LIVRE
Dp liaison, qui vns nous son rey.uii :Klilirs-,i : Vostre début, disl-cllf, est de diosc si giandr, Que j(Our lp bien juger plus long terme il demande. Et, linis ces propos, en riant nous laissa.
CIIA.NSON
llelas! que me»faut-il faire Tour adoucir la rigueui- D'un lyran, d'un adversaiie ijui tient tort dedans mon cœur?
Il me brûle, il me saccage, Il me perce en mille pars, l'uis m'abandonne au pillage De mille outragenx soldars.
L'un se loge en ma poitrine, L'antre me succe le sang, Lt l'autre, qui se mutine.
De traits me pique le flanc.
L'un a ma raison troublée, L'autre a volé mes espris.
Laissant mon amc comblée De feux, d'horreur et de cris.
Tous les moyens que j'essaye, Au lien de me profiter, Ne font qu'enaigrir ma playe Et ces cruels irriter.
Eu vain je respan des larmes Pour les penser émouvoir.
Et n'y puis venir par armes.
Car ils ont tiop de jiouvoir.
l'uis ils ont intelligence A mon cœur qui s'est rendu ; Cil où j'avoy ma fiance Sl'a vilainement vendu.
Mais ce qui me reconforte Eu ce douloureux esmoy.
C'est que le mal ([ue je porte Luy est commun comme à moy.
COMPLAINTE
Je veux maudire Anioui', dieu de sang et de flamc, Et du ciel confie luy la justice esmouvoir. Outré des passions qui traverbcnt mon ame, Depuis qu'elfe est réduite aux fers de son pouvoir.
Son iioinnirl iin'.ix-n' dil '.' Ilclas ! j'ay l'.iji uircinr, C'csl l<ï vdsiic, Diuiio, iiiKiuoI je suis soumis, Kl 110 rocoiiiiiiy plus Aiiioiw iiy sa imissaiifc, l'iiis (lui' j(< vois ([u'AiiKnir csl de vos ennemis.
Vosire d'il seul me commamle, el mou e<iiir liiliulaim Ne comioist auli'e amour, aulre eiri|iire, aulie lov; Je suppoile ce joug counn(! un mal nécessaire, Kt plus j'en suis contraint, |)lus s'augrnonlc ma l'oy; l'dur lant d'assauls divers, donl mon ame opressée S'est veuë en vous servant sans pitié l'ec'liarger, Jamais je ne cliangeay ceste ferme pensée : La mort niesme et le tans ne la pourroient changer.
.!e ne déguise point, mon eo'ur n'est point volage; Vous sçavez la grandeur de ma lidelit(',
t;ar les rays de vostrc o-il lisent dans n cduraye;
Puis on ne peut tromper une <livinilé.
Si donc vous le sçavez, et (pi'aye/. connoissancc
Hue je n'csperc rien pour ma l'crme amitié.
Au moins faites semblant, pour toute recompanse,
Que vous jilaignez ma peine et (pi'en avez |)itié.
Las ! je seays (pie le mal, dont mon ame est saisie, Vient de m'estre à vos yeux follement liazardé ; J'en ai perdu la veuë ainsi que Tirésie ; Le décret de Saturne est pour inoy trop gardé. Toutesfois je ne puis ny ne veux me flistraire De ces flambeaux divins, mon aimable tourment. Et me plais de lan^inir en si belle misère, l'uizant du inallieur mesnii; m\ vray coiitenteinent.
Vous pouvez bien juger mon amour estre extre.sme, IHiis que le desespoir ne la peut oll'encer, Et que pour vous aimer je fay guerre à moy-inesme, Secondé seulement de infin triste penser. Celuy qui bien aimant d'espoir se reconforte. Ne se peut dire aimer s'il m'est acconiparé, Veu que sans réconfort nia douleur je supiiorte. Et que je suis constant estant désespéré.
Les herbes (jne l'on voit au printans dcsiraldc Ont leurs efl'ets divers et leur propriété. Et de tant d'animaux l'un est doux et traitalile. L'autre se bagne an sang et à la crnaulc. Or la propriété que le ciel m'a donnée. C'est d'adorer vos yeux, leur faveur poursuivant; Et la vosire nu contraire est de m'estre obstinée El croistre en cruaulez mieux j'iray vous servant.
De vous donc je ne puis justement me complaiiidrc, Mais du ciel iuliumaiii et du mariieuieux sort,
Oui iiisim'ù un If! point m'imt bien voulu conliuiiidie, (.Ui'aiiuanl vos yeux divins je dois aimer ma mort. Vrayment je l'aime aussi; car pront et volontaire, Voile avecque plaisir, je voile à mon trespas; Et, lorsque la Raison me remonstre au contraire Et m'en veut retirer, je ne l'escoule pas.
Si croy-je aucunesfois qu'il est bon que j'évite. Pour adoucir mon mal, le feu de vos beaux yeux. Je le fay, mais en vain ; car rien ne me profite, Et pour vous esloigner je ne m'en trouve mieux. Le cerf qui sent d'un trait sa poitrine entamée, Esloignant le cliasseur, n'amoindrit sa doulem'; Aussi iiour vous fuir, l'ardeur trop allumée, Qui fait bouillir mon sang,'n'a pas moins de chaleur.
Si donc je ne voy rien qui me soit secourablo, Que ne fay-je dessein de mourir malheureux. Sans espoir que le ciel, quelque jour favorable, (".liante en bénin aspect mon astre rigoureux ' Voila tout le loyer où il faut que j'aspire. Pour avoir si longtans servi fidellement ; Toutesfois c'est loyer, quoy que l'on vueille dire, Car il meurt bien-heureux qui meurt en bien-aimant.
CHAJSSON
L'Amour qui loge en ma poitrine, • Qui mes sens divise et mutini; "Et les fait bander contre moy, Le traistre est de l'intelligence De ceux qui révoltent la France, Ennemis de leur jeune roy.
Comme eux il est grand en caulelle Travaillant de guerre immortelle Mon cœur qui l'a si bien reçeu ; Et d'une modeste feintise Ses cruels projets il déguise.
C'est ainsi comme il m'a deçeu.
il m'a fait changer de pensée, J'ay ma foy première laissée.
Et la loy des bons pères vieux ; Or' pour toute deïté sainte, J':<Jore en honneur et en craiule la belle clairté de vos yeux.
Les mutins surprennent les villes, Et par leurs discordes civilles Comblent tout de sang et de feu ;
r.l liiy, m;- |Mvii;inl .1 !'( ii]l.li'i\ lie iii.iMX n liiiili Mille cniiilili'T, Kl me l'iill iiiiiiirii' |>i'ii ;'i |ii'ii.
I.'iiii d'eux lies iiniuieiiis nc pioposr, !,'uii (les liieiis, i'aiilii^ plus j;i;iiul'chos(>, 1,'aulre uu iiaradls liieii-licuicux ; Les liions, les lioiineurs ri rciiiijiio, Kl le parailis où j'aspire, C'est (l'i'slie tiiusjours amoureux.
l'LAI.NTi:
Ouaiul je pense aux plaisirs ipi'uu reroil en aiiiiaut, I.t (pio lu l'en (l'amour est \me vive llame, Oui l'ail mouvoir res|)ril ni (pii réveille l'anio, Rien ne ino jilaisl .si forl que Testât d'un auianl.
Mais, quand je voy (|u'Aminir ses sujets tyrannise, Qu'il les lient juisonniers, ([u'il les paist de douleurs; Quand j'oy tant de regrets, quand je voy tant de pleurs, J'estime bien-heureux qui garde sa franchise.
0 Dieu ! que de do\ueur de eroire asseurémeiit Que l'uniipie beauté, ([ni uoslre am(\ a lavie, Au|U'es de noire amoin' n'estime rien sa vie! Lors il n'(>st rien si doux que Testai d'un amant.
Mais, si Ton trouve après que c'est toute feintise, r.l (|uc son cd'ur volage csl ailleurs diveily, Tout ce premier jdaisir en rage est couverly : Il esl donc bien-lieureux qui garde sa franchise.
C'est pourtant im grand heur (|uc d'aimer haulemenl, Car un esprit divin lend aux choses hautaines. Puis mille beaux pen.sers adoucissent les paines : Il n'est donc rien si doux que Testât d'un amant.
Ouy, mais le grand péril suit la grande entreprise, El qui monte bien haut |ieut bien bas liesbuchei- ; Et puis en se brûlant il faut son feu cachei- : 11 est donc bien-honrenx qui garde sa fianchise.
('elui qui tout ravi contem[ile incessameul La royne de son C(rur, que le ciel a fait telle, Qu'il y trouve lousjoms quelque beauté nouvelle, ^'estime rien plus doux que Testai d'tm amant.
Mais, quand il voit après que la belle se prise. Ou qu'elle est fantastique et se plaist à changer, 11 maudit la fureur qui le fait enrager. Et nomme bien-heureux qui garde sa franchise.
Si est-ce un grand |ilaisii', après un long tourment, D'adoucir à la fin la rigueur de sa dame,
Baijftr son IVoiil, s;i houclie el sc^ ycii.v pliiii^ ilr lUimc; >'oii, il n'est i-icii si doux que Testai d'un amaut.
Mais si, durant le tans qu'elle nous favorise, Un rigoureux départ nous force à la laisser, (Juelle extrême douleur peut la nostre passer? 11 est donc bien-heureux, qui garde sa franchise.
Encor on se contente en cet esloignement. Car l'esprit s'entretient de douces souvenances. On pense cà la revoir, on se paist d'espérances : Il n'est donc rien si doux que Testât d'un amant.
.Alais après le retour trouver sa place prise, Luy voir le cœur changé, n'estre plus reconnu, Et se voir délaissé pour un nouveau venu : Est-il pas plus heureux qui garde sa franchise?
Vous qui goustez d'amour le doux contentement, Chantez qu'il n'est rien tel que Testât d'un amant; Vous qui la liberté pour déesse avez prise, Chantez qu'il n'est rien tel que garder sa franchise.
CONTT. 'AMOUn
Ce malheureux Amour, ce tyran jilein de rage, 4 Qu'ils estfait si long-tans vainqueur de mon courage, Qui m'a troublé les sens, qui m'a fait égarer. Sans plus baguer sa plume au ruisseau de mes larmes, Est contraint, tout confus, de me quitter les armes Et chercher autre lieu propre à se retirer.
Ma raison s'est rendue à la Tm la maistresse, Et, pour me faire voir ma faute et la linesse De ce traistre enchanteur, m'a débandé les yeux. Ce qui fait qu'à part moy je rougisse de honte. Voyant un petit nain dont j'ay tant fait de conte Et que j'ay révéré comme un des plus grands dieux.
Je connoy mon erreur, je connoy la folie Qui, ])rofonde, a tenu mon ame ensevelie; Je connoy les llambeaux dont je fus embrasé. Je connoy le venin qui troubla ma pensée, Et regrette en pleurant ma jeunesse passée, Maudissant le pipeur qui m'a tant abusé.
Que mon cœur, que ma voix, que mon esprit se change. Au lieu de tant d'escrits sacrez à la loiiange. Cependant qu'un chaud-mal me rendoit insensé. Que mon vers désormais déteste sa puissance, Afm ([ue pour le moins chacun ait coimoissancc Que je n'ay pas grand' peur qu'il en soit oPfmcé.
Ami III i, lu il II cl m I, iiiiiii.ii i|iii' >lr ni.ii liio, l.a M'iili' (iccM^iiin i|iii liiil qur l'un Miuiiiii", (lr;icl(' (le iiiciisdiiuc, ciiiu'iiiy de iiilii', l..irn(' clicinin iI'imiimii', Imniuo iiinl iisscuivi', Temple de Uuliisoii, l'ov (le nulle durée, lîrel'en luus tes ellels eonlraire à l'aïuilié ;
AuKiur, roy di's saiii^lnls, prison ernelle el dure, Meurtrier de tiiiil repos, uionslre de la iialiue, Itruvage euipoisonni', serpent couveit de lleurs. Sophiste injurieux, aitisan de malire, Pas.safîere fureur, exemple de tout viee, Plaisir ineslé d'ennuis, de r(>yrets et de pleurs;
Amour, i|uedy-ie, .nnoiir.' mais inimitié t'iirte, Appelil ileri'ulé, i|ui les hommes transiiorte, lîaeine de malheur, source de déplaisir, l.aliirinllio subtil, passion fuiieuse, .Nid (le déeeption, peste contagieuse, Kntretenii d'espoir, de crainte et de désir;
Si lost que iiostre espiil s'abandonne à te suivre, Ilelas ! ])resqun aussi tost nous délaissons de vivre, Nous mourons sans mourir, nous perdons la raison, Nous chan^'cons à l'instant nostre forme preniieic. Kos yeux chargez d'erreur sont privez de lumière, Et n'avons jiour logis qu'une oliscure pi-ison.
Tu romps l'heur de la vie avec mille traverses, Tu rechanges nos cœurs de cent sortes diverses, lioi'iillans et refroidis, craintifs et généreux : Or' nous voilons au ciel sans jiartir de la terre, Oi' nous avons la paix, or' nous avons la gueire, Kt n'avons rien de seur (pie d'estre mal'lKîureux.
S'il advient (pu'bpiefois que parmy nos desircsscs Tu mesles rarement quelques fausses liesses. Ce n'est pas qu'il te plaise alors nous contenter, Ce n'est pas que nos |>leurs ]dus doux t'ayent pu rendre; Mais afin que la peine, eu nous venant reiirendre. Nous soit idus diflicile cl forte à supporter.
Tout ce (ju'on peut apprendre en tes vaines cscoles, fie sont des trahisons, des feintes, des iiarolcs, Ksciirc dessus l'onde, errer sans jugement, Suivre en la nuicl tromjieuse une idole fuitive, Faire guerre à son ame et la rendre captive, El pour se retrouver se perdre folement.
Les fruits qu'on en re(,'oit pour toute recompense, • l'est d'un long tans perdu la vaine repentance. Un regret desvoraut, un ennuyeux mepiis: Helas I j'en juiis iiarler, je say comme on s'en tienve,
J'en ny fnit, à ma lioiitp, une trop longue rs|irf'uve, Honte, le seul loyer des travaux que j'ai pris.
Je ne me puis tenir de remettre en mémoire Ce tans, que cet aveugle, ennemy de ma gloire, Possedoit mon esprit, yvre de son erreui-; Et pensant de mes faits l'estrange frenaisie, l'resqu'il ne peut entrer dedans ma fantasie Que j'aye esté troublé d'une telle fureur.
Oi'es j'estoy craintif, ores plein d'asseuranco, Ores j'estoy constant, ores plein d'inconstance; Ores j'estoy contant, or' plein de passions; Or' je desesperoy d'une chose asseurée.
Puis je me tenoy seur d'une désespérée. Peignant en mon cerveau mille conceptions.
Quantes fois par les jirez, les bois et les rivages, .\y-je conté ma peine aux animaux sauvages. Comme s'ils eussent peu mes douleurs secourir '. Les antres pleins d'efl'roy, les rochers solitaires. Les desers séparez estoient mes secrétaires, Et, leur contant mon mal, je pensoy me guarir.
Quantes fois plus joyeux ay-je allégé ma paine. Me laissant endormir d'une espérance vaine, Qui, s'envollant en songe, augmentoit mon tourment ! Combien de mes deux yeux ay-je versé de pluie? Et combien de bon cœur ay-je maudit ma vie. Me forgeant sans raison un mescontentement?
Celuy qui veut conter les douloureuses paines, Les regrets, les soucis, les fureurs inhumaines, Les remords, les frayeurs qu'on supporte en aimant, Qu'il conte du printans la richesse amassée, Les vagues de la mer quand elle est courroussée. Et par les longues nuits les yeux du fu'mament.
Le forçat enchaisné quelquesfois se repose, Le pauvre prisonnier, dedans sa prison close, Clost quelquesfois les yeux et soulage ses maux; \u soir le laboui'eur met ses bœufs en l'estable. Et, doucement forcé d'un sommeil agréable, Remet jusques au jour sa peine et ses tiavaux.
Seulement le chetif qui couve en sa pensée Le poignant aiguillon d'une rage insensée Ne sent point de relasche entre tant de malheurs : Si le jour lo faschoit, la frayeur solitaire Et le silence coy r'cnfament sa misère, Henveniment sa playe et frappent ses douleurs.
Est-il dedans le lict? les pensers qui l'assaillent. Mutins et furieux, sans repos le travaillent :
f4 IilANK.
l.'iiii cil, l'aulro (l('l;i, cli.'Kuii ;'i (|iii inioiix inioiix; Do SOS (•\iisaiis rofjrols lo licl il inipoi liiiio, Il rcsvf", il so (lospil(>, il maudit sa l'oilmio, .Noyant louto csporanoe au torrent de ses yeux.
S'il s'enilort quelquesfois, aûgravé de tristesse, llclas ! par \v dormir sa douleur ne prend cesse, Mais plus forl ipu^ ilcsaul il ^e seul liaviiillei' ; Car au premier S(Uiiuieil les soiiyes l'espouvanleut, Kt mille visions à ses yeux se présentent, Qui le font en sursaut rudement éveiller.
Oh si le eitrps vaincu du travail et ilu somme Ne se réveille iioinf, et qu'un dormir l'assomme. Le cœur qui n'a repos ne t'ait (pu; soupirer, L'esprit tremble et frémit de la frayeur horrible, L'ame crie et se plaint pour sa douleur terrible, Et les yeux entr'ouvers ne cessent de jilcurer.
Le jour est-il venu';' sa douleur recommence, 11 déteste le bruit, il cherche le silence ; La dairlé lui des|)laist, et la voûte des cie\ix, Le nnirmure des eaux, la Iraischeur des ombrages. Herbes, rives et tleurs, forests, prez et boccages; Et ne sçauroit rien voir qui contente ses yeux.
Amoiu", ([uiconque fut qui te mit de la race De ce débat confus, lourde et pesante masse *, 11 parloit sagement et disoit vérité, Car, las ! qui veit jamais confusion si grande Qu'aux misérables lieux où ton sceptre commande, Tousjours rouge de sang, il'ire et de cruaiité':'
C'est pitié que d'ouïr les estranges merveilles. Les miracles divers, les douleurs nompareilles Et les cris de ses foux travaillez sans lepos : L'un dit que l'esprit seul a gaigné sa pensée, L'autre accuse des yeux, l'autre a l'auie insensée Pour des cheveux trop beaux ou de trop doux propos.
L'un sera captivé par une larme feinte. Et à l'autre un beau teint donne mortelle atteinte; L'un transira de froid, l'autre mourra de chaud; L'un compare aux rochers celle qui le tourmente, L'autre fait de sa dame une lune inconstante; L'un se plaint d'aimer bas, l'autre d'aimer trop liaut.
Ainsi, dans les enfers, les ombres criminelles Se pleignent vainement de leuis jiaines cruelles Et des tourmens divers qu'il le\ir faut supporter ; Mais, las ! je croy qu'Amour plus de tourmens assemble
' o.iiconi|tip l'.issimila au cliao?.
Dans 1111 cœur amoureux, qu'on n'en voit tout ensemble Anx plus creux des enfers les esprits tourmenter.
Je n'auray jamais fait, si je veux entreprendre De ce bourreau cruel les rigueurs faire entendre, lUgucui'S qui chacun jour se font assez sentir : Jl est assez connu, sa rage est manifeste. Mais, lielas ! c'est le pis qu'un chacun le déteste, Et ne peut ou ne veut de luy se garantir.
Or de inoy qui le puis, et qui me délibère D'eslre franc pour jamais d'une telle misère, Je pren congé d'Amour et de ses feux cuisans : Adieu, Amour, adieu, enfant plein de malice, Adieu l'Oysiveté, ta mère et ta nourrice. Adieu tous ces escrits où j'ay perdu mes ans.
Je pren congé de vous, amoureuses pensées; Je pren congé de vous, nuicts vainement passées, Discours, propos, sermens, l'un .sur l'autre amassez; Et vous, tristes sanglots que ma poitrine excite. Plaintes, pleurs et regrets, je vous donne la fuilte. Lien marri que plus tost je ne vous ay laissez.
Bien-heureuse Raison, royne de mon courage. Pour in'avoir garanty do l'amoureux naufrage. Lorsque j'estoy privé de tout humain secours, Je t'appen en ce lieu ma robe despoûilléc, Des Ilots de la tempeste encor toute mouillée, Ayant à l'advenir devers toy mon recours.
RYMES TIERCES
Si jamais plus ma liberté j engage ,Ati faux Amour, jadis roy de mon cœur. Que je languisse en éternel servage.
Si jamais plus son feu brûle mon ame.
Que je n'esprouve en aimant que rigueur, Et que mes pleurs fassent croistre ma ilame.
Si jamais plus une beauté mortelle Tient mon esprit en la terre arresté.
Que mon mal serve à la rendre plus belle.
Si jamais plus pour ses yeux je soupire. Que mes soupirs croissent sa cruaulé Et de mes cris ne se fasse que rire.
Qu'elle soit folle, inconstante et volage. Que j'en enrage, et qu'en me despitaiit De la laisser je perde le courage.
Que de l'aimer je rougisse de lioiitr', Et toutesfois que je luy sois constant,
C6 diam:.
Kn liiy v(iy;int il'un valol fairo ront<«.
Oue ttuitc iiniil ;'i son huis je litiDPiUc, l"l (inVlIc soit :'( si' nuirqui'r de iiioy, Aii\ ))r;is il'iiii auli'i' lunirpusomcnt cniilcnlr.
Ou'im cliaiiil niaitcl, ((u'uiio ns|)i'r .jalousie De cent furinirs reconipensent ma foy, Kt que tousjoui's mon aine en soit saisie.
<,lu(' mon Iciiil pasic cl mon visa;;r hlosme, !>(• tant il't'nniiis niaiL;if et (iofi^'uié, Ml' soit lionibli' cl m'étonne moy-mcsme.
One le soleil à regret me regarde, Krel", que le ciel, contre moy conjuré, l'our mon salut ma mort mesme retarde.
Mais, si d'Amom- la sa;;ell(' meuiti'ii'ru Ne me peust i)lus désormais entamer, 0 jusli's dieux! accordez ma prière!
Ou'en peu de jours cet œil, mon adversaire. Flambeau d'amour qui m'a fait consumer, Peide sa llame et sa lumière claire;
Que ses cheveux, dont mon ame lut prise. Laissent son chel', après avoir chanj,'é Leur couleur d'or en une couleur s'''**?-
Que de ses mains son miroir elle rompe, Voyant sa face, et que je sois vangé De ce crystal qui maintenant la trompe.
Qu'elle ait regret à sa jeunesse Inlle, Et qu'elle aiipreime, helas ! li'op clieremeut, Que la beauté comme le vent s'envolle.
Lors sans danger, sans douleur et sans crainte, Je me riray d'avoir si longuement A la servir ma liberté contrainte.
l'uis je preudray sa vaine repentance F.t ses soupirs pour heureux payement De mes douleurs et de son arrogance.
VŒU Al' DEriAIN
Puis que par ton secours mon brasier est eslaint. Et qu'avec la raison ma volonté je donte. Dédain, maistre d'Amour, le dieu qui tout surmonte, j'appen ces hameçons devant ton temple saint.
J'appen ces traits brisez dont mon eo-iw lut attaint, J'appen ces nœuds dorez dont j'ay tant fait de conte, J'appen ces tristes vers, messagers de ma honte J'appen ces pesans fers qui long-tans m'ont étraint.
Plus libre, à l'avenir, je vivray pour moy-mesme, Je n'auray l'œil piteux ny le visa^re blesme, Semant tout mon service et mes soupirs au vent.
1,3 volonté (l'autruy ne régira ma vie, Je ne transiray plus d'une jalouse envie Et ne changerai plus de pensers si souvent.