DOMINE DELS SALUTIS ME E, ETC
Je ciie à toy de jour, jo crie à toy de nuit, Seigneur, Dieu de ma doliviance; Oy ma prière, lielas! qu'elle entre en la présence, Ten l'oreille à mon cry, voy le mal qui me nuit. De douleur et d'ennuis ma pauvre ame est soûlée; Ma vie a touché le Irespas.
On me conte entre ceux qui descendent là-bas; Ma vigueiu- tout à coup de moy s'est escoulée. Délivre, entre les morts qu'un long somme a tondiez. Sans aucun soin l'on m'abandonne, Comme les corps meurtris que la tombe environne. Loin de ton souvenir de ta main retranchez. En la fosse plus basse aux ténèbres profondes, Ombres de mort, tu m'as jette; L'efTort de ton courroux sur moy s'est arresté, J'ay senti dessus moy tous les tlots de tes ondes. Ceux qui me cognoissoyent, tu les as esloignez; A tous je leur suis détestable, .le ne sors du tout point, prisonnier misérable; La tristesse afToiblist mes yeux tousjours baignez. De clameurs, o Seigneur! j'ay comblé les oreilles. Tout le jour mes mains l'élevant.
Vas-tu donc pour les morts les hauts faits réservant? Se releveront-ils pour chanter tes merveilles? Ta clémence au tombeau se dira-t-elle mieux Et les verilez en la perte?
Luiront mieux les hauts faits en l'horreur plus couverte Et tes jngemens droits au séjour oublieux? Las! dès le poincl du jour. Seigneur, je crie à toy, Je le préviens par ma prière.
Oui te fait rejetler ma pauvre aine en arrière? Pourquoy destounies-lu ton visage de moy? Moy, pauvre et languissant dés mon âge plus tendre, Les travaux me vont consumant ; Quelquefois élevé, mais aussi pronlemant, lias et confus d'esprit, ta main me fait descendre. Sur moy de les courroux le desbord est passé, Je suis emporté de les craintes, Qui, commeun long cours d'eau, m'environnent tl'enceintes; Je me vov tout autour ce déluge amassé.
d r vr, rs m n ksti i' nnrs.
Mrs plus cIkms lompajinnns, iiws nniis |ilu>^ (idollos, Tu los as lirez do ces lieux; l'n sniil (lo mes iirnclinins irn]i|);n oisi ;'i mes yeii\, Tdiis ilevieiineiil pdiir iiiii\ des Inicbres cinellfs.
riiir.liK Dr. MnVSK rsAi.. \c. — DOMiM-:, nEKi'GiiM facti's rs NOiiis, rrr.
Seigneiir, de race en race el de toute durée Tu l'es faict voir des tiens la retraite asseurée;
Avant qu'en aucun lien Le haul (H'gueii des monts s'avancasl de i)aroislre, One la Icrn! prinl forme et que le monde eust eslre, Du siècle jusqu'au siècle à jamais tu es Dieu.
Tu tournes le mortel jusqu'à le voir dissoudre, Rtdis: '< Knfans d'Adam, retournez en la poudn'
Où tout liouiine est réduit. »
Car mille ans devant toy sont comme la journée Oui fut hier finie, ou l'espace ordonnée l'iiur ime sentinelle en sa garde de nuit.
Tu les fais découler comme l'eau d'un ravage; Ils ne sont rien qu'un somme. 11 croist comme l'heibage
Aussi-tost retranché :
Au matin il fleurisl riche en couleur diverse, l.e soir n'est pas venu que foible il se renver.se; On le fauche ,i l'instant et devient tout seiche.
Ta fureur nous estoinie, et ton ire enflammée liend de nos plus heiuix jours la vigueur consommée;
Car, las! tu vas posant Tant de transgressions de nos âmes tachées Devant tes yeux si clairs, et nos fautes cachées Au jour de ton visage en ténèbres luisant.
!Nos jours sont défaillis sous ta main courroucée, Et nos ans plus soudains que la voix prononcée
Se sont veus consumez; Car à la fin. Seigneur, sept dizaines d'années Rendent des jours humains les bornes terminées; Ce sont de nos travaux les cours accoustumez.
(Jnelques plus vigoureux et qui mieux semaintiennent, Jusqu'à quatre-vingts ans aucunes fois parviennent ;
Encor ceste vigueur Et le mieux de leur tans n'est rien que fascherie. Car nostre âge s'envole, et ceste humaine vie Est tout soudain passée et n'a point de longueur.
IF. u vp.es r. hrestiennes.
Mais qui cognnisi, assoz l'olfort do la colne, Et qui, l'apprphpnflant autant qu'ello est sevoie,
N'a peur de l'irriter?
De la dextre, o Seigneur ! admirable en puissance, Et de nos jours si courts donne-nous cognoissance, A fin que la sagesse en nous puisse habiter.
Retourne-toy, Seigneur, soit ton ame appaisée. Jusqu'à quand ces rigueurs et ceste ire embrasée
Sur tes pauvres servans ?
Monstre-toy consolé, sois-leur doux et propice; Fay que dés le malin ta bonté nous remplisse, Et nous te chanterons tant que serons vivans.
Vueille nous resjouir au prix de nos tristesses, Pour les ans de nos maux donne-nous des liesses;
Qu'on voye, ô Tout-Puissant!
Ton œuvre en tes servans, ta splendeur sur leui' race, Soit sur nous du Seigneur la lumière et la grâce; Qu'il conduise nos mains, qu'il les aille adrrssanl.
l'SAl.. CXXXIX D 0 >t I N E r n 0 n A S T I m r
Seigneur, tu m'as sondé, tu m'as veu sans cesser; Mon lever, ma séance à tes yeux n'est secrelte; Tn sçais bien loing devant quel sera mon penseï-, Tu descouvres, Seigneur, mon gisle et ma relraicle, f t prévois tous les pas que mon pied doit presser.
Mon propos t'est présent qu'il n'est pas prononcé; Tu connois toute chose et passée et nouvelle, (/est toy qui m'as formé, tes mains m'ont compassé, Monstrant en moy. Seigneur, une science telle, Que, quand j'y veux monter, mon esprit est lassé.
Où fuiray-je? ô Seigneur! où m'en pourray-je aller. Evitant ton esprit et l'aspect de ta face? Tu remplis tous les cieux, si j'y pense voler, Et tout au mesme instant, si je change de place, Je te trouve aux enfers, quand je veux devalei'.
Si j'attache à mon dos le plumage divers De l'aurore embausmée, et recelle ma fuite Jusqu'aux bouts plus perdus des plus lointaines mers, Ta main par tout m'attrape, ardante à ma poursuite, Et ton bras ne me perd en l'obscur des déserts.
Quand j'ay dict : « Pour le moins les ténèbres du soir ilouvrirnnt mes plaisirs,» faulse est mon espérance:
;>2t iirui K S cil m. M II: N ni; s.
C;ir la nuicl à rinslimt pivml des ypii\ ])oui' iiic \(iir : Les tonebros, Seigiunir, sont jour en ta pipscmo, Kl lo jour se l'ait nuict, s'il plaist à Ion pouvoir.
Tu jiossedrs mes roins, tout chaud tu m'as iccii Du vonlip (le nia nimc; : ù Diou ! je le coiircssc, (Juo l'ail est mi'iviMlli'UX dont |ps doigts m'ont tissu, Morvcillrux sont tos faits d'admiialile hantcsso, Et mon amo, o Seigneur, l'a trop l)icn apporcou.
lin seul de tous mes os à ton œil curieux Ne dérobe sa l'orme en secret compassée; Ma substance, ô Seigneur! lu l'as Taile aux lias lieux. Et de mon imparfaict l'œuvre à peine tracée, Matière encore informe, est visible à tes yeux.
Tout se voit en ton livre. Ils y sont imprimez Qu'encore un seul des jours n'esclairoit cest espace; 0 qu'ils sont honorez tes esleus bien aimez, Que leur foiblesse est forte et qu'ils sont en la grâce. Qu'on les voit en tons lieux abondamment .semez!
Dieu, que h>\ir nombre croist ! je les pense coider. Ils surpassent l'arène au rivage amassée; J'ay dormi sur tes faicls, aspre à les méditer. Je me suis reveillé sur la mosme pensée. Et je m'y trouve encore et ne m'en puis oster.
(I Dieu! si ton courroux meurtrissoit le pervers! Mais vous, hommes de sang, loin, loin de mon visage, Qui lascliez contre !uy maints propos de travers, Qui blasphémez sa gloire, et d'un méchant langage Dites que ses citez ne nous tieiKlnml couverls.
Seigneur, u'ay-je abhorré ceux qui t'avoient fasché?-. D'inimitié contre eux n'ai-je eu l'ame remplie'.' 1,'œil de tes ennemis ne m'a-t-il desséché'/ Je les poursuivois tous d'une haine accomplie; .Aussi tout leur courroux dessus moy s'est lasché.
Esprouvc-moy, Seigneur, sonde-moy bien avant; Voy mon cœur, voy mes pas, reconnais mon addresse, Si je suis des pécheurs les deslonrs poursuivant; Voy si l'iniquité de mon ame est maistresse, Et me guide en ta voye, 6 Dieu toujours vivant!
LI'S ŒUVHES CIIRESTIEININES
Il E
M(t>'SIi;iil', DblSIMiIlTES
Des Porles n'ayant plus les vers eu rcM'iriur l!u piiiriino Apollon, plein de net jny( nient, Tu v;is ornant les liens d'un si bel ornement, 'Xt'ils auront à la (in sur tous la préférence.
(Juant au sieye d'Amour tu lis la comparente, Jeune aigle regardant le soleil l'ermement, Au eiel, d'un beau visage, en ce ravissement, Tu clianlois d'un Dieu teint une feinte ajiparcnce.
.Mais, de la vray-semblance aux cieux estant ])orté, Tu vois ore de Dieu l'essence en vérité; Et r'animant tes vers de son ame éternelle,
Tu auras pour loyer toute immortalité; Car Dieu donne tousjours, par la postérité, In loyer innnortel ])Our une œuvre immortelle.