‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 32 sur 150 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Le ciel se plaisl en elle, et, louant la nature, Les mortels bien-heureux s'égayent de l'avoir. • >i tost que je la vey si divine et si belle, Mon ame incontinant recogneut bien en elle Le parfait qu'autre-fois elle avoit veu aux cieux ; C'est pourquoy du depuis saintement je l'ailore Pour la divinité qui la suit et l'honore, Et croy qu'en l'adorant je fay honneur aux Dieux.

On dit que nous avons une estoille pour guide. Qui, forte, nous arreste ou nous laselie lu bride, Et qui tient tle nos jours le terme limité; Mais ma déesse seule est mon astre prospère ; C'est la loy de ma vie, et ne pourroy rien faire, Ny ne voudrois aussi, contre sa volonté.

Tous les astres divins qui dans le ciel ont place Sont nourris des vapeurs de ceste terre basse, Et de là puis après ils causent nos humeurs; C'est tout ainsi de moy : car ma belle planette Se repaist des soupirs et des pleurs que je jette, Puis m'inspire au dessus tant d'ardantes chaleurs.

Et quand aucunesfois sa clarté se relire De dessus moy, chetif, rien plus je ne voy luire; Une ombre espesse et noire obstinément me suif. Mes yeux, comme aveuglez, demeurent sans conduite; Je n'ay rien que tristesse et malheur à ma suitte. Et si je fay un pas, toute chose me nuit.

Je me pers bien souvent, pensant perdre ma paine, De rocher en rocher, de fontaine en fontaine, Comme il plaist au destin qui me rend malheureux; Mais je pers seulement mes pas et mon estude. Car, parmy le silence et par la solitude, J'ay tousjnurs à l'oreille un chaos amoureux.

Si je suis par les champs, je reçoy fasclierie; Si je suis par les prez, je liay l'herbe fleurie; Si je suis dans un bois, je n'y puis demeurer, Et sa belle verdeur accroist ma doleance; Car on dit que le verd est couleur d'espérance. Et, loin de mon espoir, que sçaurois-je espérer?

En hyver, que je voy les lUiintagnes désertes. Blanchissantes par tout et de neiges couvertes : Las! ce dy-je, ma dame a le teint tout pareil. Mais que mon noir destin ,i la neige est contraire Car la neige se fond quand le soleil éclaire, Et je me fonds si tost que je pers mon soleil.

Quand je voy les torrens qui des roches desçandent, Et d'un cours furieux à bouillons se respandeni.

50 III A m:.

Ils me font soiivniir do mes ploiiis alinndniis; Kt flis PII soupiranl : Toutps cos i-aux cnsonibli', .\y loiit ce (pifi la inci' do rivicros assfiiible, N'otciiidroiont ])as le fou qui m'ombrasc au dodan*. J'ay inillo autres iiousrrs, ri inillo ol mille et mill (Jui fdut (|iriui'(>ssaMniieiil mon es|uit se dislile. Mais cesse, ô ma cliansoii! vaiiiemeiil In iiielans : Conle plus tost, la uuict, les troupes estoilées, Le {jravier et les Ilots des campagues salées, Les fiuita^^es d'aulouine et les lleurs du ))i'intaiis.

Cil A M' D'A M (Il T.

Puis que Je suis épris d'une beauté divine, Puis qu'un amour céleste est roy de ma iioilrine, Puis (pie lien de mortel je ne veux plus >onner, 11 faut à ma princesse ériger ce trofée. Et faut qu'à ce grand Dieu, qui m'a l'ànuï eschauirée, Je consacre les vers que je veux entonner.

Escrivant de l'amour, Amour guide ma plume; En parlant de beauté, la beauté qui m'allume Vienne seule à ce coup mon courage esmouvoir ; De deux grands dettes la laveur je désire: Aussi les deïtés qu'en ces vers je veux dire N'ont rien qui soit égal à leur divin pouvoir.

C'est un grand Dieu qu'Amour, il n'a point de semblable, De luy-mesme parfait, à luy-mesine admirable. Sage, bon, cognoissant, et le premier des Dieux. Sa puissance invincible en tous lieux est connue, Son feu pront et subtil, qui traverse la inié, Brûle enfer, la marine, et la terre et les cieux.

Si c'est un Dien puissant, la beauté n'est moins grande; I.a beauté comme Amour en la terre commandt-. Son pouvoir règne au ciel sur la divinité; l.'liomine s'en esmerveille, et l'angeliqne essence Se ravit bien heureuse en voyant sa présence; Aussi l'amour n'est rien qu'un désir de beauté.

Dui'ant le grand déliât de la masse première, Oue 1 air, la mer, la terre et la belle lumière, Mesiés confusément, faisoient un pesant corps. Amour, qui fut marry de leur longue querelle. De la matière lounle en bastit une belle, Ilengeant les elemeus en paisibles accords.

D'une chose sans forme il on (il une ronde, Que, pour son ornement, on appelle le monde. Entretenu d'amour, dont il est tout remply; Car cet amour tousjours par la beauté l'attire; En suivant la beauté, belle forme il désire : Voilà comme l'amour rend le monde accomply.

S'il a formé le monde, il luy donne durée. Et rend par bonne paix sa matière asseurée, En discordans accords toute chose unissant. Tout ce qui vit icy recognoist sa puissance : Car, en entretenant ce qui est en essence, Fait que ce qui a fin n'est jamais finissant.

En la grandeur des cieux, en l'air et en la terre. Et en toutes les eaux que l'océan enserre. Il ne se trouve rien qui n'en soit agité : Le poisson, au printans, le sent dessous les ondes, Les ours et les lyons aux cavernes profondes. Et l'oiseau mieux volant n'a son trait évité.

Les plus lourds animaux, parmy les gras herbages, Sentans cet aiguillon, qui leur poind les courages, Bondissent, furieux, pleins d'amoureux désir: Le toreau suit la vache à travers les montagnes, Le cheval la jument par bois et par campagnes. Conservant leur espèce, attirez du plaisir.

Jupiter, par luy-mesme, ayant l'âme enllamée. Coule dedans le sein de sa sœur bien-aimée. Joyeuse de sentir un tel embrasscinent ; Dont grosse puis après, orgueilleuse, elle enfante Cent mille et raille tleurs, qu'elle nous représente, Resjouyssant nos yeux de son riche prnement.

C'est donc. Amour, par toy que les bois reverdissent, C'est par toy que Ifs blés es campagnes jaunissent. C'est par toy que les prtz se bigarrent de (leurs ; Par toy le doux Printans, suivi de la Jeunesse, De Flore et de Zephyre, étale sa richesse, Peinte diversement de cent mille couleurs.

Nos ancestres grossiers, qui vivoient aux bocages. Hideux, velus et nus comme bestes sauvages, Errans deçà delà sans police et sans loyx. Se sont, par ton moyen, assemblez dans les villes, Ont policé leurs mœurs par coustumes civiles. Ont fait les deïtez, se sont esleu des roys.

l.ps lollros ft les at'ls lo doivent leur naissanciî, Tu nous as l'ait aimer la coulante, eloquenee, l.a haute astrologie, et la justice aussi ; Mesmo eucor à présent, l'accord tic la musique, En te reconnoissant, languist nielancliolii|ue, S'il ne plaint la rigueur de Ion poignant souci.

Tout lit par où lu passe, et la veuii amoureuse, Qui lirùle doucement, rend toute chose heureuse; La grâce, (piand tu marche, est tousjours au devant; l.a volupté mignarde en cliantanl t'environne, r.t le soing dévorant qui les hommes talonne, (Jnand il te sent venir, s'enfuit comme le vent.

l'ar toy, le laboureur, en sa loge champcstre, Par toy, le pastoureau, menant ses hi'ebis paistre, Se jilaist en sa fortune et bénit ton ])ûuvoir, VA, d'une vilanelle, en chantant, il essaye D'amollir (lalatée et de gnarir sa plaie. Modérant la chaleur qui le fait esmouvoir.

Les roys, par ta pointure, animez d'allégresse. Donnent quelquefois tresve au soucy qui les presse ; Des graves magistrats les chagrins tu desfaits; Tu te prens, courageux, aux plus rudes gendarmes, Kt souvent, au milieu des combats et des armes. Tu chasses la querelle et nous donnes la paix.

Bien que tu sois premier de la bande céleste En âge et en pouvoir, tu as pourtant le geste D'un enfant délicat, gracieux et séant; Tu es plaisant et beau, tu as le corps agile, Front, allaigre et dispos, à se courber facile, Subtil, gaillard, volage, et tousjours remuant.

Tu délectes les bons, tu contentes les sages. Tu bannis les frayeurs des plus lâches courages, Rendant l'homme craintif hautain et généreux; Tu es le vif surgeon de toute courtoisie, Et, sans toy, ne peut rien la douce poésie. Car un parfait poëte est tousjours amoureux.

0 Dieu puissant et bon, seul sujet de ma lyre, Si jamais que de toy je n'ay rien voulu dire, Et si ton feu divin m'a tousjours allumé, Donne-moy pour loyer (ju'un jour je jjuisse faire Un œuvre à ta loiiange éloigné du vulgaire, El qui ne suive point le trac accoustuiné.

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