‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 26 sur 150 · XI.VIII · texte numérisé non relu

XI.VIII

Les premiers jours qu'Amour range sous sa puissance L'a cœur qui chèrement garde sa liberté, Dans des filets de soie il le lient arresté, Et l'émeut doucement d'un feu sans violence:

Mille petits Amours luy font la révérence ; 11 se bagne en liesse et en félicité; Les jeux, la mignardise et la douce beauté Voilent tousjours devant, quelque part qu'il s'avance.

Mais, las! presque aussi-tost cet heur se va perdant, La prison s'étrecist, le feu devient ardent. Les fdets sont changez en rigoureux cordage.

Venus est une rose espanie au soleil, Oui contente les yeux de son beau teint vermeil,. Mais qui cache un aspic sous un plaisant fueillage.

(les eaux qui, sans cesser, coulent dessus ma face, Les témoins découverts des couvertes douleurs, Diane, helas! voyez, ce ne sont point des pleurs : Tant de pleurs dedans moy ne srauroient trouver place.

C'est une eau que je fay, de tout ce que j'amasse De vos perfections, et de cent mille tleurs De vos jeunes heautez, y meslant les odeurs. Les roses et les lis de vostre bonne grâce.

Mon amour sejt de feu, mon cœur sert de fouineau. Le vent de mes soupirs nourrit sa véhémence. Mon œil sert d'alambic par où distile l'eau.

I"t d'autant que mon feu est violant et chaud, Il fait ainsi monter tant de vapeurs en haut. Qui coulent par mes yeux en si grand' abondance '.

Helas! de plus en |dus, le malheur qui ni'outra,Li? Uenforce sa furie et me va poursuivant. Je sens en pleine mer les ondes et le vaut, A l'heure que je pense estre près du rivage.

Dieux, soyez-moy bénins! Destournez ce présage, Faites que nui frayeur ne marche plus avaul, On ne permettez pas que j(i.reste vivant

' .Merveille Je reilieiclie cl de iiiaiiv.-iis ironl.

Pour voir ilf* mrs doux ynix un si |iiloii\ n.'iiiriagp.

I.i'is raniniiu's |)l;iis;uis ((iii soiiloicnl iii'ciicliaiilcr, Tiisli'intMil (l('';iiiisoz, vininont iirospouvanlcf, OnVaiil (lovaiil nit's sons niainli» idolo fiinoslc.

0 iiiorl ! si c'csl lo ciol ([iii tn laro avancoi', Pour lavii" la hraiiti' qu'atlnro mon poiisor, I.as! clianjin à nuiii (losliii la fiutiiiu' d'AlcosIo!

lloui'i'iix .•iiiiicau lie ma licllo inlimiKiiiir, Que je l'oslimi' ot lomliicii tu ino plais! (l'est toy, iiiigiidii, ipii nies cniuiis dosfais, l'ar les vertus dont la pierre est si plaine.

A ton objet iiiou œil se rasscraine, Lajicur me fuit, d'espoir je nie repais; Toute ma guerre est convertie en ])aix, Et ne cognois ny tristesse ny paine.

Tu es tout rond : parfaite est la inndeur; Tu es tout d'or, pour monsti'er la grandeur De mon ainoiu' épuré i)ar la (lame.

Du Lydien l'anneau tant renommé, Qui le lit i)rince et jouir de sa dame, S'il estoit mien, ne seroit mieux aimé.

LU

Quand la flere beauté qu'uniquement j'admire Faisoit luire à Paris les soleils de ses yeux, Ou ne voyoit par tout qu'un printans gracieux. Et tousjours mollement soupiroit un zépliyre.

Mais, depuis que son œil autre part alla luire, La P'rance n'a rien \eu qu'un hyvcr soucieux, Tout noircy de brouillards, obscur et iiluvieux, Et les fiers aquilons lurieusemenl bruire.

Or' les monts on elle est, qui souloienl par avant Et, l'esté plus ardant, estre battus du vaut. De frimas, de gelée et de glace éternelle.

Sont, an mois de janvier doucement évantez; Les eaux parlent d'amoiu', et, de tous les eoste/, Un ne voit rien (pie lleiirs et venlure nouvelle.

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