‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 24 sur 150 · X 1 II · texte numérisé non relu

X 1 II

Si tosl qii'.iu plu> maliu ma Itiaiie s'éveille (U bieux! jugez mon lieurli, ji' suis à son hîvei , 1:1 voy tout le plus lieau (pii si' puisse trouver Depuis les Indiens jus([u'oii l'hujbus summcille.

Ce n'est rien que le teint de l'Aurore vermeille, Ce n'est rien que de voir, aux longues nuicts d'iiyvi r, l'army le firmament mille feux an'iver, El n'est vray que le ciel cache plus de merveille.

Je la vois quelquefois, s'elle se veut rnirer, Esperdûe, eslonnée, et long-tans demeurer Admirant ses beautez, dont mesnie elle est ravie:

Et cependant chestif H immobile et poureux, Je pense au beau Narcis de soy-mesme amoureux, Craignant qu'un sort pareil mette fin à sa vie.

Celuy que l'Amour range à son commandement Change de jour en jour de façon différente ; Uclas! j'en ay bien fait mainte preuve apparente. Ayant esté par luy changé diversement.

Je me suis veu muer, pour le commencement. En cerf q\ii porte au flanc une flèche sanglante; Apres je devins cygne, et, d'une voix dolante, Je présagé"ma mort, me plaignant doucement.

Depuis jt: devins Heur languissante et panchée. Puis je fus fait fontaine, aussi soudain sechée, Espuisant par mes yeux toute l'eau que j'avois;

Or je suis salemandre et vy dedans la flame; Mais j'espère bien-tost me voir changer en vois, Tour dire incessamment les beautez de ma dame.

Par vos grâces, madame, et par le dur marlire Qui me rend en aimant triste et désespéré. Par tous les lieux secrets où j'ay tant soupiré, Et par le plus grand bien qu'un amoureux désire ;

Par ces beaux traits qu'Amour dedans vos yeuv retire, Par les lys de vos mains, par vostre poil doré. Et où rien de plus grand pourroit estre juré, Je l'appelle à témoin de ce que je veux dire :

Jamais d'autres beautés mon œil ne sera pris; Doux espoir de mes maux, cher feu de mes espris. Vous serez ma recherche et première et dernière;

Et mon cœur cessera d'idolâtrer vos yeux Lorsqu'on ne verra plus au soleil de lumière. D'eaux en mer, d'herbe aux jirez, et d'estnilles aux rieuv.

Priiir me rrcom])pnspr do lant de passion 0\io .snppoilo mon cn'in', dovnt ;'i Ion sorvico, '\'c l'oirrant pour virlinic, on llniiibant sncrifico, Kl me rondant pour loy comiui^jnon d'ixion :

Non, no payo ma loy d'aiicnno alloclion; Pnis qno c'osi Ion vonloir, il faut qnc j'olioïsso. Paye moy de rij;nfiur, payo moy d'injustico, Je n'en pnis oslro moins à la dévotion.

Preste moy seulement oosle œillade divine Oui me eomlila d'amonr le eœnr et la poitrine, Et qui d'un feu cuisant m'embrasa les espris,

Afin qu'on me jouant soudain je te regarde, F.t que ecnt mille amours dans le sein jo li' daide, Alors tu seras prise au jeu qnc tu m'as jiri'-.

Amour, quand fus-ln né? Ce fut lois que la lerre S'omaillft de couleurs et les bois de verdem-. Do ([ui fus-tu coneeu? D'une puissante ardeur Qu'oisiveté lascive en soy-mesmos enseri'o.

Qui te donne pouvoir d(> nous faire la gnon'e'.' T.es divers mouvemens d'espérance et de |ieur. On te retires-tu? Dedans un jeune cœur Que de cent mille traits cruellement j'enf(>rre.

De qui fus-tii nourry? D'une douce beanlé, Qui oui pour la servir jomiesse et vanilé. De quoy te repais-tu? D'une belle Inmieie.

Crains-tu point le pouvoir des ans et de la mori ' Non; car, si quelque-fois je meurs par leur ell'ori, Aussi-tost je retourne en ma forme première.

WWill

Celle à qui j'ay sacré ces fleurs de ma jeunesse. Mes vers (enfans du cœur), mon service et ma foy, Par qui seule j'espère, en qui seule jo croy, Des Jardins \ c'est ma cour, ma royuo et ma princesse.

' lean des Jardins, médecin de François I". Il élait venu au monde dnns 1(15 environs de Laon, el professa les huinanilés avant d'étudier la médecine. l;eçu docteur en 1519, il enseigna bienlûl l'art de guérir. I.a Pléiade lui lénioisnail une grande faveur, parce qu'il exlinrlail la jeunesse à apprendre

Ceux qui sont altérés d'honneurs ou de richesse, Importuns feront presse à la suite du roy; Les hiens et la grandeur que je brigue pour moy, f.'est de finir ma vie en servant ma maistresse.

Tout ce qui vit au monde, aux destins se rangeant. Est serf de la fortune ou serf de son argent, La peur le tyrannise, ou quelque autre manie :

C'est une loy forcée. Or quelle autre prison . l'ouvoit plus dignement captiver ma' raison fju'une jeune déesse en beautés inflnie?

Doncques sera-t-il vray que l'ennuy ijui me ronge, A ren%7 de ma foy vive éternellement, Et que mon feu cruel s'embrase mesmement Dans la mer des pensers où;nnon aine se plonge?

Me payra-l'on toujours d'une vaine mensonge' Bastiray-je tousjours sans aucun fondement? Seray-je tousjours vu, pour aimer ardamment, Discourir à part moy comme un homme qui songe?

iXe sentiray-je plus au dedans de mon cœur Qu'un débat obstiné d'espérance et de peur, Qui, chacune à son tour, s'entre-donnent la chasse?

llelas! je croy que non; car que puis-je espérer. Si je voy ton secours de moy se retirer, Estans mes ennemis les niaistres de la place?

l'uis-je pas à bon droit me nommer misérable, Et maudire l'aspect sous lequel je fus né, A tant d'ennuis divers me voyant condamné, Sans que j'attende rien qui me soit favorable?

Si je suis travaillé d'un mal insupportable, Sans relâche il me presse et me suit obstiné ; Et si quelque plaisir (peu souvent! m'est donné. Il avorte en naissant et n'est jamais durable.

J'estirnois que le sort, qui m'est si rigoureux. Las de sa cruauté, me voulust rendre heureux Par l'objet tant aimé de ma seule déesse;

Mais ce trait de bon heur comme un songe est passé,

II- grec. Il passail ^t Iriomplier de loulcs Us maladies (an! que l'iieurp fatale n'élait pas sonnée. Il irourul SîibileniénI, en 1549, pendant qu'il célébrait avec ses parents et ses ainis le jour anniversaire de sa naissance.

A|i|iri'nint ;'i mou ciiiii', en tciirljivs laisse'', «.hrapros un ])(;u «le joyn ou sent inicux la ti-islesse.

S'il ost vray qun le ciel ait sa course elcruollp, Que l'air soit iuroiistant, la inor sans fermeté, Que la terre en liyver ne ressemble à l'esté, El que pour varier la nature soit belle;

S'il est vray que l'esprit, d'origine immortelle, Clieiehant lousjours d'a|>pren(lre, aime la nouveauté, Et si mcsme le corps, pour durer en santé, Change, avec les saisons, de deuKHire nouvelle,

D'où vient qu'estant forcé, par la rigueur des cieux, A changer, non de cœur, mais de terre et de lieux. Je ne guarisse point de ma vive pointure?

D'où vient que tout nie fasche et me desplaise tant? Ilelas! c'est que je suis seul au monde constant, F.L ipie le cliangement est contre ma nature.

CIIANSO.N

Ilelas 1 tyruii plein de rigueur, Modère un peu ta violence !

Que te sert si folle despence?

C'est trop de fiâmes jiour un cœur.

Espargnes-en ((uelque estincelle Et la garde, alin d'émouvoir La fiere qui ne veut point voir En quel feu je brùlo pour elle.

K.\ecute, Amour, ce dessein.

Et rabaisse un peu son audace : Son cœur ne doit estre de glace, Bien qu'elle ait de neige le sein

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