' la sopiillnrc, Arrache mon esprit du louibeau de péché.
Fay rentrer dans le jiarc la brehis esgarée, Donne de l'eau vivante à ma bouche altérée, Chasse l'ombre de mort qui voile autour de moy, Tu me vois nu de tout, sinon do vitupère; Je suis l'enfant prodigue, embrasse-nioy, mon père ! Je le confesse, lielas! j'ay peclié devant toy.
Pourqucy se fust olïert soy-mesme en sacrifice Ton enfant bien-aimé, Christ, ma seule justice? l'ourquoy par tant d'endroits son sang eust-il versé, Sinon pour nous, pécheurs, et pour te satisfaire.' Les justes, ô Seigneur! n'en eussent eu que faire, El pour eux son sainct corps n'a pas esté percé.
Par le fruict de sa mort j'attens vie éternelle; Lavée en son pur sang, mon ame sera belle. Arrière, ô desespoirs! qui m'avez trausporté! Que toute desfiance hors de moy se retire. I/œil bénin du Seigneur pour moy commence à Inire; Mes soupirs à la fin ont esmeu sa bonté.
0 Dieu! tousjours vivant, j'ay ferme confiance Qu'en l'extrême des jours, par ta toute-puissance. Ce corps couvert de terre, à ta voix se dressant, Prendra nouvelle vie et, par la pure grâce, J'auray l'heur de te voir de mes yeux face à face, Avec les bien-lieureux Ion sainct nom bénissant.
pniEP.K r.N FURME DE CO^iKESSlO.N
Durant tant de grands Ilots coup sur coup s'elevans, Tant de feux, tant d'esclairs, tant de pluye et de vents, Piebatans à l'envi ma nacelle brisée, Resté la nuict sans guide entre mille destours. Seigneur, je te reclame, et voici ton secours Qui rend de mon esprit la tourmente appaisée.
Le brouillas, qui long-temps m'a le jour dérobé. Percé de tes rayons en peu d'heure est tombé, Mon ame aveugle un temps la veuë a recouverte; Mais presque elle a regret d'un bien si précieux, Car, quand dessus soy-mesme elle tourne les yeux, D'horreurs et de péchez se voit toute couverte.
Las ! puisque rien d'entier ne s'y peut adviser, One luy sert sa clarté, sinon pour l'accuser
iKUVRES CUr.ES TIENNES.
M la ifindre confuse en voyant tant (le vices? Plaise loy donc encor les rleu\ youx me couvrir; Non, Seigneur, mais plustost vueille les mieux ouvrir, l'our contempler ta yrace et tes grans bénéfices.
Or' que tout dedans moy je me suis retiré. Des rayons de ton œil en ma nuict esclairé, Que je voy de thresors dont tu m'es favorable ! N'estant, tu m'as faict estre, et m'as rendu vivant, Tu m'as pourveu des sens, et plus haut m'eslevanf, Me dépars le discours et me fais raisonnable.
Ta main d'ame et de corps a mon tout façonné, De corps foible et mortel à la terre addonné, Qui retourne à la terre au soir de sa journée; D'ame immortelle et vive à jamais demeurant, Tousjours, comme à son bien, vers le ciel aspirant, Si le monde abuseur ne l'en rend destournée.
Oiseaux, bestes, poissons, eaux, bois, plantes et fruits, Nuict, jour, lune, soleil pour moy furent produits; Et pour rendre ta grâce en tout poinct accomplie Apres m'avoir laissé quelques jours savourer De tes fruits icy-bas, s'il te plaist m'en tirer, Tu me gardes au ciel une éternelle vie.
Tant de biens, ô Seigneur ! que déparient tes mains Par grâce et franchement sont donnez aux humains; Tu n'en espères rien, tu n'as de rien afl'aire; 11 t'a pieu, tu l'as faict de libre volonté. Voylà ce qu'en l'esprit je voy de ta bonté, ];Ors que ton œil divin mes ténèbres esclairo.
Mais quand je ine regarde au miroir de ta loy, Que dedans et dehors transformé je me voy, Que je trouve en mon ame et de crasse et d'ordure! Que mes sens coirompus sont devenus infecis, Que je m'appelle ingrat des biens que tu m'as fails. Et que mon premier estre a changé de figure I
Cest esprit que divin tu m'avois faict avoir, Pour l'élever au ciel, pour entendre et sçavoir, Et pour te recognoistre aux traits de ton ouvrage, Esgaré du sentier de sa félicité, A choisi pour le vray l'ombre et la vanité, Et luy-mesme à son bien s'est fermé le passage.
Ce cœur, des chauds désirs la source et l'aliment Que tu m'avois donné pour t'aimer ardemment. Et pour servir de livre à ta loy tres-parfaite. Ne t'a rien réservé de ses affections; Mais, en s'abandonnant aux folles passions, A to\ites les fureurs a servi de retraite.
516 nMviii; s m i\i:sti e.nn i:s.
Il a SdiiviMil Ixiuilly de i iijjc cl do (li>(l,iiii, II a seiili (loiiUnii du l.icii di> son |ir(i(li;iiii, Il a loiiy-laiis touvi'' iiiainlo liiiino iniuKirlflIc, Il s'est oiillé d'orgueil, il s'est désespéré; l,a chaude auibilion l'a souveni alleré; Il n'a point esté simple, ains douMe et peu lidelle.
Os yeux, rois de mes sens, <pii me devoycnl j;uidci- A toute lieui'c à mon bien et du mal me garder, Ne laissons nulle entrée aux amours insensées, Charmez d'un vain jilaisir, lasches se sont rendus; Par eux mes aulies sens ont tous esté perdus, F.l de mon t'oil)l(! ertMii' les desCenses forcées.
r.ux qui lousjours en haut devoyent estrc dressez. Ont tenu leurs regards veis la terre abaissez; Kux, qui devoyent pleurer jour et nuict mon offense, (•nt pleuié, las! hé (i\ioy? quelque vaine rigueur, tjuelque o\ildy, (piel(|ue change, ou telle autic langueur, l!ont le maudit Amour ses seivans recom|iense.
iMon oreille, où ta voix devoit tousjours sonner. Toute aux contes menteurs s'est voulue adonnei-. Ouverte aux faux rapports, fermée aux véritables; r.lle a souvent ouy ton sainct nom blas|)hemer, Mesdire, injurier, son prochain diflamer, l'.t s'est pleuë au discouis des amoureuses fablt>s. Las! helas! que ma bouche a failli contre loy! Je l'avois, o Seigneur! pour enseigner ta loy, Et du bruit de ton nom rendre la terre pleine. Pour aider les mortels, au bien les appeller, Les retirer du mal, reprendie et consoler. Sans jamais la souiller d'ime parolle vaine.
Mais, au lieu d'en cueillir im fiuict tantdesiié, Je n'ay faict que mentir, je me suis parjuré, J'ay despité le ciel, ta gloire et tes merveilles, J'en ay flaté les grands et leurs maux desguisez; J'ay semé la discorde, et de propos rusez J'ay souvent enchanté les crédules oreilles.
Bref, chacun de mes sens, tant dedans que dehors, F.t chacune des parts de l'esprit et du corps iN'ont plus rien qui ressemble à leur forme pieuilere; In seul trait de ta main n'est sur moy demeun'; Je suis un monstre hoirible et si deliguré, Que de peur de me voir je fuy toute lumière.
Helas! j'ay bien laison d'estre palle et tremblant; Ma confusion croist, mon mal va redoublant. Oui du roc de mon cœur sortiia des fontaines'.' nui grossira mon chef de torrens furieux'.'
ŒUVRES CHRESTIENNES
Qui (le larges ruisseaux m'enflera les deux yeux, Pour noyer mes peschez, mon angoisse et mes peines?
Mes chants soyent convertis en longs gemissemens, En ténèbres mes jours, mes plaisirs en tourmens; Que je semé mon clief de poussière et de cendre, Que des bons comme ingrat je sois abandonné; La crainte et la tremeur m'ont tout environné, Et la bouche d'enfer s'ouvre à fin de me jirendre.
Que d'un seul en mon dueil je ne sois consolé, Car du livre de Dieu mon nom est cancelé. Monts, bois, tleuves, rochers, pleurez mon advenlure ! Le portraict du Seigneur j'ay moy-rnesme effacé, J'ay deslaissé mon père et son bien despensé, Tuis avec les pourceaux j'ay pris ma nourriture.
Mais pourtant à mon Dieu je me veux présenter. Je veux, las ! à ses pies tout en pleurs me jeter, Poussant du fond du cœur ceste voix lamentable: ■' J'ay pesché devant toy, père doux et clément; Je m'appelle ton fils, mais c'est indignement. Mon malheur ne mérite un riom si favorable.
n De l'abysme où je suis à loy je vay priant ; Pardonne, à ton enfant contiit et suppliant! Je te demande grâce et fuy toute justice. Ne veuille droictement mes erreurs balancer; Ta justice, 6 Seigneur! ne se doit exercer Que contre le méchant, qui s'obstine en son vice.
« Plaise-toy de tout poinct mes péchez pardonner. Mais ce n'est pas assez, je crains d'y retourner; Ma foiblesse, o Seigneur! m'est trop et trop cogneui" Aide donc, s'il te plaist, à ma fragilité, El puisque de la mort tu m'as ressuscité, Que mon ame au tombeau ne soit plus détenue.
Esclaire à mon esprit, et le conduis à toy, Fiempli mon cœur d'amour, de confiance et de foy. De tous objets trompeurs mes yeux vueille distraire, Mon oreille à jamais soit ta voix escoutant. Ma bouche incessamment ta gloire aille chantant, Et que d'ame et de corps sans lin je te révère.
PSAL. XXXVIll
IlOMl.NE, NE I.N FLRORE TL'O ARGUAS ME
Seigneur, helas ! ne repren mon offense F.n ta jnste fureur;
iF.UVHES CIIRK: TrP.NNRS.
A la rigiinir no puny mon nronr, l't (lo Ion iro cstoins la violonco.
Tes poignans traits ilcdans nioy soni licliiv, Tes mains mo sont rontraiivs, To\ito ma cliair rst convnrtc il'ulccros, Et louto ])aix fuit dovant mns peclicz. Car tant de maux, dont mon ame esl roupalile, Vont mon clief surjiassant, Et tout ;i coup, comme un faiileau |)rcssant, Charrient mou dos d'un poids insupporlahlc Oc pourriture et de sang tout iioircv.
Coulent mes cicatrices Pour ma folie, et courbé de mes vices, .le marcIie à peine angoisseux et li-ansi. I.'ai'deur cuisante, en mes reins allumée, Les poingt d'elancemcns; nien n'est en moy qui soit franc de tourmens, Lieu n'est entier sur ma chair entamée. L'afdiction m'a du tout rabaissé.
Rien plus ne peut me plaire; Las ! je rugis et ne cesse de braire Les serremens dont mon cœur est pressé. Tout mon désir s'ouvre devant la face, Seigneur, et les regrets De ce cœur mien ne te sont point secrets; Tu sçais ma plainte avant que je la face. Le cœur me bat de tristesse et d'esmov, Ma vigueur esl passée; De mes deux yeux la clairté m'a laissée. Ils ne sont plus, mes yeux, avecque moy. Ceux dont j'ay veu ma forlime suivie, Me regardent de loin; Mes plus prochains me laissent au besoin El mes haineux se jettent sur ma vie.
Ils ont semé maint rapport diffamaul, Ceux qui mal me pourchassent; Et pour me prendre aux filets qu'ils m'enlasseni Sans fin, desseins sur desseins vont tramant. Mais, comme un sourd que l'air frnpé ne louclie. Je ne leur respons point ; .le suis muet, quand leur lang\ie me poind. Toute réplique est taiie en ma bouclie. Or pour autant que je n'ay mon recoins Qu'à la majesté sain le, Tu respondras aux soupirs de ma plainle. Seigneur mon Dieu, ma force et mon seroursl
ŒUVRKS CIIRESTIENNES. "A'.î
Que leur audace en plaisir ne se baigne, S'ils me voyent broncher; Car je ne puis faire un pas sans clocher, Et la douleur en tous lieux m'accompaigne. Je dy ma faute, et repense espleuré Aux maux qui me captivent; Et cependant ils fleurissent et vivent, Le nombre croist contre moy conjuré. , Eux, coustumiers de faire un mauvais change, Mal pour bien m'ont rendu, Et maint faux bruit à ma honte espandu, Pource qu'au bien ma volonté se range.
Las ! ne nie laisse, et n'esloigne de moy Ta faveur souhaitée; A mon secours tien l'oreille apprestée.
Seigneur mon Dieu, mon sauvenr et mon rov!
PSAI.. LI
MISEREHE MEI DECS JECINDDM, ETC.
0 Dieu ! par ta clémence aye de moy pitié Et me sois favorable, Suivant tes grand's bontez purge la mauvaistié Et les transgressions d'un pécheur misérable. I.ave-moy davantage, et te plaise effacer Geste tache espandue; Car je cognoy ma faute et la voy sans cesser, Qui s'offre espouventable à mon ame.esperdue. A toy seul j'ay péché, j'ay faict mal devant to\% Et l'horreur de mon vice Te fera trouver juste aux propos de ta loy, Et vaincras l'insensé qui rejirend ta justice. Voylà, j'estoy souillé dés que je fu receu Dans ce val de misère; Je me suis vçu coupable aussi-tost que conceu, Et couvoy le péché dans les lianes de ma mère. La vérité te plaist, tu veux qu'en nos espris Ferme elle s'enracine; C'est pourquoy les secrets, bénin, lu m'as appris Et les destours cachez de ta liante doctrine. Asperge-moy dhyssope, et je verray soudain Ma souillure effacée; S'il te plaist, ô Seigneur! me laver de ta main. Je passeray la neige en flocon? amassée.
.•20 (1. l- V r. K s r. Il r, F. s T ! E N N E s .
Tu iloniioias, Soi^uoiir, A mon cœur di^snlo l.a joye cl la linsso Pc ni(\s poclipz riMiiis, j'en soray consolr, • Et mrs os rcsjouis, qui lomboyout <\p. Irislcssp. Destourne lui pou ta face et tes yeux courroucez Iip ma faute excessive; Ou si lu me veux voir, soyf nt devant effacez Tous ces maux, dont l'Iioi reui- de ta grâce me prive Crée un cœur net en moy par ta sainte bonté, Vray Dieu que je reclame, I".t il'un nouvel esinil, pronit à ta volonté, Inspiri' ma poicliinc^ et recliange mon aine. Ne me rejette, iielas! misérable et banny De ta face amiable, V.t de ton saincl esprit, ton amour infini, Ne m'osic la conduite et l'apjjuy secourable. Ren-moy de ton salut le soûlas désiré, Et d'esprit volontaire lleigle et soustien mes pas; j'instruiray l'esgaré, Radressant les pecbeurs au cliemin salutaire. 0 Dieu de mou salut ! absous-moy de l'erreur Homicide et cruelle; Et lors, vrayment toucbc d'une sainte fureur, Ma lanjfue annoncera la justice éternelle. Seigneur, ouvre ma lèvre, et ma bouclie dira Ta louange sacrée; Mon ame, autre victime à tes yeux n'offrira, 1,'liolocausle aussi bien n'est point ce qui t'agrée. Le saciifice à Dieu c'est un cœur tout bri.sé Du clucil de son offence; 0 Dieu ! jamais de toy n'est le cœur mespiisé, Oui froissé s'humilie et qui fait i)eniteucp. Las ! Seigneur, à Sion sois doux et gracieux Par ta volonté sainte, Afin qu'encore im jour nous voyons de nos yeux (.tue ta Hierusalem de murailles soit ceinte. Lors tu prendras à gré que l'on t'aille immolant De justes sacrifices, L'entière ol)lation, l'holocauste brûlant, El qu'on charge l'autel de veaux et de genices.
ŒI'Vr.ES CKP.ESTI F. N.NK s. :i21
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