LES AMOURS D HYPPOLYTE
Hé ! donnpz moy de grâce un peu de patience ; Mais vous me travaillez pour punir mon ofTence De ce que j'ose aimer une divinité.
Encoi' en endurant ma donlour véhémente, 0 trop cruel destin 1 celle qui me tourmente Ignore que je meuis par l'effnrt de ses yeux.
Madame, helas '. monstrez que vous estes divine, Lisez dedans les cœurs ainsi que font les dieux, Et voyez que mon mal a de vous origine.
Puis que vous le voulez, demeurez inhumaine. Et, me faisant mourir, feignez de n'en rien voir ; Vous ne pourrez pourtant ma constance esmouvoir, Car du feu de vos yeux mon ame est toute pleine.
Mon cœur est immuable et mon amour certaine, Les plus cruels lourmens y perdent leur pouvoir; S'il advient que je meure en faisant mon devoir, Vous en aurez l'offence et j'en auray la peine.
Las ! mon mal me plaist tant, pource qu'il vient de vous, Que je trouve en souffrant le martyre bien doux, Et de m'en délivrer je ne prens point d'envie.
C'est pourquoy je craindroy de mourir en aimant. Non pour fuir la mort, mais de peur seulemanl De perdre mes douleurs, si je perdoy la vie.
Je ne puis pour mon mal perdre la souvenance Du soir, soir de ma mort, que mon œil curieux Osa voir trop hardy le plus parfait des cieux, Et le nouveau soleil si luisant à la France.
Mon Dieu ! que de clartez honoroient sa presance; Que d'amours, de désirs et d'attraits gracieux, Mais plustost que de morts, de soucis furieux, De pleurs, d'aveuglernens, pour punir mon offance !
Je voyoy bien mon mal, mais mon œil désireux, Ravy de ses beautez, s'y trouvoit bien-heureux, Lors qu'un flambeau cruel trop tost l'en fist distraire.
lielas ! flambeau jaloux de ma félicité, .N approche point d'icy, porte ailleurs ta clarté, Sans tov cet œil divin rend la salle assez claire.