‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 35 sur 150 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Amour, trie et choisis les plus beaux de ces vers Et raye à ton plaisir ceux de moindre mérite . Qu'à ce fascheux labeur ta louange t'excite, 'est dessous ton beau nom qu'ils vont par l'imivers.

Ils sont nez de ta flame et des tourmens divers Dont tu me fis présent, quand je vins à ta suite : Ma prise et ta victoire au vray s'y voit déciite; C'est le papier journal des maux que j'ay soutrers.

Ceux qui ne t'ont connu, sinon par ouy-dire, Ne doivent curieux s'arrester à les lire : Aux seuls vrais amoureux ce livre est réservé.

Les autres ne croiroient tant d'estranges alarmes ; Las ! si n'ay-je rien dit que je n'aye esprouvé, Et chacun de ces vers me couste mille larmes.

DIALOGUE

Arreste un peu, mon cœur, où vas-tu si courant?

— Je vay tiouver les yeux qui sain me peuvent rendre.

— Je te prie, atten-moi. — Je ne te puis attendre, Je suis pressé du l'eu qui me va dévorant.

— 11 faut bien, ô mon cœur ! que tu sois ignorant, De ne pouvoir encor ta misère comprendre :

Ces yeux d'un seul regard te réduiront en cendre : Ce sont tes ennemis, t'iront-ils secourant?

— Envers ses ennemis si doucement on n'use

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l>s yoiix no sont poiiil tels. --Ah! cVst co qui l'alnise : Le lin lioryor surproud roiso.ui ])Tir des appas.

— Tu l'aimscs loy-nirsuio, mi lu liruli's d'cnvio, l'.ar l'oisoau mal-lieunnix s'envDlo à son Ircspas, Moy jo \ollo à des yeux (pii me doinient la vie.

Si je me siez à l'diuljie, aiissi soudainement Amour, laissant son arc, s'assied et se repose; Si je pense à des vers, je le voy qui compose; Si je plains mes douleurs, il se plaint hauteuienl.

Si je me plais au mal, il accroist mon tourmenl ; Si je respan des pleurs, son visage il arrose ; Si je monstre ma playe, en ma poitrine enclose, 11 défait son bandeau, l'essuyant doucement.

Si je vais par les bois, aux bois il m'accompagne. Si je me suis cruel, dans mon sang il se bagne. Si je vais à la gtierre, il devient mon soldart.

Si je passe la nuict, il conduit ma nacelle ; !'>ref, jamais l'importun de moy ne se départ, Pour rendre mon désir et ma peine éternelle.

Las! trop injuste Amour, veux-tu jamais cesser? ^'as-tu point d'autre but qu'un cœur plein d'innocence'' Je reconnois assez ta divine puissance, l'.t suis lousjours tremblant, craignant de t'ofiencer.

Ai-je un seul lieu sur moy qui te reste à percer ! Suis-je pas tout couvert des traits de ta vengeance? Et tu laisses, couard, ceux (jui (ont résistance, Tour sus moy, ton subjet, ta colère passer.

Je sors d'une prison, tu r'enchaisnes mon amo; Je suis guari d'un trait, un autre me r'enlame; Eschapé du péril, j'entre en plus grand danger.

Quand je pense estre seur des Ilots et de l'orage. Que je suis près du port, que je voy le rivage. Tu repousses ma nef et la fais submerger.

0 mon petit livret, que je t'estime heureux ! Seul tu cueilles le fruit de mon cruel martire. Ton contentement croist quand mon tourment empi Et ton heur est i)lus grand, plus je suis douloureux.

Tu retiens doucement ces beaux yeux rigoureux,

en

Dont il faut qu'à regret sans cœur je me relire; Tu vois tous les trésors de l'amoureux empire Et reçois tous les biens dont je suis désireux.

Tu couches tous les soirs auprès de ma déesse, Mais, las! en y pensant, ce souvenir me blesse, Je suis de jalousie ardamment allumé.

Car, hé! que sray-je, moy, si l'Amour par cautelle S'est point ainsi luy-mesme en livre transformé. Pour luy baiser le sein et coucher avec elle?

Privé des doux regards, qui mon aine ont ravie El la vonl nourrissant de mille et mille appas, Je vy trop mal-heureux : mais non, je ne vy pas, Ou je vy d'une vie à cent morls asservie.

Las! je vy voirement, mais c'est mourant d'envie De voir mourir mes maux, qui jamais ne sont las : Aussi bien puis-je vivre entre tant de trespas. Sans cœur, sans mouvement, sans lumière et sans vie.

Je ne vy point; si fay : car, s'il n'estoit ainsi, Sentiroy-je,. estant mort, tant d'amoureux soucis, Tant de feux, tant de traits, qui tourmentent mon ame'

Quoy donc? je vy sans cœur contre l'humaine loy : Non, non, je ne vy point, je suis mort dedans moy; Hélas! si fay, je vy, mais c'est en vous, madame.

PLAINTE

En quel deserl, quel buis ou quel rivage, Amour voilant, me pourroy-je sauver.

Pour l'empescher de me venir trouver Et m'aftranchir de ton cruel servage?

Las! je pensoy, évitant l'inlluence De ces beaux yeux, aux rayons si nuisans, Que mes brasiers en seroienl moins cuisans Et que mon mal perdroit sa violence.

Mais c'est en vain qu'ainsi je me destourne Par les halliers plus fascheux à passer, Car je m'emporte, et je me dois laisser; Partant du pied, du penser je retourne.

Plus je suis loin, plus mon désir s'allume. Je ne puis plus ses efforts endurer.

Jugez, amans, si je dois espérer.

Plus loin du feu, plus fort je me consume.

Je ne voy rien qu'objets qui me dcsplaisent; Toute clairlé rend mes yeux languissans;

1)1 A NF.

Jo ii'i'iilcii rii'ii qui u'odonsn mes sons,

Il |):ii- II' ItMiip^ iiios (loultMii's HP s'a|)aisoiit.

Tu ns hcau l'aiip, o sôloil ! la rovouc-, l'.nllauuiiaul l'air d'amourpuse olaii'li-, Tu tw sçauniis cliasser robscurih'-.

Qui lu'onvirouiio ot {|ui couvre ma veur.

Tu luis pai- tout, fors quo doilans iimu nmo, Mais ilt'ilaus nidy tu n'as point di' pcjuvoir : Nuilo claiili; jp ne puis locevoir S'clli' lu; vient des beaux yeux de ina dame.

Hieu ne s'égale à ma dure souffi'ance, litlle l>iaue, et j'atteste vos yeux Que mou trespas me plairoit beaucoup mieux Auprès de vous, que vivre en voslre absence.

Mais ou ne meurt d'une extrême tristesse, Bien ([ue l'esprit soit du corps séparé : S'il esloit VI ay, je n'(>usse tant duré, F.t par ma lin ma (li)ulenr eusl pris cesse.

tlonmie des monts les ombrages descendent, Quand le soleil loin de nous se départ. Si mon soleil tourne ailleurs son legarl. Mille frayeurs dans mon ame s'espandeut.

I.e desespoii' aussi-tost s'en rend maistre. Rien ne sçauroit contre luy m'asseurer, Et les pensers qui me font soupirer.

D'un soucy mort cent mille en l'ont renaistre.

llelas 1 perdez ceste rage importune, Hostes cruels des esprits angoissez :

Je sçay mon mal et le connois assez, J'ay trop d'amour et trop peu de fortune.

Soit que l'iiœbus environne la terre.

Soit que la nuict mette fin à son cours, Obstinément vous me pressez tousjours :

Je suis le champ où vous faites la guerre.

L'un veut troubler l'espoir dont je me date, L'autre combat ma constance et ma foy.

L'autre soustient que je ne suis plus moy, M'estant perdu pour gaigner une ingrate.

L'autre me clit qu'en vam je m'encourage. Dessus l'arène ayant fait fondement, Et que son cœur se cliange incessamment, Comme un miroir qui reçoit toute image.

Tais-toy, penser, je sçay bien le contraire, Et sens nos feux trop vivement épris : Amour, qui fist les nœuds de nos espris. Quand il voudroit, ne les sçauroit desfaire.

Mais, si »uii cu'iir cliangeoit coiiiiiio l'Liiiipe. Sept fois U' jour, de(,à delà porté.

Je n'auroy loy que de sa volonté :

C'est mon olijet, et je suis son polype.

Ma dame. Amour, Fortune et tous les elemens, Animez contre moy, sont bandez pour me nuire : Sans plus le doux sommeil de leurs fers nie retire, Et l'ait |ieur à mes maux par ses encliantemens.

0 songe! an'^e divin, sorcier de mes tourmens, Je voy iiar ta faveur ce que plus je désire : Tu me fais voir ces yeux qui font que je soupire, Et fais naistre en mon cœur mille contentemens.

Mais la rage d'Amour, qui point ne diminue, Avec tous tes efl'orts empesche ta venue, Et ne sens pas souvent ton doux allégement.

Donc, puisqu'il est ainsi lors que tu me visites, Helas! songe amoureux, dure plus longuement, Afin que tes faveurs ne soient pas si petites.

Je me veux rendie hermite et faire ])cniteuce De l'erreur de mes yeux pleins de temeiiti', Dressant mon hermitageen un lieu déserté, Dont nul autie qu'Amour n'aura la connoissance.

D'ennuis et de douleurs je feray ma pitance. Mon hruvage de pleurs; et, par l'ohscurilé, Le feu qui m'ard le cœur servira de clairté El me -consommera pour punir mon offance.

Un long habit de gris le corps me coi-vrira, Mon tardif repentir sur mon front se lira, El le poignant regiet qui tenaille mon ame.

D'un espoir languissant mon baston je feray, Et tousjours, pour prier, devant mes yeux j'auray La peinture d'Amour et celle de ma dame.

REsroNcE r m: rAssEnAi'

Vous voulez estre hermite, heiniite allez vous rendre, Cachez-vous dans les bois pour fiiir Cujùdon,

' .)«ui riissiT.it, poile el pamphlétaire célélire, né à Tioyes. en 153k. iiclieva fes éludes à Paris. Nommé professeui- d'Iiunianilés. il relut et ap-

MA m:.

r.l,|>iM\r iiKMislriT (|u'i'ii \iiMNi'>.l cslcnil r.dii lir:ni'lon. Il.iliilli'z-voiis lie j^ris, c'est la ('(inlciir ilc (ciiilic.

\iv(v. ili' iialicnco, il lo vous lanl appiciKlic; Volro ('s|iuir inonsoiigcr soit diaiiiio en liDiinlim, I.o lUïdain du refus ' à re([uerir iiarilmi D'avoir plus ileniandé que uc deviez allemlre.

Mais sur tout (|ue rAiiioiir eu ce lieu ne soit i)aiiit ; Pour Kuarir du eliaud-uial, c'est un dan(,'ercux sainl. S'il l'allume uuc fois vos llainuies auioities,

Ne pouvant supiiorler cette tentation, Vous sortirez des liois et de dévotion, Eticltciez liieu-lost voire froc au\ orlios.

Amour de sa main propre a portrait cet image, Afin qu'un pays froid, lourd, barbare, indonlé. Qui demeuroil rebelle à sa divinité, Fust contraint de se rendre et de luy faire Iiommage.

Il choisit le jjarfait d'un si divin ouvrage Dans le ciel, sur le vray de la mcsmo beauté. Vaquant à son labeur d'esprit lanl arresté, Que sur la beauté mesme on voit quelque avaulag^e.

Les Amours luy servoient: l'nii biMssoit les couleurs, L'autre les dcstiempoit en l'argent de mes pleurs, L'aulie, plus cuiieux, admiroit l'artifice.

Quand il eut achevé, luy-mesme en fut épris. En devint idolâtre, et soudain je fus pris, Afin que de mon cœur il luy fist sacrifice.

Hé! ne suffit-il pas qu'Amour, trop animé. Tienne mon cœur en feu qui s'accroist d'heure en heure, Sans que mes chauds soupirs, sortant île leur demenre, Donnent force à l'ardeur dont je suis consommé'/

0 vent impétueux, excessif, enfianié.

C'est par toy que ma llame éternelle demeure.

profondit les auleui s anciens. Henri de Mcsnie, prolecleur des érudils, l'eut vingl-neuf ans pour commensal. Il occupa la chaire d'éloquence oii liamus avait brillé, au c"ollé^;e de France Sauf un morceau, la Satire Ménippée fut écrite par lui et par N. liapin. Il mourut le 12 septembre 1602, l'année même dans laquelle on publia ses oeuvres poétiques pour la première fois. ' Le dépit d'a\oir été refusé.

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