‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 55 sur 150 · I.FS AMOIIRS It'lIiri'OI, VTP · texte numérisé non relu

I.FS AMOIIRS It'lIiri'OI, VTP

Amour scout une l'ois >i vivcminl ni'.itlaindio, Qu'il inp tint trois liyvprs en languours et en ciis; A la fin la raison, regagnant mes espris, Chassa l'aigre douleur qui tant me l'aisoit plaindre.

Mais, ainsi qu'un flambeau qu'on ne fait que d'élanidre, Si le feu s'en approche est aussi-tosl repris : Dans mon cœur chaud encor un brasier s'est épris. Voyant vostre bel œil qui les dieux peut contraindre.

0 que ce fini nouveau, dont Je suis consumé, Est plus anJMnl. (pie l'autre en mon sang allumé! Bien (pi'il ne luise point, que sa llame est cruelle!

De mon premier acccz je me suis peu guarir, Mais Je u'espere plus cet autre secourir : ("ar, las ! presque lousjouis la r'encheute est mortelle

Dieu, qui fais de mon co^ir ta victime sanglante, Si prestre à ton autel, Jeune, lu m'as rendu, Si pour suivre ta loy mon esprit J'ay perdu, Et si dedans le feu tes louanges je chante.

Travaille-moy tousjours, ma douleur m'est plaisante; Cherche moy tout par tout, rien ne l'est deffendu ; Mais fay que mon tourment ne soit ])oint entendu Et que ma belle tlame ailleurs ne soit luisante.

Ayant d'un cœm" hautain Jusqu'au ciel aspiré, Aux plus cruels tourmens je me suis préparé. Rigueurs, gesnes, prisons, fers et feux je mesprise.

Si rien me fait pallir, c'est, helas! seulement Que mon feu soit connu pai- mon embrasement, Et que les mesdisans troublent mon entreprise.

Amour peut à son gré me tenir oppressé. Et m'estre, helas ! à tort, rigoureux et contraire : Je veux demeurer ferme, et ne faut qu'il espère Qu'en adorant vos yeux je sois jamais lassé.

Je voy bien mon erreur, et que j'ay commencé (Nouveau frère d'Icare) un vol trop téméraire, Mais je le voy trop tard et ne m'en puis distraire, Par la mort seulement il peut eslre laissé.

Raison, arrière donc : ta remonstrance est vaine.

LES AMOIP.S rt HIPPni.YTE. 119

Si je meurs en chemin, je seray liors de paine, Et par mon haut clesir j'honore mon trespas.

II faut continuer quoy que j'en doive attendie : Ce fut témérité de l'oser entreprendre, Ce seroit laschelé de ne poursuivre pas.

Amour, qui vois mon co^ur à tes pies aldialu, Tu le vois tout couvert de sagetles mortelles, Pourquoy donc sans profit en pers-tu de nouvelles'.' Puisque je suis à toy, pourquoy me poursuis-tu?

Si tu veux, courageux, espruviver ta vertu. Décoche tous ces traits sur les âmes rebelles. Sans blesser, trop cruel, ceux qui te sont fidelles. Et qui sous ton enseigne ont si bien combattu.

Quand tu tires sur moy, tu fais brèches sur brèches; Donc, sans les perdre ainsi, garde ces belles lleches Pour guerroyer les dieux, et m'accorde la paix.

.Ah ! j'enten bien que c'est : Amour vent que je meure ; Je mourray, mais au moins ce confort me demeure. Que la mort de moy seul luy conste mille traits^.

Cesse, r> trop foible esprit I de plus faire delance, Et quittons le rempart gardé si longuement. Aussi bien sans profit ferions nous autrement : Contre un si grand effort pi'U sert la résistance.

Tant ]>lus je vay avant, plus j'ay de connoissance Du pouvoir de vos yeux, qui me vont consumant ; Et faudra qu"à la lin je meure en vous aimant : Telle est de mon destin la fatale ordonnance.

En vain contre le ciel l'homme se veut bander ; Car que n'ay-je essayé pour de vous me garder ? Depuis maintes saisons contre moy je m'obstine.

Et fay ce que je puis de peur de me ranger : Car je crains à bon droit, vous voyant si divine. Que plus, comme j'ay fait, je ne puisse changer.

' Imilé il'iin sonnet italien qui débute par celte stropln» :

A che contra d' un vinlo opri più 1' arco? llsalo contra qiiei elle non son resi; Già mille altri ribelli avresti presi Con le saeUe clelle quai m' hai carco.

\-H) IKS A M Oins II II I l'I'OI. V TF.

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Celuy qui n'a point vou le piintans gracimix, Quand il rslale au cirl sa ricliessfi prisée, lîemplissant l'air d'oiieurs, les liorbcs do roscV, l-es cœurs d'afTcctioiis ot de larmes les yeux.

Celuy qui n'a point vcu par un lans furieux 1 a toiirinonlc ci'sser el la incr appaisée, Kl qui ne sçait, ipiaud V-.wno. est du coips divisée, Connne on peut s'esjouyr de la clarté des cieux.

Qu'il s'arresle pour voir la céleste lumière! Des yeux de ma déesse, une Venus première; Mais que dy-je'? ah ! mon Dieu ! qu'il ne s'arreste pas :

S'il s'arreste à la voir, pour une saison neuve, \^n tans calme, une vie, il pouiroit faire cspreuve De glaçons, de tempeste et de mille trespas.

l'ourquoy si plein d'orgueil marches-tu s\ir ma teste. Triomphant de l'honneur qu'un autre a mérité.' Tes dars tant crains au ciel ne m'ont pas surmonté. Amour, c'est une dame, cl non loy qui m'arreste.

Si lu veux l'honorer du piix de ma conqueste, Fay qu'elle me remette en pleine libellé. Puis pren pour masservir cet arc tant redouté, Qui de Jupiter mesme accoise la tempeste.

Je n'ay point peur de toy, celle qui me retient Par l'elfort de ses yeux ton empire maintient ; C'est elle qui le fait comme un Dieu reconnoistre.

Si je t'obeïssois et t'ay craint par avant, C'estoit pour l'amour d'elle, du endure souvant D'un mauvais serviteur pour l'amour de son maistre '.

Je sens fleuiir les plaisiis en mon ame, F.t mon esprit tout joyeux devenir,

' Imité d'un sonnet italien qui débute par celte stroplie :

A clie, cieco Fancinl cotanto orgoglio?

A clie di superbii .si te moslri acceso? A madonna mi son, non a le reso :

l.i'i in l'Iii- iMijipe di'l uiio pHiio il scoylio.

LES A M OIT, S U HIPPOLYTE. lil

Pensant nu bien qui me floit advenii-, Cet heureux jour que je verray ma dame.

Plus j'en suis près, plus mon désir s'enllame. Je ne puis plus ses efforts retenir :

Mais, ô mes yeux! pourrez-vous soustenir Ses chauds regars pleins d'amoureuse flame ?

Que me sert, las ! si fort la désirer? Fol que je suis, veux-je donc espérer Qu'estant près d'elle en lepos je demeure?

Et près et loin je languis en tous lieux; Mais, puis qu'il faut qu'en la servant je meure. Pour nostre honneur mourons devant ses yeux.

Ce n'est assez que soyez si bien née, Riche d'esprit, de race et de beauté, Que l'honneur saint marche à vostre costé, Grande, admirable, aux vertus addonnée.

En peu de jours la forte destinée Peut rendre, helas ! vostre honneur surmonté : On ne sçaura que vous avez esté, Ny que le ciel vous ait tant fortunée.

Si vous voulez immortelle durer, Nul mieux que moy ne vous peut honorer. Et vos vertus à jamais faire bruire.

Je l'entrepren ; mais, pour plus m'animer, Permettez-moy que j'ose vous aimer :

L'atfection me fera mieux escrire,

Mon Dieu, que de beautez sur le front de ma dame ! Mon Dieu, que de trésors qui ravissent les Dieux ! La clarté de son œil passe celle des cieux. Quand au plus chaud du jour le soleil nous enflame.

Mais, las! de mille traits sa beauté nous entame, Trop sont pour les mortels ces trésors précieux, Et le soleil luisant qui sort de ses beaux yeux Respand tant de clarté, qu'il aveugle nostre ame.

Estrange fait d'Amour ! un objet à l'instant Me rend triste et joyeux, malheureux et contant, M'esclaire et m'esbloûit, me fait vivre et me tuê.

Et voilà ce qui fait qu'en forçant mon vouloir. Je me banny, helas ! du plaisir de vous voir, Pour ne sentir le mal qui vient de vostre vem".

122 i,KS AMorns n'itippoiv if.

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